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Muriel Robin : Elle a préparé sa mort !

Publié le 3 novembre 2019

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© BESTIMAGE Muriel Robin

Muriel Robin vient de faire des révélations bouleversantes sur la façon dont elle aimerait quitter ce monde.

Avec Muriel Robin, on peut rire de tout. La comédienne l’a maintes fois prouvé, sur scène, s’attaquant par exemple au racisme, quand elle met en scène une femme, choquée que sa fille puisse sortir avec « un noir noir », tabou suprême… Ou quand elle rend visite à sa mère, victime de la maladie d’Alzheimer, et que, n’en pouvant plus de répéter encore et encore qu’elle est venue la voir en train, elle répond soudain à sa énième question sur son moyen de locomotion : « On est venu en bateau, figure-toi. Par la Loire maman, Paris-Saint-étienne direct »… Fou rire de la salle. Mais pour un triomphe sur scène, combien de larmes pour Muriel ?

Si l’artiste est capable de nous faire rire de tout, la gravité de son existence ne l’a jamais lâchée d’un souffle. La souffrance, le drame n’ont en effet jamais laissé tranquille cette femme qui a bataillé ferme pour s’inventer une vie dans laquelle elle pourrait trouver sa place. Le racisme, elle l’a vécu, en tant qu’homosexuelle. « J’ai lu des choses sur moi et Anne Le Nen, je n’oserais même pas employer les mots à notre égard », avait-elle confié, en mars 2018, sur le plateau de C à vous. Et la maladie d’Alzheimer, elle l’a aussi connue de l’intérieur, restant auprès de sa mère atteinte par ce fléau, à Saint-Étienne, en tant qu’aidante, durant une année…


Un tête-à-tête terrible, qui a profondément marqué la cadette des trois filles d’Aimée… « Tous les matins, on se réveille en se disant “C’est un cauchemar !” », avait-elle confié à Michel Drucker sur son divan en 2015, ajoutant qu’elle avait failli « y laisser sa peau ». D’autant que leur relation mère-fille a toujours été teintée d’une distance dont Muriel a profondément souffert. Jamais elle n’aura entendu les mots qu’elle brûlait d’entendre et qui auraient sans doute fait d’elle une autre personne, plus heureuse. « Je ne dirais pas qu’il y a deux grandes familles, parce qu’il y en a plein, mais enfin, il y a la famille de ceux qui ont eu les “Je t’aime, tu es belle, je suis fière de toi, etc.”, qui fait qu’on a des ailes et qu’on va avoir un rapport à soi d’une manière ; et quand on ne les a pas eus, ces mots-là… », avait expliqué la comédienne au micro d’Anne-élisabeth Lemoine, en octobre 2018.

« Ces mots-là » précisément, Muriel ne les a pas obtenus. Et quand Aimée disparaît le 22 septembre 2003, elle ne parvient pas à surmonter la peine immense qui l’envahit… « Le lendemain, ou le surlendemain, je ne sais plus, j’avale toute une boîte de médicaments, je bois un demi-litre d’alcool pour faire passer le tout, et je m’effondre », écrit-elle dans son autobiographie, Fragile, parue en 2018 aux éditions XO. Avec cette tentative de suicide, Muriel tente avant tout de rejoindre sa maman. Pour qu’une fois au moins, elles soient proches toutes les deux… « C’était pour partir avec elle », dira-t-elle, bouleversante, au micro de RTL en 2005.

Fort heureusement, les médecins de l’hôpital la sauveront. Mais il faudra à l’artiste beaucoup de volonté, comme celle de faire un travail sur elle-même, pour tenter de comprendre ce qui lui arrive, et sortir de sa grave dépression. C’est dans ce cadre qu’elle comprendra enfin la raison de l’amertume qui collait à la peau de sa mère. Muriel découvre en effet qu’elle n’est pas, comme ses deux sœurs, la fille d’Aimée et de son époux, Antoine Robin. Elle est en réalité l’enfant d’un ami de la famille, qui était le grand amour sa mère… Un amour auquel cette dernière avait dû renoncer quand son mari l’a découvert. Mettre fin à cette relation lui a fait beaucoup de mal. « Ce mal, écrit Muriel, qui a fait de maman cette femme à fleur de peau, cassante, acariâtre, destructrice, […] aiguisé par le sacrifice de sa vie amoureuse, par une frustration et une insatisfaction qui l’ont rendue folle de douleur »…

En dénouant un peu les raisons qui faisaient que sa mère la rejetait, Muriel a sans doute cessé de souffrir autant. Elle a même accepté de jouer une femme atteinte de ce mal dans le téléfilm de Christophe Lamotte, Le premier oublié, diffusé le 7 octobre sur TF1 ! « J’ai toujours refusé les projets autour d’Alzheimer. Mais là, je devais être prête et, inconsciemment, j’ai peut-être voulu retourner sur les pas de ma mère », a expliqué l’actrice à Télé 2 semaines. Mais l’important pour elle est aussi de jouer un rôle « utile », qui peut permettre aux gens de mieux appréhender un problème.

C’est aux côtés de M. Pokora, qui incarne son fils, que Muriel s’est lancée dans cette aventure. Lui aussi a été confronté à ce fléau, qui a touché son propre grand-père. Mais si Muriel se trouvait assez forte pour pouvoir revivre, dans le cadre d’une fiction, l’enfer qu’elle a connu, elle s’est aussi armée pour ne pas devoir affronter ce mal, si elle devait en être touchée. « J’ai fait des papiers qui stipulent que si j’avais une maladie de la sorte, et que c’était trop lourd pour mes proches, je préférerais mourir. Je ne veux pas être une charge », a-t-elle encore révélé à notre confrère.

Infiniment aimée par son public, par ses pairs, par sa compagne, souhaitons que Muriel arrive à profiter de sa vie. Car avec sa sensibilité, sa générosité et son courage, elle a sans doute encore beaucoup à nous apporter. En rires, et en larmes aussi.

Laurence PARIS

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