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Michou : “La mort, je préfère en rire !”

Publié le 11 juillet 2018

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Pour ses 87 ans, qu'il vient de fêter le 18 juin dernier, nous sommes allés prendre des nouvelles de l’homme en bleu. Force est de constater que Michou tient toujours une forme et un humour inoxydables.

La légende vivante du monde de la nuit parisienne pétille toujours d’une folle énergie, même si sa voix donne quelques signes de faiblesse et bien que ses jambes peinent à le soutenir quand il reste trop longtemps debout.

Mais quoi de plus normal à son âge ?

Le secret de Michou pour rester toujours aussi actif ?

Les bulles du bonheur.

« Le champagne m’aide à voir la vie autrement ! », nous a-t-il confié au Petit Café Montmartre, à deux pas de son cabaret.

Rencontre avec une force de la nature à la soif de vie intarissable !


France Dimanche : Joyeux anniversaire, Michou !

Michou : 87 ans ! Vous vous rendez compte ? Je suis un dinosaure ! Quand je regarde derrière moi, je peux me vanter d’avoir créé un cabaret en 1956 et d’y avoir passé quasiment toutes mes soirées. Les rares fois où je n’y étais pas, c’était à cause de petits pépins de santé. J’ai toujours mis un point d’honneur à répondre présent pour mes clients. Je n’aime d’ailleurs pas dire « clients ». Ceux qui viennent chez moi, je préfère les appeler mes « amis ». Le cabaret est ouvert 7 jours sur 7. Nous nous accordons juste quelques jours de vacances durant l’été, mes Michettes le méritent bien ! J’irai me reposer un peu dans le sud de la France, très certainement du côté de Cannes et Saint-Tropez. Peut-être y croiserai-je mon amie Brigitte Bardot…

FD : Vous avez un lien particulier avec elle, n’est-ce pas ?

M : Effectivement, BB aura été ma toute première imitation quand je suis arrivé à Montmartre depuis mon Amiens natal, il y a soixante-deux ans. À l’époque, on disait que j’avais d’aussi belles fesses qu’elle. J’aime à dire que c’est toujours le cas ! [Rires]

FD : Avez-vous peur de vieillir ?

M : Non, pas plus que ça. Mais je n’ose quand même pas penser à mes 90 ans. Ça me paraît très loin. Serai-je seulement encore en vie ? Je ne m’appelle pas Jeanne Calment, qui est décédée à 122 ans ! J’ai désormais un peu plus tendance à regarder derrière moi, et je me dis que j’ai quand même eu une très belle carrière. Qui aurait cru que le petit gars de province, qui a débarqué dans la capitale en ouvrant un établissement en gérance alors qu’il n’avait pas un rond, serait devenu, sans prétention, une institution ? Quel bonheur de voir des gens de toutes les générations m’arrêter dans la rue pour me saluer ! Certains ont besoin de me toucher comme si j’étais un monument, une statue. C’est le plus beau cadeau que la vie ait pu me donner. J’ai aussi eu la chance d’être un beau petit mec. Qui a pris quelques rides…

FD : Ne ressentez-vous pas de la fatigue, n’avez-vous pas envie de lever un peu le pied ?

M : J’ai beau avoir l’âge que j’ai, je ne me lasse absolument pas de mon quotidien. Mon cabaret, c’est ma vie. Quand je me lève le matin, j’attends impatiemment de rejoindre le soir même mon établissement pour accueillir mes chers « amis ». Et à chaque fois que je les quitte, à l’heure de rentrer me coucher, je ressens comme une profonde tristesse.

FD : Avez-vous des regrets ?

M : Aucun ! On m’a déjà proposé d’ouvrir d’autres cabarets Michou un peu partout dans le monde, notamment au Canada. Mais j’ai toujours refusé. Il n’y a qu’un seul Michou, et il est à Paris, plus précisément à Montmartre, ce merveilleux village où j’ai eu la chance d’être adopté. Car je ne renie pas mes origines amiénoises. Je suis fier d’être du Nord, comme Jean-Pierre Pernaut ou Brigitte Macron ! J’ai d’ailleurs eu l’opportunité de rencontrer récemment la première dame de France. C’est une femme adorable. Je me souviens qu’elle était très avenante avec moi. J’étais très flatté. Je suis aussi heureux de compter parmi mes amis les plus fidèles, des gens comme Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, ou encore Nana Mouskouri, qui est venue il y a quelques jours. Je pense aussi à ma grande amie Anny Duperey, qui m’a fait l’honneur de préfacer ma biographie*. C’est elle qui a tenu à le faire. Je ne vois pas comment j’aurais pu refuser.

FD : Vous arrive-t-il de penser à la mort ?

M : L’approche de la mort ne m’effraie pas du tout. À tel point qu’il m’arrive de me rendre sur ma tombe avec quelques bons amis et une bonne bouteille de champagne. Au moins, comme ça, je peux moi aussi en profiter ! [Rires] On va tous partir un jour, alors la mort, je préfère en rire. En fait, je n’y pense pas vraiment, donc je n’en ai pas peur. Je reste concentré sur ma vie et mon cabaret. Cela dit, j’ai déjà tout prévu pour mes obsèques. Il y a une trentaine d’années, j’ai réservé un emplacement dans le cimetière Saint-Vincent, en plein Montmartre, où repose déjà Denise, ma mère spirituelle. Nous avons travaillé longtemps ensemble. Je lui dois une grande partie de ma réussite. C’est elle qui m’a aidé à démarrer. Pour mes obsèques, je voudrais donc que tout le monde soit habillé en bleu, et mon cercueil sera lui aussi évidemment… bleu ! Et je veux que l’on boive du champagne à ma mémoire ! J’avoue, le champagne, c’est ma petite faiblesse. Je suis de nature joyeuse, le plus souvent de bonne humeur, mais quand parfois j’ai un petit peu de vague à l’âme, une petite coupe, ça remonte le moral.

FD : Qu’en pense votre médecin ?

M : Il me conseille bien sûr d’arrêter. Un jour, quelqu’un m’a dit que deux bouteilles de champagne par jour, ça faisait beaucoup. J’ai répondu :
« N’importe quoi ! J’en bois deux et demi ! » [Rires] Il y a quelques jours, Charles Aznavour est venu chez moi, dans mon appartement. Il s’étonnait que j’en boive toujours autant. Le champagne, c’est pourtant mon élixir de jouvence ! J’ai vaincu un cancer du côlon, subi trois pontages. Et je pense, malgré tout, être aujourd’hui en bonne santé ! En pleine forme, même ! Mes examens médicaux sont corrects…

Michou, prince bleu de Montmartre,
avec François Soustre, Cherche Midi.

Philippe CALLEWAERT

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