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Mimi Lempicka (César des Meilleurs Costumes 2018) : « À chaque réalisateur, son univers »

Publié le 12 février 2019

Du 13 au 23 février, l’œuvre de la grande gagnante du César des meilleurs costumes 2018, Mimi Lempicka, s’expose à la galerie Le 16 rue Voltaire à Paris.

Le Grand Bleu de Luc Besson, Cloclo de Florent Emilio-Siri, Tout ça… pour ça ! de Claude Lelouch, Chien de Samuel Benchetrit ou encore Iznogoud de Patrick Braoudé… Depuis plusieurs décennies, Mimi Lempicka habille le 7e art.

En 2018, cette costumière de renom, passionnée par le cinéma, remportait même le César des meilleurs costumes pour son travail sur le film « Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel.

Après l’image, c’est par le biais d’un livre que l’artiste a décidé de transmettre sa passion. En novembre dernier sortait « Les costumes font leur cinéma : les carnets de Mimi Lempicka », un ouvrage qui retrace son travail.

Pour l’occasion, son éditrice, Fabienne Kriegel, met à l’honneur les dessins et les maquettes des costumes de Mimi Lempicka dans une exposition inédite à la galerie Le 16 rue Voltaire à Paris (11e). L'exposition sera ouverte du 13 au 23 février, du lundi au samedi, de 15h à 19h30 à l'adresse éponyme.

Le samedi 16 février et le mercredi 20 février, la costumière donnera également deux séances de dédicaces de 17h à 19h30.

France Dimanche : Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette profession ?

Mimi Lempicka : J’ai toujours été passionnée par la narration et les personnages. D’abord, j’ai fait les Beaux Arts en Arts plastiques. Je travaillais déjà sur la représentation des personnages au travers de cette discipline. À l’âge de 24 ans, j’ai commencé à faire des expositions – dont une où j’avais confectionné énormément d’éléments en néoprène. À l’époque, Luc Besson cherchait quelqu’un capable de réinventer les costumes subaquatiques pour « Le Grand Bleu » (1988). C’est à partir de ce moment-là que j’ai plongé dans le long métrage. Ce qui m’a intéressé, c’est la manière collective de concevoir une image et de raconter une histoire. Les costumes, c’est ce qui arrive en dernier dans la démarche créative d’un film. Ils vont finir de raconter un personnage. Et j’adore défendre une esthétique fondée sur l’histoire.

FD : Quelles sont les étapes de la création ? Et d’où tirez-vous votre inspiration ?

ML : Il y a d’abord la lecture du scénario, puis une recherche iconographique. C’est l’histoire qui me donne l’inspiration. Ensuite, je cherche partout des références qui vont pouvoir me guider. Je regarde des photos, des images, des tissus ou encore des reportages. Même si je travaille avec une équipe, je dis toujours qu’il y a une première période de recherche solitaire. Ensuite, je fais une maquette de mes différentes idées. Une fois qu’elle est validée, je mets sur pied une charte qui va synthétiser toute la démarche créative.

FD : Luc Besson, Claude Lelouch, Samuel Benchetrit, Albert Dupontel… Vous avez travaillé avec les plus grands. Comment se déroule un tournage avec ces personnalités ?

ML : À chaque réalisateur, son univers. Pour imaginer le costume d’un film, il vous transmet sa vision, ses idées ou encore ses intentions. Dans le scénario, il y a beaucoup d’indications. Je soumets régulièrement au réalisateur des dossiers qui permettent de lui faire comprendre où j’aimerais aller. S’il a une autre intuition que moi, on évolue ensemble. Il faut qu’il soit d’accord. C’est son film. Bien sûr, je défends toujours mes idées avec cœur mais pas au point d’entrer en conflit. En tant que costumiers, on est rarement vissé sur une opinion. Nous, on est là pour traiter un sujet.

FD : Vous avez remporté le César des Meilleurs Costumes 2018 pour « Au revoir là-haut ». Est-ce le meilleur souvenir de votre carrière ?

ML : Je me suis toujours fichue des récompenses. J’aime tous les films auxquels j’ai participé. Je fais d’ailleurs des choix personnels et atypiques. Je défends l’originalité ou certains réalisateurs dont j’aime le travail. C’est vrai que c’est une très jolie récompense et que ça fait plaisir quand on reçoit ce prix. Je le prends un peu pour tous les films que j’ai fait.

FD : Vous-y attendiez vous ?

ML : C’est un grand film de cinéma. Il réunissait beaucoup de qualités. Avant même de penser aux récompenses,  je savais que c’était un film accompli et complet. Le public était d’ailleurs au rendez-vous. Après, on ne sait jamais trop comment les récompenses fonctionnent. Par exemple, je m’attendais à ce que « Cloclo » [pour lequel Mimi a été nommée aux César en 2013, ndlr] ait plus de récompenses. Selon moi, il n’y a pas vraiment de logique entre un film réussi et les prix qui l’accompagnent.

FD : Dans votre livre « Les costumes font leur cinéma », vous avez choisi de vous concentrer sur huit de vos réalisations. Pourquoi avoir choisi celles-là ?

ML : En tout, j’ai travaillé sur 62 films. Il fallait faire un choix. Avec l’éditrice, on en a sélectionné huit qui proposaient un processus créatif différent. L’autre critère qui a joué, c’est que les films sélectionnés devaient être français. On souhaitait représenter le cinéma français au travers de ce livre. J’ai imaginé « Les costumes font leur cinéma » comme une promenade. Il y a beaucoup d’images car je peins toutes les maquettes. Je voulais aussi que ce livre fasse rêver ; car c’est comme ça que je vis et fais ce métier.

FD : Vous avez travaillé pour le cinéma, la télévision, le théâtre et même la publicité. Une préférence ?

ML : Ma priorité, ce sont les longs-métrages. De fait, la création de costumes pour une série télévisée y ressemble beaucoup. D’ailleurs, j’ai été amenée à la publicité par les réalisateurs de longs-métrages. C’est un exercice qui est très intéressant, mais c’est plus du stylisme.

FD : Souhaitez-vous réveiller des vocations avec ce livre ?

ML : Si ça en déclenche, je serais très heureuse. C’était aussi une manière de montrer à quel point ce métier est complet. On ne s’en lasse jamais. Le secret pour réussir, c’est d’avoir une belle formation au départ. Je dis toujours que le travail parle. Quand on travaille bien, beaucoup et avec concentration, les opportunités ont plus de chance d’arriver.

FD : Quels sont vos prochains projets ?

ML : Récemment, j’ai travaillé sur « Le chant du loup » d’Antonin Baudry. Il sort d’ailleurs le 20 février prochain ! Actuellement, je travaille sur « The Eddy »,  la prochaine série Netflix de Damien Chazelle [le réalisateur de La la land, ndlr.].



Informations complémentaires :
Pour visiter l'exposition, il est nécessaire de prendre rendez-vous au 06.11.21.46.48.

Julia NEUVILLE

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