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Michou : Le combat de sa nièce pour sauver son cabaret !

Publié le 10 juillet 2020

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A ses côtés depuis plus de 25 ans, Catherine s'est lancée dans une lutte acharnée pour continuer l'aventure de Michou, le prince bleu de Montmartre…

Unique héritière, elle le connaissait mieux que personne et fut là pour lui fermer les yeux. Au lendemain du décès de Michou le 26 janvier dernier, Catherine, son héritière, avec sa maman, ne s'attendait pas à recevoir tant de coups. Décriée par certains d'oser vendre aux enchères quelques-uns des biens de son oncle, elle a aujourd'hui choisi nos colonnes pour rétablir la vérité, rappeler qu'une succession coûte très cher et que cette vente est son seul espoir de sauver le mythique cabaret parisien de la rue des Martyrs, dont elle espère de tout cœur la réouverture en septembre prochain.


FD : Catherine, on vous sent plus déterminée que jamais…

C : Oui, car pour Michou, son cabaret, c'était toute sa vie ! Il ne vivait que pour ça, sept jours sur sept, comme relié par un cordon ombilical à son enfant. Il s'était tellement battu pour rendre ce lieu des plus extraordinaires, c'était son bébé ! Sa plus grande peur était qu'après lui, tout cela tombe dans la médiocrité et ne ternisse son image. Ainsi il répétait : « Après moi, ce sera terminé ! » Mais son public ne cessait de le supplier chaque soir : « Vous ne pouvez pas nous faire ça ! » Je crois que tout ça l'a fait réfléchir… Du coup, il avait écrit, avant de partir, à tout son personnel : « La poursuite du cabaret dépendra de vous tous et de votre détermination à continuer ce merveilleux spectacle, à maintenir la magie ! »

FD : Puis il est parti…

C : Oui, le soir de l'enterrement, on était tous très tristes, mais les Michettes ont fait le choix d'être sur scène. Certains ont alors crié au scandale, car Michou voulait que ça s'arrête… Mais le public était là chaque soir pour acclamer les Michettes qui pleuraient. « Bravo, continuez ! » clamaient-ils. Et avec le confinement, tout s'est stoppé. Depuis, elles répètent et sont plus que jamais prêtes, pleines d'idées et d'envies. Attendez-vous à des surprises ! Mais toujours dans l'esprit de Michou, la fête, la joie, la convivialité et l'élégance.

FD : Au lendemain de sa disparition, les ennuis ont commencé…

C : Oui, tout est allé très vite. En ouvrant son testament chez le notaire, on a découvert qu'il n'avait laissé aucune volonté au sujet de son héritage. De fait, c'était maman, sa sœur, son unique héritière, et donc moi-même. J'ai alors réuni les artistes pour savoir ce qu'ils voulaient et, tous ensemble, on a fait le choix de continuer. S'il y a bien quelqu'un capable de relever ce défi, ce sont eux. Eux qui l'appelaient « maman », c'était sa famille.

FD : Vous vous entendiez bien avec votre oncle ?

C : Très bien, même si on avait des caractères très opposés. Lui aimait tout ce qui était lumière, strass et paillettes. Moi, j'étais plutôt dans l'ombre. Il avait un instinct fou, ne se trompait jamais. Il était aussi très drôle. À la fin, il s'inquiétait beaucoup, surtout pour son cabaret. Comme il ne pouvait presque plus marcher, on avait fini par lui faire accepter de se mettre dans un fauteuil. Il adorait la soupe de légumes que le chef lui concoctait chaque jour, et aimait regarder BFM en boucle, même si tout ce qui se passait l'attristait beaucoup. Et tous les soirs, il était au cabaret bien sûr, à la même place, avec sa coupe de champagne. Lucide jusqu'au bout, avec son œil bleu qui en disait long.

FD : Il est parti chez lui ?

