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Miou-Miou : Une enfance à la Cosette !

Publié le 13 février 2015

  Pour se sauver de son destin misérable où elle aurait dû être tapissière, Miou-Miou s’est jetée dans les bras de� Coluche qui lui a fait découvrir le théâtre.Pour se sauver de son destin misérable où elle aurait dû être tapissière, Miou-Miou s’est jetée dans les bras de� Coluche qui lui a fait découvrir le théâtre.

Dans la pièce qui se joue au théâtre Hébertot, à Paris, depuis le 29 janvier, Miou-Miou incarne avec brio une mère célibataire malmenée par la vie. Une âme en déroute qui rêve, avec un humour cinglant, de jours meilleurs… Cette pièce, de David Lindsay-Abaire, s’appelle Des gens biens, un titre qui va comme un gant à l’actrice, devenue trop rare à la scène ces derniers temps !

De son vrai nom Sylvette Herry, l’inoubliable Marie-Ange des Valseuses a gardé ce regard malicieux et ce sourire d’enfant qui ont tant séduit le public au début des années 70.

Sa spontanéité, sa fraîcheur et son innocence, l’actrice les tient sans doute de sa vie d’avant, du temps où elle était une petite fille curieuse et sensible, déjà artiste dans l’âme, mais vouée à un avenir peu brillant : «Chez mes parents, nous vivions à trois dans deux pièces, avec toilettes sur le palier et pas de salle de bains, vient de confier la comédienne de 64 ans dans Femme Majuscule. Je croyais que les baignoires étaient noires, à cause de leur nom. »

Fuir

Il est certain qu’aujourd’hui une telle candeur serait impossible, tant les jeunes gens, très bien informés, n’ignorent plus rien sur le monde qui les entoure. Mais à la fin des années 50, Internet n’existait pas, et rares étaient les foyers où un poste de télévision trônait dans le salon ! Pour la petite Sylvette et ses amies, qui vivaient dans un milieu ouvrier où les fins de mois étaient souvent difficiles, on devenait adulte bien avant la fin de l’enfance.

« On vivait dans les Halles, à Paris, celles des pavillons Baltard, a confié Miou-Miou dans Elle. Avec ma sœur, tôt le matin, on aidait ma mère aux fruits et légumes. On habitait dans un passage sombre et, au bout, c’était comme un rideau qui s’ouvrait sur un spectacle. »

Rien ne la prédestinait donc à devenir une star, si ce n’est cette envie chevillée au corps de fuir une vie dont elle pressentait, avec justesse, qu’elle ne lui conviendrait pas : « Je n’ai pas choisi de devenir comédienne, a-t-elle d’ailleurs expliqué. J’ai choisi de partir de chez moi à 18 ans, alors que j’étais mineure, de quitter le métier que j’apprenais et d’aller vivre avec Coluche. Ma mère voulait même l'attaquer pour détournement de mineure ! Il se trouve qu’il montait, avec d’autres, le Café de la Gare. Certains soirs, on ne savait pas où dormir, on se lavait aux bains-douches. Et puis on jouait. Nous étions neuf sur scène et trois spectateurs dans la salle ! »

Cette profession à laquelle Miou-Miou a souhaité échapper pour notre plus grand plaisir, on l’imagine mal s’y adonner avec passion, après l’avoir vue, durant ces quarante­-cinq dernières années tellement heureuse sur les planches ou devant l’objectif d’une caméra !

« J’apprenais la tapisserie, a en effet raconté l’actrice. J’avais une très bonne patronne. Dans l’atelier, il y avait une ouvrière plus âgée et une autre plus jeune. Je voyais dans ces trois femmes mon destin et je ne voulais pas de cet avenir. »

Emerveillement

Mais pour passer de l’artisanat au monde de l’art dramatique, il lui a fallu faire preuve d’une exceptionnelle faculté d’adaptation ! Après le triomphe des spectacles du Café de la Gare, dans les années 70, les réalisateurs l’ont de plus en plus sollicitée. Une reconnaissance qui a fait découvrir à la toute jeune fille, très inexpérimentée, l’univers, jusque-là inconnu, de l’opulence et de la vie facile.

Miou-Miou théâtre« Au début, je suis allée d’émerveillement en émerveillement : la première fois que j’ai pris l’avion et que j’ai vu des nuages, je pensais qu’ils étaient solides et qu’on allait entrer en collision avec eux », s’est souvenue Miou-Miou, toujours dans Femme Majuscule.

On imagine la terreur de la vedette montante du cinéma lors de ce premier vol, enfermée dans ce grand engin suspendu entre terre et ciel ! Mais l’innocente Miou-Miou, ainsi surnommée par Coluche parce qu’elle avait une voix un peu « miaulante », n’en avait pas fini avec les heureuses surprises : « J’ai vu pour la première fois la montagne avec Alain Delon sur le tournage des Granges brûlées [sorti en 1973, ndlr], et les petits déjeuners avec des petits pots de confiture, les voyages, s’habiller, tourner, claquer son blé avec frénésie, avoir de belles montres, un secrétaire… C’était énorme. »

Pourtant, celle qui a travaillé avec les plus grands acteurs, les plus illustres cinéastes, qui a aimé des stars tels Patrick Dewaere ou Julien Clerc, et vit aujourd’hui avec l’écrivain Jean Teulé, n’a jamais oublié d’où elle venait, et ne regrette en aucun cas son passé.

Cette jeunesse qu’on pourrait croire difficile ou douloureuse l’a en réalité aidée à grandir : «Maintenant, je comprends que mon enfance m’a construite, qu’elle est toujours là, et à quel point elle a été déterminante dans ma vie. Surtout depuis que mes parents ont disparu et que je n’ai plus de devoirs imposés envers eux, ni envers mes enfants. »

Il se peut même que ce soit cette enfance qui ait permis à Sylvette Herry de devenir Miou-Miou, une femme libre, magnifique, une actrice somptueuse, mais également une mère et une grand-mère comblée qui assume pleinement son passé…

Bref ! Quelqu’un qui peut se vanter de figurer parmi les Gens biens !

Clara Margaux

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