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Nicolas Hulot : Une enfance brisée !

Publié le 27 avril 2015

Avant d’être le défenseur passionné de notre planète, le petit Nicolas Hulot a connu l’absence, la � souffrance � et la tristesse.

« Il y a des gens qui sont épargnés par les épreuves, d’autres moins. C’est une banalité de dire que l’on en sort grandi, mais c’est vrai, et on est aussi plus lucide sur la vie… » Quand, en 2007, Nicolas Hulot se confiait à notre confrère de Psychologies Magazine, semblant de pas avoir trop souffert des épreuves qu’il avait traversées, personne ne se doutait alors de ce qu’il avait vécu, enfant, puis tout jeune homme. Vécu de tristesse, de blessures et de souffrances.

Beaucoup se souviennent cependant de l’expérience cruelle qu’il avait connue, jeune homme, lors de la disparition de son frère. Mais que s’était-il vraiment passé à l’époque, et de quelle façon cet épisode familial avait-il retenti sur son existence ? Cela, personne ne pouvait le dire.

Aujourd’hui, grâce à l’ouvrage intitulé Un prof a changé ma vie, de Vincent Rémy, publié à La Librairie Vuibert, on découvre l’enfance douloureuse d’un petit garçon. Celle qui fait incroyablement penser à un désert…

Transparent

Un désert peuplé de personnages vagues, rarement présents, ou « vaguement présents », quand ils ne disparaissent pas totalement du paysage. Dans ce livre, paru en août 2014, Nicolas Hulot évoque sa mère, Marguerite, « trop occupée à travailler » pour s’occuper de lui ; son grand-père paternel, qui aurait inspiré à Jacques Tati son « Monsieur Hulot », mais dont le sourire s’éteint alors que l’enfant n’a que 2 ans. Impossible, dès lors, de consolider les liens si précieux qui peuvent exister entre enfant et grands-parents…

Hélas pour lui, l’école, où d’autres parviennent à nouer des relations compensant celles qui parfois font cruellement défaut à la maison, est aussi une sorte de néant. « J’avais l’impression de perdre mon temps, je trouvais ça interminable, je m’ennuyais, je n’étais pas un mauvais élève, encore moins un bon. J’étais transparent », explique Nicolas Hulot.

Voilà, le mot est dit ! C’est bien de cette aura de transparence, qui isole de tout et de tous la vie du petit garçon, qu’il s’agit. Rien n’existe vraiment, rien n’est intéressant. Passionnant, encore moins ! Et puis, certains moments sont franchement désagréables, comme lorsque Marguerite dépose en retard – régulièrement, qui plus est – le petit Nicolas Hulot à l’école, ce qui lui vaut de se « faire engueuler par le préfet » de l’établissement.

« Aliénation, privation de liberté », c’est en ces termes qu’aujourd’hui, à 59 ans, le journaliste et écrivain repense à ces années d’apprentissage, ajoutant « je ne voyais pas l’intérêt de ce que j’apprenais ».

Nicolas Hulot manifestationDans cette existence sans saveur, quelque chose va se passer. Mais hélas, dans le registre du pire… Il a 15 ans quand son père, séparé de sa mère, est hospitalisé. « Je ne l’ai pas assez connu, regrettait Nicolas dans les colonnes de Psychologies. Il est mort dans des conditions très difficiles. […] Il était malade, à l’hôpital, dans un abandon presque total… »

Des années plus tard, il n’a pas oublié ce paternel si peu présent, un temps chercheur d’or, passionné de voyages : « Il avait créé une jardinerie, son dernier métier, confie-t-il dans Un prof a changé ma vie. à Saint-Lunaire [où Nicolas Hulot vit en Bretagne, ndlr], je peux aller trois fois par jours dans mon jardin pour sentir la même rose. »… Une façon de rendre hommage à ce père quelque peu excentrique.

Désert

Mais le comble de l’horreur, le désert des mots cette fois, c’est à 19 ans que le jeune homme va le vivre. En 1974, le soir du réveillon de Noël, Nicolas Hulot descend à la cave, « parce qu’il manquait une chaise », dit-il. C’est là qu’il tombe sur le corps de son frère Gonzague, enroulé dans un tapis… Ce frère qu’on imaginait à Tahiti, comme il l’avait lui-même dit au moment où il avait annoncé son départ pour le tour du monde.

Nicolas Hulot livreHabitué à se taire, à masquer ses émotions, et aussi pour épargner sa mère et sa sœur Béatrice, Nicolas décide ce soir-là de passer sous silence sa terrible découverte… Ce n’est que le lendemain, après « cette immonde nuit de Noël » – comme il la qualifiera dans Les chemins de traverse, paru chez JC Lattès en 2012 – qu’il parlera…

Son pauvre frère avait laissé un mot en guise d’explication : « La vie ne vaut pas la peine d’être vécue. » Sans doute pour ne pas mourir à son tour, comme il l’expliquera, Nicolas « retourne » la phrase et en fait le credo de son existence : « La vie vaut la peine d’être vécue. »

La suite, on la connaît, en partie : de merveilleux voyages, des engagements, de la passion… une vraie vie, en somme ! Tel un magicien, Nicolas Hulot a su transformer le malheur en désir, le désert en terre fertile. Un beau parcours, qui dit qu’il n’y a pas de fatalité, et que rien n’est perdu d’avance.

Laurence Paris

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