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Natasha St-Pier : Harcelée par son manager !

Publié le 24 juin 2017

La chanteuse 
Natasha St-Pier vient de révéler comment
 Guy Cloutier 
l’a manipulée.

Certains livres sont comme des poupées gigognes qui s’emboîtent les unes dans les autres, de la plus petite à la plus grande. L’ouvrage que vient de sortir la chanteuse québécoise Natasha St-Pier est de ceux-là. Dans Mon petit cœur de beurre, publié chez Michel Lafon, la jeune femme de 36 ans revient, bien sûr, sur le drame qui a rythmé son existence depuis dix-huit mois : son combat pour sauver Bixente, son fils atteint d’une cardiopathie congénitale, la tétralogie de Fallot.

Un mal que ses médecins n’ont décelé qu’au bout du cinquième mois de grossesse et qui risquait de faire de son enfant un handicapé mental. Elle relate donc sa bataille au jour le jour, au côté de son mari Greg, jusqu’au dénouement heureux. « J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand j’ai su que tout allait bien », écrit l’artiste, encore bouleversée par cette épreuve.

->Voir aussi - Natasha St-Pier : Son fils assisté médicalement à vie !

Cependant, en feuilletant de plus près ses confessions, le lecteur s’aperçoit que Natasha a dû, dans sa jeunesse, mener un autre combat qui aurait pu ruiner tous ses espoirs de faire carrière dans la musique.

À l’époque, celle qui n’est encore qu’une adolescente, commence tout juste à se faire connaître, à trouver sa voix, qui séduit ses premiers fans, après la sortie dans son pays, le Canada, de son album Émergence, en 1996. Mais c’est surtout quatre ans plus tard, en interprétant le rôle de Fleur-de-Lys dans la comédie musicale à succès Notre-Dame de Paris qu’elle perce dans la chanson.

Guy Cloutier
Guy Cloutier

Emprise

Sentant que Natasha a un sacré potentiel, Guy Cloutier devient son manager. Si l’homme ne manque ni de flair ni de bagout et sait faire miroiter à sa protégée un avenir doré tout en haut de l’affiche, il est aussi un manipulateur qui sera par la suite, en 2004, condamné à trois et demi de prison pour pédophilie par la cour de Québec. Et cet individu peu recommandable a tout de suite compris comment abuser de la naïveté de Natasha, une toute jeune femme nouvelle dans le métier et manquant encore de confiance en elle.

L’emprise de ce cornac sur sa cliente est telle qu’aujourd’hui encore, alors que son cauchemar est depuis longtemps terminé, l’artiste estime avoir été harcelée par cet imprésario qui l’avait transformée en marionnette dont il tirait les ficelles. « Je n’ai eu aucun problème d’ordre sexuel avec lui, vient-elle de préciser dans Télé Poche. Je n’ai subi que de l’abus mental. Je vivais quinze jours par mois à Paris. Il me faisait croire qu’il payait le séjour, alors que c’était Sony qui payait. Chaque fois qu’il venait, je devais lui laisser ma chambre et aller dormir dans celle de la nana qu’il payait pour me surveiller. J’ai connu la gloire avec Mourir demain, mais ça profitait à tout le monde sauf à moi. »

Maniaque du contrôle, craignant sans doute qu’un autre mentor, guère plus scrupuleux que lui, ne vienne débaucher sa poule aux œufs d’or, Cloutier sait comment la couper du reste du monde, la déstabiliser pour qu’il ne lui vienne aucune envie de s’émanciper. Sa tâche s’avère d’autant plus facile que Natasha ne se sent pas à sa place dans l’univers du show-biz, où personne ne la ménage.

Son malaise finit même par la faire basculer dans les affres de la boulimie et de l’anorexie, tant elle ne supporte plus l’image que lui renvoie son miroir, traumatisée par des remarques cruelles. « J’ai un corps de sportive, a-t-elle raconté, toujours dans Télé Poche. Je me suis retrouvée dans un monde artistique et je n’étais pas dans le moule. Ce n’est pas tant le manager qui m’a complexée que toutes les stylistes que j’ai rencontrés, ado. Je les entendais dire à quelqu’un de la maison de disques, devant moi, comme si je n’étais pas là : “Mais là, tu veux que je fasse quoi avec ça, tu as vu comment elle est gaulée ? Que veux-tu que je lui mette ?” »

Vicieux

Comme si cela ne suffisait pas, Cloutier était bien décidé à façonner, au sens propre du terme, celle qu’il semblait considérer comme sa chose, en la poussant à changer son corps. « Il ne m’a pas mis le couteau sous la gorge, se souvient Natasha. C’était vachement plus vicieux. Chaque fois que l’on voyait une chanteuse, il me la montrait en exemple. À 18 ou 19 ans, j’ai accepté de me faire poser des implants mammaires. Je n’étais pas à l’aise avec. Ce n’était pas moi. Je me les suis fait enlever avant ma grossesse. Mon mari a été d’accord. Je me suis réapproprié mon identité. »

Reste qu’avant de pouvoir redevenir elle-même, la jeune femme a dû se tirer des griffes de son encombrant cornac, déterminé à la garder dans son giron. Aurait-elle su trouver la force de se libérer seule ? Pas sûr… Heureusement, un homme l’a aidée à se tirer de ce mauvais pas. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de Pascal Obispo qui, un jour, a su lui ouvrir les yeux sur la façon pour le moins surprenante qu’avait Cloutier de défendre ses intérêts.

Le chanteur et parolier lui a tout simplement expliqué qu’il gagnait plus qu’elle sur ses propres albums, ajoutant qu’à l’évidence, ce n’était pas normal. Mais Pascal ne s’est pas arrêté là : il lui a présenté un avocat, dont il a réglé une partie des honoraires, afin que Natasha puisse entamer une action en justice contre Cloutier. Et elle a fini, après une longue bagarre juridique, par obtenir gain de cause, changeant de manager pour repartir du bon pied.

Comme on pouvait s’en douter, Natasha garde une reconnaissance éternelle envers celui qui a su l’épauler et changer son destin. « Il a été un grand frère pour moi. Sans lui, j’aurais peut-être arrêté de chanter. » Avouez que cela aurait été bien dommage. Et si d’aventure Natasha St-Pier et Greg devaient avoir un autre fils, sans doute songeraient-ils à le prénommer Pascal…

Claude Leblanc

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