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Mouss Diouf : Le colosse aux pieds d’argile

Publié le 31 juillet 2022

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Fauché il y a dix ans, l’acteur généreux et humaniste s’était forgé un solide capital sympathie avec son incarnation de l’inspecteur N’Guma dans la série “Julie Lescaut”.

S'il est un acteur dont la popularité a dépassé l’épaisseur des rôles qui lui ont été confiés, c’est bien Mouss Diouf ! Une figure familière de nos écrans, un monument de force tranquille au jeu sensible, faussement bonhomme, sans doute davantage aimé pour lui-même que pour sa production artistique. Son envergure de bon vivant et sa bonhomie l’ont installé comme l’un des seconds rôles les plus sympathiques de la télévision et du cinéma. Son humanité faisait chatoyer ses personnages, particulièrement celui de l’inspecteur N’Guma dans la série Julie Lescaut, aux côtés de Véronique Genest, sur TF1, qu’il endossa durant quatorze ans. Malheureusement, deux maudits accidents vasculaires cérébraux (AVC) l’ont emporté il y a dix ans, après une lutte courageuse, nous privant de cette figure attachante.

De la serrurerie à la comédie

Né à Dakar (Sénégal), le 28 octobre 1964 sous le nom de Pierre Moustapha Diouf, il a 3 ans lorsque sa famille décide de s’installer à Marseille (Bouches-du-Rhône), puis à Bobigny (Seine-Saint-Denis), où il monte rapidement en graine. Après avoir obtenu un BEP de serrurerie, il se laisse tenter par la boxe, aidé par son physique imposant. Le hasard des rencontres faisant bien les choses, son partenaire de ring n’est autre que le champion et comédien Stéphane Ferrara. Après 17 combats amateurs, Mouss raccroche les gants et se consacre, tout comme son ami, à la comédie. Signe du destin : il avait déjà fait, enfant, ses premiers pas devant la caméra peu avant son départ du Sénégal, dans le film Le Mandat, du romancier et réalisateur Ousmane Sembène.

En rôles libres

Et c’est en accompagnant Stéphane Ferrara à une audition qu’il rencontre Jérôme Savary, qui s’apprête alors à monter La Femme du boulanger, de Marcel Pagnol. Le metteur en scène lui propose aussitôt un rôle de berger… ce que le producteur refuse au motif que ce personnage ne peut être noir. Qu’à cela ne tienne, deux ans plus tard, en 1987, le metteur en scène persiste et l’appelle pour jouer dans Le Bal des cocus, avec Anémone. Remisant définitivement ses gants de boxe, Mouss Diouf entame ainsi sa carrière se partageant entre le théâtre (Les Fourberies de Scapin, 1994), le cinéma, où il obtient des petits rôles sous la direction, notamment, d’Alexandre Arcady (L’Union sacrée, 1989), de Jean-Marie Poiré (Les Anges gardiens, 1995) ou d’Alain Chabat (Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, 2002), et, bien sûr, la télévision. C’est ainsi qu’au seuil de la trentaine Mouss grimpe dans l’échelle de la notoriété, crevant le petit écran et les plafonds de l’audimat avec Julie Lescaut !

L’as de flic

Aux côtés de Véronique Genest, qui tient le rôle-titre, l’acteur devient la tête de gondole télévisuelle de la série de TF1, dans laquelle il incarne le débonnaire et chaleureux inspecteur Justin N’Guma. Ce rôle l’installe définitivement dans le cœur du grand public. Sa présence imposante, son charisme et son souffle généreux au jeu vibrant d’humanité font des étincelles. Un personnage qui lui va comme un gant ! Au seuil des années 2000, l’acteur carbure à plein pot, cultivant cette image populaire et sympathique.

Il boxe avec les mots

En 2003, il s’élance en solo sur scène avec un spectacle intitulé Avant quand j’étais noir! dans lequel il excelle en humoriste aux accents humanistes. L’ancien boxeur enfile sa nouvelle tenue de combat – un jean et un tee-shirt noirs – pour jouer ce premier one-man-show, drôle et émouvant, sur sa vie cabossée de gamin doué pour la castagne et qui finit par se brûler aux feux de la rampe. Il touche droit au cœur, dans les rires comme dans les larmes.

En 2006, il cherche un second souffle et quitte la série Julie Lescaut pour se consacrer entièrement à l’écriture de son deuxième seul-en-scène, Naturellement humain. Les choses auraient pu, comme dans l’Olympe, se dérouler dans une vallée de lait et de miel, mais, au cours d’une représentation de ce spectacle au théâtre du Gymnase, à Paris, en février 2009, il est victime d’un accident vasculaire cérébral, aggravé de complications rénales.

En 2009, le comédien est foudroyé par un grave accident vasculaire cérébral.

Fin de la garde à vie

Quelques mois plus tard, un nouvel AVC le plonge durant plusieurs semaines dans le coma. Souffrant de graves séquelles physiques, privé de l’usage de la parole, Mouss Diouf séjourne dans un centre de réadaptation fonctionnelle. Le flic le plus attachant de l’Hexagone est emprisonné dans son corps de colosse. Sa compagne, Sandrine, choisit de l’hospitaliser à domicile pour ne pas le laisser végéter dans un institut spécialisé. Dans sa maison marseillaise, au milieu de la nature et des chants des oiseaux, Mouss écoute Joe Dassin.

S’il parle avec difficulté, cela ne l’empêche pas de fredonner à son épouse et à leur fils de 5 ans : « On ira, où tu voudras quand tu voudras… »

Mais ses jours d’homme filent entre les doigts de sa femme. Elle chante à voix basse à la porte de son oreille, à la fenêtre d’un cœur qui bat de plus en plus lentement. Le 7 juillet 2012, sa vie, minuscule tourbillon de quelques lunes et soleils, cesse de tournoyer sur le rivage pourtant si ouaté de sa chambre, avec ses affiches, les photos de ses enfants, ses gants de boxe, son djembé… Mouss Diouf est enterré au cimetière d’Auriol selon le rite musulman. Ses amis sont nombreux à l’accompagner : Omar et Hélène Sy, Cécile de Ménibus, Franck Dubosc, Marcel Desailly…

Le murmure des prières, mêlé au chant des cigales, est déchiré par les pleurs de Sandrine, sa femme, d’Isaac, leur fils, et de Tessa et Selena, ses deux filles nées d’une première union.

Dans la chaleur étouffante, le parfum des roses blanches l’embaume pour l’éternité…

Dominique PARRAVANO

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