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Mike Brant : Il a été assassiné !

Publié le 25 avril 2015

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Quarante ans après la mort de Mike Brant, de récentes investigations viennent apporter un éclairage aussi nouveau qu'explosif sur cette tragique disparition.

Pour un rebondissement inattendu, c’en est un! Alors que nous célébrons aujourd'hui le quarantième anniversaire de la mort du chanteur, une thèse nouvelle surgit. En effet, le 25 avril 1975, vers 11 heures du matin, Mike Brant mettait fin à ses jours, à 28 ans, en se jetant par la fenêtre d’un appartement, au sixième étage de l’immeuble situé au 6 de la rue Erlanger, dans le XVIe arrondissement de Paris. Quelques heures plus tard, le médecin qui signe l’acte de décès ne réclame même pas d’autopsie, tant la thèse du suicide lui semble aller de soi.

Or, justement, elle ne va pas de soi. Déjà à l’époque, certains proches du chanteur israélien avaient élevé la voix pour dire qu’ils ne croyaient pas à cette thèse du suicide, que Mike aimait bien trop la vie pour y mettre fin, et que la veille encore de sa chute il fourmillait de projets ; que, donc, il ne pouvait s’agir que d’un tragique accident.

Mais voilà que, dans le quotidien belge Le soir, une bombe a éclaté il y a quelques jours. Au terme d’une minutieuse enquête, le journaliste d’investigation Julien Balestra n’hésite pas à livrer à ses lecteurs cette stupéfiante affirmation : Mike Brant ne s’est pas suicidé… on l’a assassiné !

Récidive

Si la thèse du suicide a été aussi facilement acceptée à l’époque, c’est parce qu’il s’agissait alors d’une récidive : cinq mois plus tôt, le 22 novembre 1974, alors en pleine dépression, Mike Brant avait tenté de mettre fin à ses jours en se jetant du cinquième étage de l’hôtel de la Paix, à Genève. Par miracle, au lieu d’aller s’écraser sur le trottoir, il s’était freiné dans sa chute en s’accrochant les pieds au balcon du troisième et s’en était tiré avec deux mois d’hôpital.

Ce jour-là, le chanteur n’était pas seul dans la chambre d’hôtel : s’y trouvait aussi l’homme qui l’avait louée à son nom, son producteur, Simon Wajntrob, déjà impresario de Salvador Dalí. Il affirmera aux policiers qu’il était sous la douche au moment du drame. Or, la réalité semble toute différente, si l’on en croit Julien Balestra.

Celui-ci, grâce aux témoins, ainsi qu’aux confidences que Mike a faites à Dalida et au concierge de l’hôtel, Hermann Mitterer, a pu reconstituer ces minutes cruciales. Il en ressort que les deux hommes se sont violemment disputés. À un moment, excédé par Mike, qui le menaçait de se jeter par la fenêtre plutôt que de continuer à travailler pour lui, Wajntrob aurait ouvert celle-ci et dit : « Tu veux sauter ? Eh bien, saute ! » Mike aurait alors pris son producteur au mot et enjambé la balustrade…

Un homme mystérieux, que ce Simon Wajntrob. Lorsque le jeune Israélien le rencontre, en 1974, il est aussitôt ébloui par la faconde du producteur, et surtout par le fait qu’il est capable de lui parler… en hébreu : c’est un peu de sa terre natale et de sa famille qu’il voit à travers lui.

“Magouilles”

Mais il y a aussi ce qu’il refuse de voir, ce contre quoi, dès le début, ses proches le mettent en garde, notamment les fréquentations peu recommandables de Wajntrob avec un parrain de la Côte d’Azur, Samuel Flatto-Sharon. C’est pourtant avec ce personnage que, rejetant les propositions de Claude Carrère et d’Eddie Barclay, Mike Brant signe son nouveau contrat.

Mike Brant profilC’est une catastrophe. Le témoignage d’Alain Banon, garde du corps de la star, est accablant : « Moi, je voyais clair dans le jeu de Wajntrob. J’étais le seul qui ne rentrais pas dans ses “magouilles” [...] Mike a compris, trop tard, hélas ! qu’il était tombé dans un piège. […] Après la signature du contrat, nous avons vu Mike perdre le contrôle de tout et s’écrouler. »

Déjà fragilisé par la guerre du Kippour, l’année précédente, le chanteur s’enfonce encore plus dans la dépression, lorsqu’il découvre que non seulement Wajntrob ne lui paie pas ce qu’il lui doit, mais que ses comptes bancaires ont été vidés et son coffre dépouillé des objets de valeur qu’il contenait ! Quelques mois plus tard, c’est son appartement de Neuilly qui est cambriolé sans aucune trace d’effraction…

Pourtant, lorsqu’il ressort de l’hôpital de Genève, Mike a repris le dessus. Au dire de tous ses proches, il est décidé à rompre avec Wajntrob et à remettre sa carrière et sa vie sur les bons rails. Ce qui commence, bien sûr, par tout mettre en œuvre pour récupérer les sommes énormes que ce dernier lui doit.

