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Noëlle Adam : “Montand était jaloux de Reggiani !”

Publié le 10 août 2019

Noëlle Adam, la veuve du grand Serge Reggiani, le cœur serré, a bien voulu évoquer la mémoire du chanteur, qui succomba voici déjà quinze ans, le 22 juillet 2004.

C’est dans une résidence pour seniors, à deux pas de la porte de Saint-Cloud, en banlieue parisienne, que Noëlle Adam nous reçoit pour une interview exclusive. La veuve du grand Serge Reggiani a accepté de nous raconter ses souvenirs liés a son célèbre mari, disparu il y a quinze ans suite à une crise cardiaque.

France Dimanche : Merci à vous de nous recevoir à quelques jours de l’anniversaire de la disparition de votre époux. Ce mois de juillet doit être éprouvant en raison des souvenirs qui remontent à la surface…
Noëlle Adam : Vous savez, on n’efface pas plus de trente ans de vie commune d’un claquement de doigts. Les souvenirs sont bien évidemment ancrés en moi, même si j’évite de trop me les remémorer. Quant à votre hebdomadaire, je n’oublie pas qu’en janvier 2015 il fut à l’origine d’un grand mouvement de solidarité à mon égard lorsque je fus menacée d’expulsion de mon appartement. Les choses se sont arrangées depuis.

FD : Comme bon nombre d’artistes, votre mari n’était pas un bon gestionnaire ?
NA : De son vivant, nous menions une très belle existence, mais il est vrai que Serge n’était pas ce que l’on pouvait appeler un bon gestionnaire… Il achetait vite et revendait mal ! Quant à ma pension de réversion, elle est presque inexistante car nous n’avons été mariés que seize mois avant sa disparition.

FD : Pourtant, vous avez été la compagne de Serge pendant plus de trente ans…
NA : C’est vrai. Mais lors de notre rencontre, j’étais mariée à l’un des fils de Charlie Chaplin, Sydney, avec lequel j’ai eu un fils, aujourd’hui âgé de 60 ans. Figurez-vous que c’est Sydney, mon propre mari, qui un jour m’a présenté Serge ! Entre lui et moi, ce fut le coup de foudre ! J’ai quitté mon mari, demandé le divorce et vécu avec Serge plus de trente ans, pour finalement m’unir officiellement à lui le 21 mars 2003, à peine plus d’un an avant son décès.


FD : Dans la vie privée, quel homme était-il ?
NA : Serge était un être d’une extrême bonté. Il était tendre, généreux, mais également très angoissé. Quant au trac, il ne le quittait jamais ! C’est vrai aussi que, depuis la mort de son fils Stephan qui s’est suicidé avec l’arme de Serge, celui-ci n’était plus tout à fait le même…

FD : Vous avez également à votre actif une carrière artistique extrêmement riche !
NA : J’ai d’abord été ballerine avant de débuter au cinéma aux côtés de Louis de Funès dans Comme un cheveu sur la soupe, en 1957. Savez-vous que Roger Vadim considérait à l’époque mes jambes comme les plus belles de Paris ? À tel point qu’il m’a choisie comme l’une des interprètes de son ballet, Le rendez-vous manqué. Accompagné de Jean Cocteau, de Jean Marais, ainsi que de Paul-Louis Weiller, aviateur et héros de la Grande Guerre, Serge assista à la première et c’est là qu’il tomba amoureux de moi… J’ai ensuite tourné pour le cinéma, notamment dans Le pacha, avec Jean Gabin, L’imprécateur, avec Michel Piccoli, ou encore L’homme orchestre, avec de Funès. D’ailleurs, Jeanne, l’épouse de Louis, était jalouse de moi ! Je n’ai jamais compris pourquoi.

FD : Quinze ans après la disparition de Serge Reggiani, vous me disiez tout à l’heure être déçue du silence des médias…
NA : Oui, et je le proclame haut et fort. Silence total aussi bien à la télévision qu’à la radio. C’est profondément injuste. Serge fait parti du patrimoine culturel français. Sa vie, il l’a consacrée à la chanson et au cinéma, avec amour et talent. Et ce malgré le comportement de certains dans le métier, qui n’ont pas toujours été honnêtes avec lui.

FD : Que voulez vous dire ? Vous prétendez que Serge fut sali par quelques-uns ?
NA : Absolument ! Yves Montand, par exemple, était très jaloux de lui. De son succès, de sa notoriété, de son talent ! Ils avaient notamment tourné ensemble le magnifique film de Claude Sautet, Vincent, François, Paul et les autres. Montand, hors plateau, lui adressait à peine la parole ! Son comportement était étonnant car dénué de bon sens… Ce n’était pas le cas de Simone Signoret avec laquelle Serge avait tourné Casque d’or, vingt-deux ans auparavant. Serge et elle s’entendaient très bien.

FD : Néanmoins, et pour le plus grand plaisir des nombreux admirateurs de Serge Reggiani, une très belle collection vient de sortir en son hommage…
NA : En effet, Universal, sa maison de disque, a créé un magnifique coffret, Une vie d’artiste, qui regroupe l’intégralité de ses chansons, mais aussi des poésies et deux de ses films, Casque d’or et Vincent, François, Paul et les autres. Cela me fait chaud au cœur, car j’ai le sentiment que Serge a été complètement oublié depuis sa mort.

FD : Vous avez, dans votre entourage quotidien, une personne sur laquelle vous pouvez compter et qui perpétue la mémoire et l’œuvre de votre mari. Je veux parler de Liliane Bouc…
NA : Je vois que vous êtes bien renseigné ! Liliane a été durant plus de vingt ans l’assistante de Serge, qui l’appelait affectueusement Lilou. En tant que chauffeur, souffleur, souffre-douleur aussi, elle a été dans les coulisses de tous ses spectacles, de toutes ses angoisses et de tous ses caprices ! Au fil du temps et des années, elle est devenue une véritable amie. D’ailleurs, je veux profiter de notre rencontre pour signaler la sortie de son très bon album Liliane Bouc chante Serge Reggiani, avec onze chansons toutes plus belles les unes que les autres.

FD : Avant de nous quitter, avez-vous un message à nous communiquer ?
NA : S’il vous plaît, faites que l’on pense à Serge et qu’on ne l’oublie pas. Et je salue votre journal, que j’apprécie beaucoup, et bien sûr vos lecteurs !

Bernard MONCEL

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