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Mick Micheyl : Une gamine de Paris pour toujours !

Publié le 11 juin 2019

Mick Micheyl, la grande dame du music-hall s’est éteinte à 97 ans. Retour sur le parcours étonnant de cette artiste hors du commun.

On a le cœur serré. Mais tout comme Laurent Gerra dont elle fut la marraine de scène, on peut fredonner la chanson qui lui appartient à jamais : « Un gamin d’Paris c’est tout un poème / Dans aucun pays, il n’y a le même / Car c’est un titi, petit gars dégourdi / Que l’on aime… » Mick Micheyl, la grande dame du music-hall, artiste aux talents multiples, nous a quittés « sereine », jeudi 16 mai, dans la maison de retraite de Montmerle-sur-Saône (Ain) où elle séjournait depuis plusieurs années.

Il nous reste d’elle ce célèbre tube des années 50, également interprété par Patachou, Mouloudji et Yves Montand, de fabuleuses sculptures en métal d’où jaillissait la lumière et surtout l’image précieuse d’une femme chaleureuse, qui a pris sous son aile de nombreux artistes débutants comme Dave, Hervé Vilard… Généreuse, elle s’enquérait toujours de la santé et du moral des autres, tout en prodiguant gratuitement ses dons de guérisseuse et de magnétiseuse qui lui valurent d’être inculpée pour exercice illégal de la médecine !

La grande dame de la chanson avouait encore tout récemment : « J’ai été gâtée, l’existence m’a beaucoup donné. Je pense à ceux que j’aime et qui ne sont plus là. À ceux qui pensent à moi comme je pense à eux. » Sa légendaire gentillesse, son optimisme chevillé au corps, son bonheur de vivre et sa foi profonde lui ont permis d’affronter « les petits inconvénients du quotidien, les ennuis de santé, les gros pépins », comme elle le répétait avec conviction jusqu’au crépuscule de sa vie. Philosophe, elle aimait à dire « qu’à partir d’un certain âge, chaque jour de moins, c’est un jour de plus »…


Tour à tour chanteuse, meneuse de revue, productrice, acrobate, sculptrice, Mick Micheyl a décliné ses passions variées tout au long d’une existence riche et intense. C’est en 1949 que la petite provinciale née sur les bords de la Saône monte à Paris tenter sa chance avec ses dessins humoristiques sous le bras. Elle vient de terminer les beaux-arts de Lyon. À l’époque, elle aime le dessin, la peinture et… l’accordéon.

Elle n’a pas franchement en tête de chanter, mais compose quelques chansons pour son plaisir. « Au début, cela fut vraiment difficile car les portes se fermaient. J’étais furieuse car je proposais mes dessins, mes tableaux et même mes chansons, mais rien n’y faisait », racontait-elle.

Et puis la chance a tourné ; la grâce est arrivée. « J’ai tenté le grand concours de la chanson française à l’ABC avec le titre Le marchand de poésie et j’ai gagné ! J’étais vengée… » Au début des années 1950, Pathé-Marconi lui ouvre ses portes. « Puisqu’ils n’ont pas voulu de mes dessins, ils vont m’entendre ! » rigolait-elle au moment d’enregistrer son premier disque et de se lancer dans la tournée des cabarets parisiens. Mick Micheyl devient vite une vedette à l’Échelle de Jacob et au Liberty’s.

Un an plus tard, elle compose Un gamin de Paris, qui fait un véritable tabac. « Je me souviens avoir écrit ça un soir en tournée devant la cathédrale d’Albi », se rappellera-t-elle plus tard. La chanson lui apporte la gloire, fait le tour du monde et devient un standard international, repris et merveilleusement incarné par la suite par Yves Montand. Sa carrière décolle.

À 31 ans, Mick Micheyl est célèbre : sa voix mélodieuse, son phrasé impeccable et sa présence sur scène conquièrent les Français. Son nom s’écrit à l’affiche des plus grandes salles de la capitale : Bobino, l’Olympia, le Moulin-Rouge. Elle tourne aussi plusieurs films. Dix ans plus tard, elle passe au Casino de Paris, succédant à Line Renaud, en tant que meneuse de revue. La petite star (1 m 54 pour 50 kilos) descend le grand escalier avec plumes et paillettes au milieu d’un ballet de boys transis. Adulée par le public, elle y restera trois ans et demi, tout en multipliant les tournées à l’étranger. Avant de se lancer dans la production d’émissions télé pour l’ORTF, telles que Samedi pour vous, Show Mick ou encore Sacré métier. Touche-à-tout, déterminée, flamboyante, elle écrit aussi des sketches, réalise des acrobaties qui lui vaudront l’admiration de tous. Elle quittera le monde du petit écran en 1974.

C’est aussi l’époque où cette productrice de variétés prend sous son aile les jeunes talents : Véronique Sanson, Daniel Guichard, Dave, Michel Fugain, Michèle Torr, entre autres artistes bien connus aujourd’hui, lui doivent une fière chandelle.

Plus tard, elle sera aussi la marraine de l’humoriste Laurent Gerra qui lui a rendu hommage : « Je lui dois mon premier passage à la télé dans l’émission La chance aux chansons. Grâce à elle, j’ai pu donner des galas. C’est important quand on débute d’avoir un tel soutien. Mick avait le sens du spectacle. Elle était toujours dans l’encouragement. Toujours un mot gentil. Par exemple, elle signait “TTC” à côté de son nom pour dire : “Toute tendresse comprise” ! »

Mais il est temps pour Mick Micheyl de revenir sur les bords de la Saône retrouver l’espace, la quiétude et de tirer un trait sur sa vie parisienne. En 1974 donc, elle honore la promesse faite à son grand-père de s’installer dans sa grande maison à Montmerle-sur-Saône. Elle n’a alors plus qu’une obsession : faire chanter l’acier ! 

C’est grâce à un ami carrossier qui ponçait au soleil une vieille carcasse de voiture qu’elle a eu la révélation. Elle invente une technique de gravure sur métal, dépose un brevet. Dans cette dernière période de sa vie, Mick sera sculptrice, jouant à l’envi avec l’ombre et la lumière, travaillant l’acier mat inoxydable avec ses vingt-huit ponceuses équipées de disques abrasifs de toutes les tailles. Très vite, elle honore des commandes du monde entier (du musée Masséna de Nice jusqu’au Sénégal où le président lui achète une œuvre !), expose partout (la dernière, intitulée Aciers gravés, fut à la mairie du XIe à Paris en 2009) avant de raccrocher ses ponceuses, à la suite de blessures aux yeux provoquées par des projections de particules d’acier.

Jusqu’à la fin de ses jours, son charme, à la hauteur de son talent qui fascinait le public bien au-delà de nos frontières, a continué à agir. Dans un ultime pied de nez, on se plaît à penser qu’elle aurait pu nous lancer la phrase mythique avec laquelle elle débutait invariablement ses shows télévisés : « Allez, vas-y, c’est du bonheur ! »

Alicia COMET

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