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Mischa Aznavour : “Etre le fils de Charles Aznavour a été difficile !”

Publié le 18 octobre 2020

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Le 1er octobre 2018, Charles Aznavour tirait sa révérence, à 94 ans. Aujourd'hui, son fils Mischa est bien déterminé à rendre immortelle l'œuvre de ce génie de la musique…

La Bohème, La Mamma, Mes emmerdes… Autant de titres qui vous rappellent forcément un souvenir et que vous allez pouvoir bientôt chantonner avec Dany Brillant qui sort, le 16 octobre, un album en hommage à l'icône de la chanson française : Charles Aznavour ! Le 1er octobre 2018, il y a pile deux ans, le seigneur légendaire, âgé de 94 ans, nous a quittés, encore en pleine gloire et tournée mondiale… Nous avons rencontré son fils Mischa, qui a accepté de se confier en toute intimité sur ses liens avec son père, comment il vit son absence, quel genre de papa il était, les valeurs qu'il a transmises à ses enfants, comment il aurait traversé l'épidémie actuelle et bien d'autres choses… Interview exclusive !


France Dimanche : Ça fait deux ans que votre papa a disparu. Comment vivez-vous son absence ?

Mischa Aznavour : Chaque jour qui passe, mon père est dans toutes mes pensées et dans mon cœur, donc je ne me rends pas encore bien compte de son absence. De plus, j'ai été très occupé à travailler sur la sortie du documentaire Le Regard de Charles. Entre ça et la Fondation Aznavour, au final, on a l'impression qu'il est toujours présent au quotidien parmi nous… Par ailleurs, ça faisait quinze ans que je m'angoissais et me préparais à son départ, donc j'ai eu le temps de mener un travail sur moi.

FD : Comment votre mère Ulla vit-elle son absence ?

MA : Après cinquante-quatre ans de vie commune avec mon père, c'est très dur pour elle. Il lui manque énormément. Mais c'est une femme forte, et avec mon frère Nicolas et ma sœur Katia, on l'entoure beaucoup. Comme elle vit à Genève, je passe tous les jours une heure ou deux avec elle.

FD : Est-il prévu quelque chose pour marquer l'anniversaire de sa mort ?

MA : Oui, pour lui rendre hommage, le 16 octobre, sort Dany Brillant chante Aznavour – La Bohème, un album de reprises de ses meilleurs titres… Je pense que les arrangements auraient plu à mon père. Il a été fait avec beaucoup d'amour.

FD : Votre père avait-il peur de la mort ?

MA : Oui, très peur. Quand on grandit dans une communauté qui a vécu un génocide, telle que la communauté juive ou arménienne, on ne peut pas être serein face à la mort. Avec tout ce que l'on nous raconte, on est forcément tous un peu névrosés ! Mon père disait toujours : « Je ne veux pas mourir sur scène comme Molière mais en activité ! » Et c'est ce qui s'est passé. Il était encore en représentation deux semaines avant sa disparition !

FD : Justement, comment expliquez-vous qu'à 94 ans, il assurait encore des tournées mondiales ? Quel était le secret de sa forme ?

MA : C'était son amour pour la vie ! Il aimait rire. S'il avait pu vivre jusqu'à 150 ans, il aurait toujours été aussi joyeux. Avec ses chansons d'amour un peu tristes, les gens croyaient qu'il était mélancolique, mais pas du tout ! Mon père personnifiait la joie de vivre !

FD : Quelles sont les principales valeurs que votre père vous a transmises ?

MA : Le respect, le travail, l'amour, l'humilité, la pudeur… Et surtout, il nous a apporté la liberté ! On a tous été extrêmement gâtés ! Chacun de ses enfants a son propre appartement et ne manque de rien ! Il aurait pu vivre égoïstement et tout claquer, mais il a pensé à nous toute sa vie en mettant de l'argent de côté. Sa seule crainte était que l'on ne soit pas à l'abri ! Il disait tout le temps : « Il faut absolument que je continue à chanter sinon vous n'aurez rien pour vivre ! » Mon père ne voulait jamais s'arrêter de travailler. C'était un vagabond. Un saltimbanque de luxe ! Jusqu'à ses 94 ans, il aimait passer cinq jours au Japon puis sauter dans un avion pour Los Angeles… À son âge, c'était quand même épuisant ! Rien ne pouvait l'arrêter. Jusqu'au bout, il a voulu voyager !

