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Nordine Oubaali : Il craint plus sa mère que ses adversaires !

Publié le 17 mars 2019

Le champion du monde des poids coqs Nordine Oubaali a fait cet étonnant aveu, dès son retour à Drocourt,

Même s’il ne mesure que 1,63 m pour 51 kg, Nordine Oubaali est devenu un géant en décrochant le titre mondial des poids coqs à Las Vegas, le 19 janvier dernier, face à l’Américain Rau’shee Warren. Et le boxeur a pu mesurer sa popularité toute neuve en revenant aux sources, là où tout a commencé. Deux semaines après son exploit, le 3 février, tout Drocourt, ancienne cité minière du Pas-de-Calais, était en effet réuni pour honorer l’enfant du pays dans une salle des fêtes comble.

Fendant la foule venue acclamer son héros, ce puncheur, aussi réservé dans la vie qu’explosif sur le ring, a rejoint sur scène sa mère, ses nombreux frères et sœurs, ainsi que le maire de la commune, Bernard Czerwinski, qui l’a fait citoyen d’honneur de la ville, avant de déclarer : « Je connais Nordine depuis trente ans ! Je l’ai accueilli dans ma classe de maternelle à l’âge de deux ans ! » L’édile fréquente en effet la famille Oubaali de longue date : il a eu dans sa classe chacun des membres de cette fratrie de dix-huit enfants.

Très ému, le combattant au grand cœur a pris à son tour la parole : « Je suis fier d’être français, fier de mes origines marocaines, a-t-il déclaré. Papa est venu en France pour nous donner le meilleur. Il s’est battu pour que nous ne manquions de rien, a sacrifié sa santé pour notre bien-être. Je l’en remercie. Et je peux vous dire que le sport, c’est l’école de la vie. »

Un père, Azzouz, auquel Nordine a rendu par ailleurs un hommage appuyé dans les colonnes de notre confrère L’Équipe Magazine : « Tout ce qu’il m’a transmis m’a aidé, a expliqué son fils reconnaissant. Il est venu pour nous offrir un avenir meilleur. Chaque nuit, il travaillait à la mine. Et la journée, il était mécanicien dans un garage Renault. Les étés, en plus, il enchaînait un troisième boulot de chauffeur de car […] Mon père est décédé en 2000. J’avais treize ans. Sa mort reste un mystère. On est partis au Maroc et il a contracté une maladie. »

Le plus jeune de ses fils, Messaoud, avait à peine deux ans, et Milouda, son épouse bien-aimée, s’est retrouvée veuve et seule à éduquer leurs dix-huit enfants, avec un courage loué par tous. À commencer par le treizième de cette imposante fratrie : « Elle n’a pas eu une vie facile […] Mon père voulait s’arrêter à six, mais elle aimait trop les enfants, s’est souvenu Nordine, toujours dans L’Équipe Magazine. Elle en a même accueilli d’autres, chassés de chez eux. »

Des efforts couronnés de succès, grâce à la volonté de cette femme d’exception, mais aussi au sport : « Aucun des frères et sœurs de Nordine n’est resté au bord du chemin », nous a confié M. le maire. Cette famille a le virus de la boxe. Dix d’entre eux sont des champions, et leur sœur Zarah excelle en boxe thaï.

Champion d’Europe dans cette discipline pieds-poings, Moussa, l’aîné, devenu depuis ingénieur informatique, est aussi un modèle de réussite pour cette fratrie très soudée.


Car chez les Oubaali, on a le sens de la famille. Un clan sur lequel Milouda a veillé avec une grande fermeté. « Nous avions plus peur de notre maman que de notre père ! », nous a dit Nordine. Ce dernier a pour entraîneur l’un de ses frères aînés, Ali, surnommé « The Hurricane [L’Ouragan, ndlr] », parce qu’il gagnait presque toujours ses combats par K.-O.

Champion de France des Super-plumes en 2002, le coach se rappelle encore des débuts de son frangin et protégé : « Il n’a pas suivi notre parcours et a fait de la boxe anglaise avec Mohamed Nichane, du boxing-club héninois. Il portait un t-shirt plus grand que lui mais avait déjà la classe. »

À son talent naturel s’ajoute un mental solide. Car, encore amateur, le futur champion du monde s’est vu « voler » à deux reprises le titre olympique par des juges partiaux, en 2008, à Pékin, et surtout en 2012, à Londres, en quarts de finale de l’épreuve face à l’Irlandais Conlan. Après un tel scandale, d’autres, écœurés, auraient raccroché les gants. Mais pas lui.

En guise de conclusion, le nouveau roi du monde a voulu transmettre un message d’espoir aux jeunes des clubs de judo et de football de Drocourt : « Il ne faut jamais lâcher ses rêves, a lancé Nordine. Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. Je suis simple et je le resterai. » Des propos dignes d’un champion. D’un vrai…

Dominique PRÉHU

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