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Michou : Ses dernières volontés piétinées

Publié le 11 mars 2020

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© BESTIMAGE Michou

Michou, le prince bleu de Montmartre, disparu le 26 janvier, avait fait part de ses souhaits qui, hélas, n’ont pas été respectés…

«La mort, je préfère en rire », assurait-il s’étonnant, à 88 ans, d’être encore capable de se rendre chaque soir, dans son cabaret, ce lieu qu’il avait créé en 1956, devenu, très vite un incontournable des nuits parisiennes. Chez Michou, contraction de ses deux surnoms, Mimi et Chouchou, était sa maison, son œuvre, sa vie. Il y recevait, entouré de ses Michettes, amis du show-biz, touristes venus du monde entier, habitués du quartier…

Le 26 janvier dernier, « le prince bleu de Montmartre », comme on le surnommait, tirait son ultime révérence à l’hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne), victime d’une embolie pulmonaire. Sentait-il sa fin proche ? Il avait en tout cas trouvé l’énergie de réaliser ses derniers vœux : recevoir, chez lui, Brigitte Macron, originaire comme lui d’Amiens, et verser la totalité des droits d’auteur de son dernier livre – une autobiographie intitulée Michou Prince Bleu de Montmartre aux éd. Cherche Midi – à l’association Les P’tits Poulbots. Il pouvait partir tranquille, du moins le croyait-il…


Sa disparition, Michel Catty l’avait en effet anticipée depuis longtemps. Il avait ainsi réservé son emplacement au cimetière Saint-Vincent, à Montmartre, où il repose désormais dans sa tombe de marbre bleu, sa couleur fétiche, auprès de sa mère spirituelle, Denise. Il avait aussi fait part de ses volontés concernant son cabaret, déclarant en 2016, sur RTL : « Je veux mourir sur scène. C’est un vœu que je fais. Je veux que cet établissement soit fermé deux jours après, qu’il soit un souvenir pour tous ceux qui m’ont aimé. »

Nombre de ses proches avaient alors essayé de le faire changer d’avis, comme sa grande amie, Anny Duperey, qui confiait au Parisien : « Je lui avais dit que les artistes étaient tellement beaux et le spectacle si formidable que Chez Michou ne devait pas fermer ses portes après lui. » Peine perdue. Cette décision, il y tenait plus que tout, comme il l’écrivait dans son autobiographie : « Je veux que cette maison disparaisse avec moi. Cela peut paraître prétentieux, mais le cabaret ne me survivra pas. » Difficile d’être plus clair… Et pourtant ! Plus d’un mois après le décès de son créateur, la plus petite scène de Paris, devenue aussi célèbre que la tour Eiffel, continue d’afficher complet.

A sa tête, Catherine, la nièce de Michou, assistée d’Oscar Loup, directeur artistique de la revue… Et si l’on en croit le message que ce dernier vient de publier sur la page Facebook des Michettes, ce lieu mythique a encore de beaux jours devant lui ! « Mesdames, Messieurs, le cabaret reste ouvert et l’ensemble des représentations est maintenu. »

Est-il trahison plus cruelle que bafouer la mémoire d’un mort ? D’autant que cette initiative, ce sont des intimes de Michou qui l’ont prise. Oscar, son homme de confiance, et Catherine, qui était à son chevet lorsqu’il a rendu son dernier souffle… 

Mais était-il réellement possible de fermer du jour au lendemain, comme le souhaitait l’octogénaire, ce monument national, sans penser aux tragiques conséquences que cela impliquait ? En effet, ce sont quelque trente-trois personnes, artistes, cuisiniers, maître d’hôtel, comptable, qui se seraient alors retrouvées sur le carreau.

Carnet Michou 80 rue des Martyrs
75018 Paris

Contraints, sans aucune assurance de retrouver du travail ailleurs, de quitter une place en or ! Avec un dîner spectacle, dont le prix varie entre 115 et 150 euros, et du champagne, boisson fétiche de Michou – qui chaque soir coule à flots, cette petite entreprise ne connaît pas la crise ! Les quatre-vingts places de l’établissement sont prises d’assaut.

Et la liste d’attente est longue. Le public, ces hôtes venus des quatre coins du globe que l’homme bleu était si heureux d’accueillir, le sait. Nombreux sont ceux qui s’y prennent des mois à l’avance. C’est aussi pour eux que Catherine est allée contre les dernières volontés de son oncle. En effet, le carnet de réservations est quasiment plein jusqu’à la fin juillet prochain, date à laquelle la décision sera prise de poursuivre ou non l’activité, comme l’a indiqué l’équipe de l’établissement à Télé Loisirs : « Il y aura peut-être du changement après juillet, mais on n’en sait pas plus. »

Le Picard voulait emporter son cabaret avec lui dans la tombe. Il lui survivra au moins les six prochains mois pour le plus grand bonheur de ses admirateurs et de ses employés. Le choix qu’a fait Catherine de lui désobéir était difficile.

On peut toutefois imaginer que Michou, artiste et homme de cœur qui, une fois par mois, offrait un dîner spectacle aux personnes âgées de Montmartre, l’aurait compris.

Lili CHABLIS

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