FD : Parlez-nous de votre enfance…

MA : Je ne peux pas dire que c'était un papa extrêmement présent pour ses enfants, mais, selon moi, on ne le voyait pas moins que ceux qui ont pour père des grands chefs d'entreprise qui voyagent tout le temps. Mon père a tout fait pour nous offrir une belle jeunesse dorée… Même si on n'a pas grandi avec des limousines qui venaient nous chercher, d'autant que ma mère faisait en sorte de nous protéger de la célébrité… Alors non, mon père ne jouait pas avec nous, mais en revanche, il était très affectif et tactile avec nous. C'était un Oriental !

FD : C'est donc plutôt votre mère qui vous a élevés ?

MA : Complètement ! C'est elle qui s'occupait du cocon familial et nous apportait la stabilité. Quand un journaliste disait à mon père qu'il avait des enfants bien élevés, il répondait : « Non mais moi, je ramène à manger à la maison. C'est ma femme qui les éduque ! »

FD : Comment vit-on le fait d'être le fils de Charles Aznavour ?

MA : Cela a été très difficile car j'ai vite compris que les gens étaient intéressés et pouvaient être très cruels. Petit, j'étais déjà curieux du monde, je voulais partir sur les routes, vivre à Paris, et je me suis très rapidement rendu compte de la jungle dans laquelle on évoluait. Alors, parfois, je jouais le fils d'un anonyme pour voir comment les gens se comportaient, et lorsqu'ils réagissaient mal, je leur disais qui j'étais et ils changeaient du tout au tout !

FD : Êtes-vous proche de votre frère Nicolas ?

MA : Oui, je suis très proche de Nicolas, et aussi de Katia. Aucun projet lié à notre père n'est lancé sans notre accord à tous ! Nous avons chacun des tempéraments différents mais qui se complètent. Nicolas a plus le caractère de ma mère, Katia, celui de mon père, et moi, je suis un parfait mélange entre mon père et ma mère.

FD : Que pouvez-vous dire au sujet de Patrick, votre frère décédé ?

MA : Je l'ai connu, mais j'étais très petit, donc je ne m'en souviens pas très bien ! Et mon père a toujours été très secret à son sujet. N'oublions pas que Patrick est le fruit d'une aventure avec une danseuse. Un jour, elle lui a révélé qu'il était le père de cet enfant et que le beau-père était violent. En plein milieu des années 60, il était un peu perdu ! Ce n'est que lorsqu'il a connu ma mère que mon père a commencé à mener une vie bien rangée. Le suicide de Patrick a toujours représenté une blessure profonde pour lui et il n'a jamais voulu en parler.

FD : Parlez-nous de l'album Aznavour, sa jeunesse, chanté par Kendji Girac, Indila, Soprano, Vitaa, Élisa Tovati, Amel Bent…

MA : Je l'ai coproduit. Le résultat est très sympa, c'était une bonne énergie de réunir tous ces jeunes ! Mais j'ai été déçu par les maisons de disques qui, en raison de conflits d'intérêts, ont bloqué des super titres ! Mon père a toujours plu au public, comme il a toujours plu aux femmes, car il était sans complexes, plein de vie et un peu foufou ! D'ailleurs, Piaf le surnommait : le « génie-con » ! Je n'ai pas connu mon père jeune, il avait déjà 47 ans quand je suis né. Mais j'imagine qu'à 25 ans, il devait être super speed et ne pas tenir en place !

FD : Quels étaient les liens entre votre père et Johnny Hallyday ?

MA : J'ai rencontré plein de fois Johnny, qui venait très souvent à la maison. Comme papa, Johnny a toujours eu son public. C'est pour cela qu'ils se sont tout de suite aimés, même s'ils avaient vingt ans de différence ! Ils n'ont pas profité l'un et de l'autre. Mon père lui a toujours donné de bons conseils, et Johnny sentait que c'était non intéressé. D'ailleurs, il disait que Charles Aznavour était un peu comme son père !

FD : Après le documentaire Le Regard de Charles, sorti en novembre 2019, d'autres projets sont-ils prévus ?

MA : Mon père nous a laissé tellement de choses, dont une comédie musicale avec Françoise Fabian… C'est toujours d'actualité, mais ça ne sera plus avec Françoise Fabian… Concernant le centre Aznavour prévu à Erevan, il avance grâce à mon frère Nicolas, qui habite désormais sur place et s'en occupe à plein temps. Mais tout a pris du retard avec le Covid-19. De même, l'exposition itinérante prévue en 2022 est compromise pour le moment.

FD : Comment, selon vous, votre papa aurait-il vécu cette pandémie ?

MA : Je pense que cela aurait été terrible pour lui, d'autant que ma sœur Katia a chopé le virus ! Cela l'aurait stressé de rester bloqué chez lui et de ne pas pouvoir aller chanter. Il n'aurait pas supporté qu'on le prive de sa liberté. Je suis très content que mon père n'ait pas vécu cette période ! Il serait devenu fou !

Vanessa ATTALI

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