C : Non, à l'hôpital Bégin de Saint-Mandé. La veille de son départ, il était très inquiet, estimant n'avoir pas fait tout ce qu'il voulait. Il m'a alors demandé de contacter tous « ses amis », comme il appelait les clients du cabaret, pour leur dire « au revoir, je vous aime ». Le lendemain, il essayait encore de parler, mais plus aucun son ne sortait de sa bouche. Je tentais alors de lire sur ses lèvres pour garder le fil. Puis d'un seul coup, il s'est arrêté, il a regardé par la fenêtre, s'est retourné vers moi, a levé les yeux au ciel, comme il avait pour habitude de le faire, et il est parti. Je suis très heureuse de lui avoir fermé les yeux.

FD : Les obsèques tout en bleu ont ensuite été incroyables…

C : Oui, mais c'est ce qu'il souhaitait ! Pour son ultime entrée, la façade du cabaret était illuminée et tout le monde portait une touche de bleu, c'était très beau. Évidemment, il voulait un cercueil bleu, comme sa limousine – il refusait de dire corbillard – et même le granit de sa pierre tombale est labrador, avec son nom écrit dans la même typo que sur la devanture du cabaret, mais en lettres d'or. Ses dernières folies ! Il avait aussi un très joli buste de lui sur sa terrasse qu'on a fait mettre sur son caveau ce 18 juin, jour de son anniversaire. C'était son souhait, on l'a exaucé.

FD  : Mais pourquoi certains vous accusent-ils du pire ?

C : Parce qu'ils ignorent tout d'une succession ! À quel point c'est lourd. Il a d'abord fallu faire une recherche biologique pour s'assurer que Michou n'avait pas d'enfant ni d'autres parents encore vivants. Puis remettre à plat tous ses biens, ce qui est énorme car mon oncle avait un train de vie phénoménal ! Je vous laisse donc imaginer le coût des droits de succession. Pour régler tout ça, et espérer continuer à faire vivre le cabaret ainsi que ses trente salariés, on a donc été contraint d'organiser, le 10 juillet, une vente aux enchères chez Artcurial de plusieurs de ses richesses, comme des toiles, meubles, souvenirs, objets d'art… On n'a pas réussi à se séparer de certaines choses, tel que ce cheval de bois offert par Marcel Campion pour ses 75 ans. Ce n'est pas de gaîté de cœur, croyez-moi, mais on n'a pas le choix, c'est notre seul espoir de sauver le cabaret ! Michou avait aussi un petit coffre-fort, sans millions ni lingots, juste quelques bibelots à valeur sentimentale, comme cette croix qu'il portait le jour de sa communion et que je garde précieusement.

FD : Vous ne baissez jamais les bras ?

C : Non, car mon oncle m'a appris à aller au bout des choses. Même si je ne m'attendais pas à ce que certains m'attaquent ainsi, me veulent du mal. Moi, je ne me serais pas imposée, jamais je n'ai pensé que ça puisse se passer ainsi. Et puisqu'il n'y avait que ma mère et moi, il a bien fallu se rendre à l'évidence. Mais avec les Michettes, le plus beau pied de nez qu'on puisse faire à tous ces oiseaux de mauvais augure, c'est de continuer le succès du cabaret.

FD : D'où lui venait cet amour du bleu ?

C : On n'a jamais bien su. Lui s'amusait à dire qu'il avait rencontré un Schtroumpf ! Je pense plutôt que quelqu'un a dû lui dire qu'il était beau un jour où il était vêtu de bleu et il a adopté cette couleur. Il faisait très attention à son apparence et était toujours tiré à quatre épingles. Il fallait être bien coiffé, bien habillé, les chaussures bien cirées, tout devait être parfait. Chaque matin, il me réclamait la liste de tous les clients venus la veille pour les appeler un à un, afin de les remercier de leur présence. C'était tellement dingue que les gens n'en revenaient pas. Vers la fin, comme sa voix était très enrouée, certains croyaient même à une blague.

Caroline BERGER

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