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Michou : “Je suis le dernier des dinosaures !”

Publié le 3 juillet 2019

Nous sommes allés chez Michou, le célèbre roi de la nuit, histoire de prendre de ses nouvelles.

Début juin 2019. Dans quelques jours, il fêtera son anniversaire, là où il a passé plus de soixante ans de sa vie, dans son célèbre cabaret rue des Martyrs, sur la butte Montmartre. à deux pas de là, l’éternel jeune homme nous reçoit dans son appartement perché au dernier étage d’un immeuble où la vue sur le Sacré-Cœur est splendide. Assis sur son canapé bleu, entouré de ravissantes peluches tout aussi bleues, Michel Catty, dit Michou, enchaîne les interviews avec les journalistes pour parler de la sortie de son CD Best of dans lequel on trouve vingt-trois chansons enregistrées tout au long de sa longue carrière. Un exercice fatigant pour l’octogénaire mais qu’il tient à honorer avec sa courtoisie légendaire.

France Dimanche : Vous voici de retour dans la lumière avec la sortie d’un CD Best of. à quoi ressemble-t-il ? Qu’est-ce qu’il couronne ? Qui sont les auteurs de vos chansons ?
Michou : Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point je suis heureux que ce projet voie enfin le jour. Il s’agit d’une compilation réunissant une vingtaine de titres qui sont sortis en 45 tours durant toute ma carrière, des chansons légères et joyeuses, avec des paroles et des musiques que l’on retient bien. Et pour cause, ce sont des artistes aussi brillants les uns que les autres qui me les ont écrites : Loulou Gasté, Jean Claudric, Darry Cowl, Tony Rallo, Bernard Dimey, André Verchuren, Alain Turban ou encore Jean-Jacques Debout !

FD : On y trouve également un duo avec une certaine Annie Cordy…
M : Elle a eu la gentillesse de m’accompagner dans une chanson intitulée 85 % d’amour et 60 de cabaret. Annie est une femme formidable. C’est un merveilleux cadeau qu’elle m’a fait d’accepter de m’accompagner. Et dire qu’au début, je n’avais jamais pensé pouvoir chanter. Ça a commencé le jour où un ami m’a proposé d’enregistrer Moi, j’suis Michou en 1971. Ça avait bien marché à l’époque, alors j’en ai fait d’autres.

FD : Quel effet cela vous fait de fêter vos 88 ans dans quelques jours  (il les a eus le 18 juin, dernier) ?
M : 88, ça commence à faire beaucoup, non ? Vous vous rendez compte, je suis le dernier des dinosaures ! J’ai de la chance d’être arrivé jusque-là avec toujours autant de succès. Et de pouvoir me rendre encore tous les soirs dans mon cabaret. Sans ça, ma vie serait d’une tristesse. J’attends toute la journée avec impatience le moment d’aller sur place pour accueillir mes chers « amis ». Je préfère d’ailleurs les appeler des « amis » plutôt que des « clients ». Puis à l’heure de rentrer me coucher, je ressens à chaque fois comme une profonde tristesse.

FD : à quoi ressemble une de vos journées types ?
M : Je me lève et j’attends mon coiffeur pour qu’il me fasse mon brushing avant de sortir prendre l’apéritif avec des amis en terrasse dans Paris, en particulier à Montmartre, mon village. J’aime aller à la rencontre des gens. Et même si les médecins me l’interdisent désormais, je m’accorde toujours une petite coupe de champagne. C’est plus fort que moi, je suis connu pour ça. Ça reste mon élixir de jouvence. Et quand je suis chez moi, ce qui est finalement assez rare, il m’arrive de regarder les chaînes d’information. J’ai par exemple beaucoup aimé la commémoration du 75e anniversaire du débarquement en Normandie. Ça m’a rappelé plein de souvenirs, j’avais 13 ans à l’époque. J’en ai pleuré devant ma télévision…


FD : Comment expliquez-vous un tel succès sur une telle longueur de temps ?
M : Je pense que je procure du bonheur aux gens. Je dois attirer bien plus de sympathie qu’une Régine qui est pourtant, elle aussi, une icône du monde la nuit. J’ai aussi toujours tenu à ce qu’il n’y ait jamais de vulgarité et de provocation dans mes spectacles. Ça doit y faire pour beaucoup. Je suis devenu sans le vouloir un monument de Paris [rires]. Je ne remercierai jamais assez le ciel de m’avoir rendu aussi populaire. Je ne comprends toujours pas comment, aujourd’hui encore, on m’accorde la couverture du magazine du Monde, ou encore récemment un article dithyrambique dans le New York Times ! Ce sont d’ailleurs eux qui m’ont comparé à la tour Eiffel ! Mon sourire y est aussi sans doute pour quelque chose. Nous avons tous des problèmes dans la vie. J’ai par exemple perdu plusieurs kilos ces derniers temps, à cause d’un souci de santé. Mais j’essaie pour ma part de dissimuler mes tracas derrière mon sourire.

FD : Vous arrive-t-il de penser à la mort ?
M : On va tous partir un jour ou l’autre, alors forcément j’y pense. Mais à bien y réfléchir, je n’y pense pas vraiment, donc je n’en ai pas peur. Tant qu’il y a du monde dans mon cabaret, je reste l’homme le plus heureux du monde !

Philippe CALLEWAERT

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