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Michèle Torr : "Ce que la femme de Christophe a fait à notre fils est lamentable !"

Publié le 3 mai 2020

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Avec la disparition de Christophe, Michèle Torr endure le drame de perdre son premier amour et le père de son enfant? Et déplore tant de manquements...

Au lendemain du décès de Christophe des suites d'une maladie pulmonaire, à l'âge de 74 ans, les hommages déferlent de toute part afin de saluer son incontestable talent et de constater le vide immense qu'il laisse dans l'univers de la chanson française. Le ministre de la Culture, Franck Riester, évoque ainsi le « bleu doux-amer indélébile » de ses textes.


Mais plus encore, pour l'interprète d'Emmène-moi danser ce soir, c'est un premier grand amour, le père de son fils, qui vient de s'en aller, emportant avec lui « leur jeunesse, leur insouciance et leur folie ». Pour France Dimanche, Michèle nous fait partager le souvenir de cet homme qu'elle a tellement aimé, mais aussi sa colère et son amertume d'avoir été privée de ses derniers instants.

France Dimanche : On vous imagine bien triste aujourd'hui…

Michèle Torr : Infiniment. S'envole avec lui une grande partie de ma jeunesse, de mon insouciance et de ma folie, quelque chose que je n'ai plus jamais vécu ensuite. Je déplore en revanche qu'il nous ait été si difficile d'obtenir des informations sur l'évolution de son état de santé. On avait quand même fini par savoir qu'il y avait des hauts et des bas, mais rien de plus. Voilà pourquoi mon fils, désespéré, avait décidé, le 9 avril, de lancer un appel sur les réseaux sociaux. Car Romain a une fois encore vécu ça comme un rejet. Il souffrait terriblement de se sentir exclu et voulait juste avoir des nouvelles de son père, ce qui me semble tout à fait légitime.

FD : Qui refusait de vous tenir informés ?

MT : Son épouse Véronique, de laquelle il était séparé depuis plus de vingt ans. Mais elle a toujours rejeté Romain et fait barrage entre Christophe et lui. À une époque, Romain et Lucie, sa demi-sœur, avaient projeté de se rencontrer. Et mon fils s'en réjouissait véritablement, mais, là encore, la mère de Lucie a tout fait capoter. Pourquoi tant de méchanceté ? Je ne sais pas. Il n'a jamais rien demandé si ce n'est de connaître son père. Heureusement, Christophe et Romain avaient fini par se retrouver et se voyaient en secret depuis plus de dix ans. Franchement, je trouve que cette mise à l'écart est encore plus insupportable aujourd'hui, lamentable, vraiment. Bien sûr vis-à-vis de Romain, mais cela concerne également le frère de Christophe, Gérard, mais aussi ses nièces, avec lesquels, pourtant, il s'entendait très bien, je vous l'assure.

FD : Vous-même, vous aviez retrouvé Christophe il y a peu ?

MT : Oui, il y a un peu plus d'un an, aux 90 ans de Marcel Amont. Et j'en suis tellement heureuse ! Ça faisait si longtemps qu'on ne s'était pas vus. Mais pourquoi avons-nous renoué ce soir-là alors que nous avons passé nos vies à nous éviter ? Je ne sais pas. Peut-être une espèce de liberté retrouvée chez lui comme chez moi, une envie de se parler, quelque chose de soudain naturel, qui aurait dû l'être depuis bien longtemps… Ça m'a comblée. J'aurais terriblement regretté qu'il parte sans qu'on ait pu se revoir. Même si chacun de nous a été très heureux dans sa vie par la suite, il était important que ces retrouvailles existent. On a surtout beaucoup parlé de Romain. Je n'étais évidemment pas présente lors de leurs rendez-vous secrets et je n'ai jamais essayé de savoir ce qu'il s'y passait, c'était leur histoire. Et puis, comme Christophe, mon fils est quelqu'un de très pudique, qui se livre peu. Mais, même si Romain a été élevé par Jean Vidal, qui était un homme extraordinaire qui lui a donné tout l'amour d'un père, il voulait connaître son papa biologique. Ma seule joie était donc que mon fils soit heureux d'être avec son père.

FD : Comment s'étaient-ils retrouvés tous les deux ?

MT : Grâce à Yves, le jeune frère de Christophe. On l'a rencontré un jour par hasard à Aix-en-Provence et, de cet instant,

on ne s'est plus jamais quittés. On se voyait beaucoup, chez des amis communs ou alors il venait à la maison. Yves est malheureusement décédé aujourd'hui. Mais c'est ainsi que Romain a pu connaître le reste de la famille, son autre oncle, Gérard, et aussi ses cousines.

