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Nicoletta : “J’ai fait mon premier lifting !”

Publié le 28 mars 2013

La chanteuse a retrouvé ses 30 ans en s’entourant de jeunes musiciens pour enregistrer son 23e album.

Toujours aussi énergique à 68 ans, la chanteuse a fait un superbe cadeau à ses fans : son vingt-troisième album, Ici et ailleurs, sorti le 18 mars. Fruit d’une année de travail acharné, ce disque confirme que Nicoletta est une véritable aventurière musicale, qui, loin de verser dans la nostalgie, reste à l’écoute des airs du temps. Cette battante nous a reçus à son domicile parisien, dans un salon lumineux, où trône un piano blanc.


France Dimanche (F.D.) :
Après quarante-trois ans de carrière, vous dites que cet album vous a redonné confiance en vous. Pourquoi ?

Nicoletta : Les artistes de ma génération n’osent pas les remises en question de leur style musical. Ils ont tendance à accepter les propositions des maisons de disques, plutôt que travailler leur créativité. Moi, je n’ai pas envie de reprendre mes tubes en duo avec des gamins. Étonner et charmer le public, c’est mon métier. J’aimerais démontrer qu’il n’y a pas de génération privilégiée. Ensemble, les jeunes et les vieux, on peut faire de belles choses, ce disque en est la preuve. J’ai repris confiance en moi grâce à tous ces jeunes qui sont venus vers moi.


F.D. :
À la fin de la chanson Ray, vous remerciez Kimfu, le réalisateur de votre disque : « Grâce à toi et à ta magie, j’ai 30 ans ! » Auriez-vous rajeuni ?

Nicoletta : Oui, grâce au magicien Kimfu, et à toute l’équipe, j’ai fait mon premier lifting… musical ! Je préfère avoir peur de rater un nouveau disque, plutôt que de passer entre les mains d’un chirurgien. Cet album, c’est la rencontre entre deux générations, et une belle réussite. À part mes choristes, le saxophoniste et les auteurs qui avaient la soixantaine, tous les autres ont trente ans. Ce qui m’a surpris, c’est qu’ils connaissent parfaitement Miles Davis, Ray Charles… Kimfu vient du hip-hop et sait ce qu’est une harmonie, c’est un musicien, réalisateur, arrangeur. Et puis, j’adore rigoler, on doit admettre la légèreté de l’être. Il faut accepter d’être un peu fou, quand on est un artiste.

F.D. : Vous ne ferez jamais de chirurgie esthétique ?

Nicoletta : J’ai trop peur de l’anesthésie. Je fais très attention à mon alimentation. Je mange une pomme rouge tous les après-midi, et j’achète aussi ces jus de fruits mousseux. J’ai arrêté de fumer il y a quelques années, et je ne bois pas. Je peux monter les escaliers sans m’essouffler.

F.D. : Ray, votre hommage à Ray Charles, est superbe !

Nicoletta : En studio, j’ai éclaté de rire quand Kimfu m’a dit : « Sors le nègre qui est en toi ! » Il sait que j’aime la soul. Quel humour, non ? Il est vrai que mon ami Ray Charles a écrit dans son autobiographie [Le blues dans la peau, chez Belfond, ndlr] que j’étais la seule blanche avec une voix de noire. À l’époque où Ray m’a demandé de reprendre Il est mort le soleil en anglais, il m’avait dit : « Tu es comme Édith Piaf. Vous êtes toutes petites, les Françaises, mais quand vous chantez, quelles voix ! C’est ça le blues français. »


F.D. :
Tu seras un fils… est une magnifique chanson pour votre fils ?

Nicoletta : C’est aussi pour toutes les mamans que je la chante. Boris Bergman (auteur d’Alain Bashung) m’en a écrit les paroles. Mon fils, Alexandre, a étudié jusqu’à ses 25 ans, et quand il est parti, j’étais contente, mais ça m’a fait quelque chose quand même. Il a laissé un grand vide à la maison. N’oublie pas que tu as une mère, Alexandre !

F.D. : La voix des anges est votre second duo avec JoeyStarr ?

Nicoletta : Je trouve cette chanson magnifique. Didier [JoeyStarr, ndlr] a souffert dans sa jeunesse, comme moi. Je l’appelle mon Rimbaud et mon Rambo. Je lui ai demandé de m’écrire une chanson sur la souffrance des enfants dans le monde. Il a aimé mon idée et trouvé : « Enfant d’ici, enfant du monde, enfant d’ailleurs. » D’où le titre de l’album. Les sujets dont je parle sont universels. Quand j’ai chanté la nouvelle version de Mamy Blue avec Didier sur le plateau de Canal +, mon compagnon, Jean-Christophe, a eu l’idée de demander à Kimfu (à l’origine de cette reprise) de réaliser ce disque. En rigolant, je dis souvent à propos de Jean-Christophe : « C’est mon René [époux et imprésario de Céline Dion, ndlr] à moi » ! J’ai la chance de l’avoir pour gérer mes affaires, et j’ai une immense confiance en lui. Dans ce milieu, un couple uni, c’est fondamental.

F.D. : Vous avez écrit les paroles du titre Tu es libre man ?

Nicoletta : Oui, et j’ai aussitôt pensé la chanter en duo avec Florent Pagny. Il a un vrai sens de la liberté, que je partage. Je connais bien cet oiseau chanteur, il habitait en Haute-Savoie, comme moi. Je l’ai vu arriver à Paris, et on a fait des bœufs ensemble. À l’époque, aux Halles, en interprétant My Way, il faisait trembler les murs. Il y a dix ans, nous avions déjà chanté Happy Day ensemble.


F.D. :
La musique est votre moteur. Où puisez-vous votre inspiration ?

Nicoletta : Il y a deux ans, je me suis acheté une radio et j’ai écouté toutes les stations. C’est important de se nourrir des nouvelles tendances musicales. Seulement, en écoutant Nostalgie, on n’avance pas, par contre avec Le Mouv’, France Inter ou Radio Nova, j’ai entendu les tendances anglo-saxonnes et françaises et j’ai repéré ce qui plaisait. J’ai beaucoup travaillé, changé ma manière de chanter, et je dois encore me préparer pour ma tournée qui commence le 11 avril dans toute la France, avec deux dates au Bataclan les 22 et 23 novembre. Jusqu’à la rentrée, je vais devoir encore beaucoup répéter. J’ai horreur que l’on m’appelle Mamy Blue, mais avec cet album, j’ai voulu être une grande sœur, et j’ai laissé quelques messages aux femmes. J’ai foi en l’être humain. Je dois ma voix à ma foi. J’ai la main de Dieu sur moi. Petite fille, quand j’allais au catéchisme, Dieu a remplacé le père que je n’ai pas eu, je l’aime et je le crains.

Interview : Anita Buttez

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