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Nicolas Hulot : Ses noëls sont des cauchemars

Publié le 26 décembre 2008

«Cette nuit m'a marqué à tout jamais », écrivait, il y a quelques années, Nicolas Hulot dans un ouvrage intitulé Les chemins de traverse (édité chez France loisirs).

Cette autobiographie, publiée en 1989 par le célèbre animateur de TF 1, débute l'après-midi du 24 décembre 1974. Une date qui restera gravée dans son cœur à tout jamais et fera de ses noëls futurs de véritables cauchemars...

Ce jour-là, Nicolas Hulot prépare le réveillon avec sa sœur, Béatrice, et leur maman. Cette année, ils seront douze à table. Manquent deux figures familiales : le père de Nicolas, décédé d'un cancer, quatre ans auparavant, et son frère Gonzague, parti effectuer un tour du monde trois mois plus tôt.

->Voir aussi - Nicolas Hulot et Claire Keim : Leur coup de foudre

Mais il manque tout de même deux chaises : « Je suis bon pour descendre dans la cave, où personne ne va jamais », écrit-il. Accompagné de sa soeur, il dévale alors les sept étages de leur immeuble parisien pour se retrouver au sous-sol. Tandis qu'il déambule à tâtons dans l'étroite pièce jonchée d'objets hétéroclites en quête de chaises, Nicolas heurte ce qui semble être un tapis.

Mou

« Je me baisse pour le dégager. Toujours dans le noir, auquel je ne m'habitue pas, je touche quelque chose de mou, je palpe des franges, retiens mon souffle. » Le garçon entreprend alors de dérouler le tapis en l'approchant de l'entrée afin de l'éclairer un peu. Ce qu'il aperçoit alors le fait bondir : c'est un corps. Il saisit le bras de Béatrice en disant : « Y a quelqu'un !»

C'est elle qui la première comprend : ce corps, c'est celui de Gonzague, ce grand frère si secret que tout le monde croyait quelque part au bout de la terre. Tel était donc ce grand voyage qu'il avait planifié...

« Je n'ai pas osé regarder de plus près », écrit le présentateur d'Ushuaïa. C'est pourtant bien le corps de Gonzague qui gît dans la cave. Celui du fils aîné dont le prénom n'était jamais prononcé, pour ne pas faire souffrir leur mère...

Ménager leur maman : Béatrice et Nicolas n'ont soudain plus que cette idée en tête. Ils prennent alors cette décision inouïe : lui dissimuler la vérité. Au moins jusqu'au lendemain.

Pendant que sa sœur monte une chaise au septième étage, comme si de rien n'était, le cadet s'approche du cadavre et aperçoit auprès de lui une bouteille d'eau minérale, un flacon de comprimés vide et ce message : « La vie ne vaut pas la peine d'être vécue. »

Dans cette cave qui depuis des mois faisait office de caveau, le jeune homme vient de perdre d'un seul coup toute trace d'innocence... « En cet après-midi de Noël 1974, j'ai 18 ans. Et jamais je n'ai été aussi seul de ma vie », note-t-il encore.

Mû par une force exceptionnelle, le jeune homme monte la chaise dans l'appartement, puis redescend dans la rue. Là, il prévient la police et son oncle. Ensemble, ils se mettent d'accord : on attendra le lendemain pour les démarches d'usage, afin de laisser à la famille le répit de ce réveillon. Mais Nicolas, lui, est tenu de reconnaître le corps...

Débute alors une longue, interminable nuit de Noël. L'oncle tente des blagues. Les convives semblent passer un bon moment. Béatrice et Nicolas échangent des regards. Ils croisent parfois celui de leur mère, laquelle fixe régulièrement des photographies de Gonzague épinglées au mur. Sur l'une d'elle, sa préférée, son fils s'amuse dans une soirée sur la Côte d'Azur.

Dans son livre, Nicolas Hulot écrit : « Sur le mur, Gonzague danse devant ma mère, qu'une courte nuit protège encore de l'odieuse vérité. » Cette nuit-là, incapable de trouver le sommeil, le petit frère, désemparé, attend que l'aube ne vienne l'assommer.

Et un nouveau jour se lève. Il est temps d'annoncer l'indicible. Une mission que l'oncle de Nicolas accepte courageusement. En apprenant l'épouvantable nouvelle, la maman de Nicolas s'effondre...

Christian Morales

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