FD : Et vous, comment vous étiez-vous rencontrés avec Christophe ?

MT : C'était en 1965, juste avant que je ne parte en tournée avec lui justement et Hervé Vilard. On enregistrait tous les trois une émission de Michel Cogoni, dans une cave de Saint-Germain-des-Prés, et, en sortant de là, je me revois dire à Hervé avec qui j'étais déjà très copine : « Ce mec, je pense qu'il va me faire la cour ! » Et c'est ce qu'il s'est passé. C'était mon premier amour et j'étais très éprise. Je le trouvais beau comme un dieu, il ressemblait à Kirk Douglas !

FD : Êtes-vous nostalgique de cette époque ?

MT : Oh, je ne sais pas si c'est de la nostalgie, mais c'était notre jeunesse et c'était merveilleux. On était tous les deux un peu fous, c'est ce que j'aimais chez lui et qu'il aimait chez moi. Il me faisait conduire sa Jaguar Type E la nuit, alors que j'avais 17 ans et pas le permis. [Rires.] C'était une époque tellement différente d'aujourd'hui. On s'amusait énormément.

FD : Malgré sa folie, il n'était cependant pas prêt à être père ?

MT : À l'évidence, non. On a pourtant conçu Romain lors d'un magnifique voyage à Séville, où l'on s'est aussi mariés, comme des gosses qui s'inventent une histoire et échangent leurs vœux ! Même si, au fond, je savais que je ne pourrais pas compter sur lui. Mais il fallait le prendre comme il était et je l'adorais ainsi. On n'a, cependant, jamais vraiment vécu ensemble. J'arrivais chez lui avec ma valise et je repartais avec ma valise. On se mariait un soir, on se fâchait le lendemain, et le surlendemain j'étais enceinte ! [Rires.] Je savais que j'élèverais mon fils toute seule. Malgré tout, alors que je venais de perdre ma maman, cet enfant, de cet homme que j'aimais tellement, était une vraie bénédiction, un cadeau du ciel.

FD : Christophe était-il devenu l'homme que vous imaginiez ?

MT : Oui. Quand on était ensemble, il avait horreur de la scène, ça lui faisait peur. Avec le temps, ça s'est arrangé bien sûr. Mais, à l'époque, il lui arrivait de me laisser devant le chapiteau où on devait chanter et de s'en aller en me disant : « Je ne peux pas, je ne peux pas ! » Si moi j'ai toujours eu cette passion de la scène, lui n'y était pas très heureux. Il me répétait : « Toi, tu es faite pour ça ! Moi, je vais rester en coulisses et m'occuper de toi. Tu seras chanteuse et je serais ton réalisateur. » Après, il a fait cette merveilleuse carrière de musicien, de trouveur de son qui n'appartient qu'à lui. Et en ça il a été unique ! J'ai toujours apprécié son talent. Avec Romain, on aimait écouter ses chansons, et lui allait même souvent le voir en concert.

FD : Que gardez-vous de lui ?

MT : Sa jeunesse, sa folie, notre folie, nos rêves… Et la plus belle chose qu'il m'ait dite : qu'il voulait un enfant ! Parce qu'il l'a voulu, cet enfant, et même avant moi. Il désirait un garçon, qu'on aurait emmené en concert avec nous, disait-il, et à qui il aurait appris le piano… Il en rêvait tant ! Les rêves ont dû changer… Mais je ne lui en ai jamais voulu. Quand on aime quelqu'un, c'est pour la vie ! Ce qui ne m'a pas empêchée d'être très heureuse avec Jean Vidal, Romain et Émilie. Mais Christophe reste à jamais dans mon cœur.

FD : Savez-vous ce qu'il en sera de ses obsèques ?

MT : Non, pas plus que du reste. Tout ce que je sais c'est qu'avec sa sclérose en plaques, Romain n'a plus de défenses immunitaires, donc il ne pourra pas s'y rendre. En ce qui me concerne, je ne chercherais pas y aller non plus, car chaque jour je prépare les repas de mon fils, on déjeune ensemble et je m'occupe de lui. Quant au frère et aux nièces de Christophe, ils ne seront sûrement pas là non plus puisqu'eux aussi sont tenus à l'écart. En revanche, celle qui n'est plus sa compagne depuis plus de vingt ans mais porte toujours son nom y sera, elle, certainement en première ligne, à pleurer derrière son cercueil. Que voulez-vous, c'est bien triste, mais c'est ainsi. Alors gardons nos souvenirs, c'est ce qu'il nous reste de plus merveilleux !

Recueilli par Caroline BERGER

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