Le 24 avril, veille de sa mort, par le plus grand des hasards, Mike Brant revoit, aux studios de Boulogne, Jean Renard, le producteur qui l’a découvert. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre et Mike arrache à son ami retrouvé la promesse de venir, dès le lundi suivant, travailler avec lui sur le disque qu’il prépare.

Comme le confie Jean Renard : « Je peux vous dire qu’il allait très bien et qu’il n’avait pas l’esprit de quelqu’un qui va se suicider ! » Opinion corroborée par Monique Le Marcis, programmatrice à RTL, qui verra Mike quelques heures plus tard : « Ce jour-là, j’ai vu un garçon heureux. Il était beau, en forme, et pensait que tout allait repartir pour lui. Il m’a même dit : “On va se revoir bientôt !” »

Pourtant, le lendemain, à 11 heures, Mike Brant est mort. Jeanne Cacchi, l’amie chez qui il se trouvait, rue Erlanger, dira aux enquêteurs la même chose que Simon Wajntrob cinq mois plus tôt : elle était sous la douche au moment du drame. Rien vu, rien entendu, donc…

Mais une voisine, dans l’immeuble en face, se rappelle avoir entendu Mike hurler un « Non ! » inhumain, avant le bruit de l’impact sur le sol. Elle se souvient du « cri glacial d’une personne qui ne veut pas mourir. »

Hypothèses

Ce 25 avril, Mike avait rendez-vous chez Jeanne avec Wajntrob pour régler leurs histoires d’argent. Ce dernier aurait-il commandité l’assassinat pour des raisons de gros sous ? On ne le saura jamais. Car, trois ans plus tard, il sera retrouvé au bois de Boulogne, dans sa voiture, « suicidé » lui aussi, d’une balle dans le cœur et d’une autre dans la nuque ! Accident, suicide ou assassinat : l’une de ces trois hypothèses est la bonne.

Mais quelle qu’elle soit, elle ne changera rien au chagrin des admirateurs de Mike Brant, qui s’apprêtent une fois encore à communier dans sa mémoire.

Didier Balbec

Jean Renard : “Je ne crois pas à la légende du suicide !”

Auteur de “Laisse-moi t’aimer”, l’homme qui a lancé le chanteur Mike Brant n’a jamais cru à ses pulsions suicidaires. Il nous explique pourquoi.

Jean Renard portrait« Le mercredi 23 avril 1975, j’étais au Studio 92 à Boulogne. Pendant la pause, je me suis mis au piano, la porte ouverte. Mike Brant est alors arrivé. Il enregistrait à côté. Cela faisait deux ans que je ne l’avais pas vu, nous étions fâchés. On est tombés dans les bras l’un de l’autre en pleurs.

Il m’a dit : “Aide-moi, il manque huit titres pour mon album.” J’ai répondu : “OK, on reprend ta carrière où on l’a laissée.” Je lui ai donné rendez-vous le lundi suivant à 14 h 30 à mon bureau. Le 25 avril, j’étais dans un bar de Tours quand j’ai appris sa mort par suicide. J’en ai laissé tomber mon porto. Je me suis dit que c’était impossible.

Il ne se serait pas donné la mort, lui qui était si plein de fougue, de vie. Je ne crois pas à la théorie de la pression qui lui pesait. Mike Brant n’était pas fragile. Je lui avais appris à gérer les fans. Quelque chose que je ne connais pas s’est passé. Rendez-vous compte. Il avait rendez-vous avec moi, son père spirituel qui l’avait lancé dans le métier !

À ses débuts, j’étais son compositeur, son producteur, son agent, son costumier, son confident. Je l’avais fabriqué de A à Z. On allait enfin récolter le bénéfice de notre boulot à son arrivée en France, ces semaines passées en studio pour enregistrer Laisse-moi t’aimer alors qu’il ne parlait pas un mot de français.

La légende du suicide est belle mais je n’y crois pas. Le Mike Brant que je connais voulait faire sa carrière avec moi. Personne d’autre ne savait qu’on avait rendez-vous à mon bureau, rue de Provence à Paris.

Les années qui ont suivi ont renforcé ma conviction. Simon Wajntrob, son producteur, qu’on retrouve dans le bois de Boulogne “suicidé” de deux balles. Et son directeur artistique, Alain Krief, poussé dans le métro. Oui, j’envisage l’assassinat pour Mike. Quelque chose avait changé dans son entourage. Il m’avait dit “Je m’emmerde.”

Peut-être faisait-il de l’ombre à quelqu’un ? Sa défenestration de Genève me paraît aussi incroyable. Ce garçon chantait tout le temps, même après quatre heures passées en studio. Mike Brant était un oiseau qui chantait, heureux de vivre, j’en suis sûr. »

Benoît Franquebalme

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