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Nilda Fernandez : Salut, L’artiste !

Publié le 27 mai 2019

Le chanteur franco-espagnol de 61 ans Nilda Fernandez, victime d’une insuffisance cardiaque, a tiré sa révérence.

Sa voix aiguë et fragile ne résonnera plus. Nilda Fernández, auteur d’une dizaine d’albums studio et de trois livres, qui entonnait volontiers sur scène ses deux succès phares (Madrid, Madrid et Nos fiançailles), s’en est allé sur la pointe des pieds, dans sa maison de Bize-Minervois (Aude), avec sa discrétion proverbiale. Sa famille –  son épouse russe Olga et leur petite fille – et ses proches ont annoncé le décès du baladin en début de semaine, lui rendant hommage à ses talents de créateur : « Il incarnait jusqu’au plus profond de son être la figure de l’artiste. »

Ses confrères du monde du spectacle et de la télé expriment aussi leur douleur. Emmanuelle Béart le salue d’un « Tu vas tellement nous manquer ! », quand Patrick Bruel accuse le coup : « Nilda s’en va. Salut l’artiste ! » Nikos s’épanche en décrivant l’auteur-compositeur-interprète comme un homme « pur et loyal, qui était loin des cyniques et des petits de l’âme ». L’animateur ajoute sur les réseaux sociaux : « J’aimais tant sa délicate nostalgie. » Poète, chanteur polyglotte, voyageur émérite, un brin bohème et foncièrement cosmopolite, Nilda le discret recueille aussi les mots affectueux de ses pairs, tel Patrick Sébastien qui s’exprime avec pudeur : « Nous avons tous perdu un artiste ; moi j’ai perdu un ami… » Et pourtant, l’homme avait depuis longtemps fui les sunlights du showbiz pour se tourner vers l’essence de l’art.


Né le 25 octobre 1957 à Barcelone, Nilda (anagramme partielle de Daniel, son vrai prénom) grandit à Lyon et se lance dans la chanson avec cette voix unique aux tonalités féminines remarquables. Les succès s’enchaînent, ici et au-delà des Pyrénées. Sacré Révélation masculine aux Victoires de la musique en 1992, il part ensuite en tournée en roulotte, entre Barcelone et Paris. On le surnomme « l’homme aux semelles de vent » tant il adore tailler la route au gré de ses envies, de ses rencontres. Nomade, il part pour une escapade en Russie et en revient cinq ans plus tard pour une série de concerts dans les bistrots parisiens.

Allergique au vedettariat, toujours un peu hors des clous avec ce look de jeune vagabond cheveux au vent, il devient aussi très critique de l’industrie musicale et se met à produire lui-même ses disques, commercialisés sur son site Internet. Farouchement indépendant, l’homme prend tous les risques : « Être artiste est une profession de foi basée sur une envie profonde de faire ce que l’on aime et non par désir d’avoir du succès. J’aime ma carrière car elle n’a jamais dépendu du regard des autres », déclarait-il à l’aube de la soixantaine. Ce voyageur dans l’âme, au timbre androgyne et au sourire si doux, possédait la noblesse d’esprit de l’artiste. Et sa voix restera gravée dans nos cœurs.

Alicia COMET

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