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Olivier de Kersauson : Le calvaire de son enfance !

Publié le 13 décembre 2019

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© BESTIMAGE Olivier de Kersauson

Issu d’une famille noble, Olivier de Kersauson a reçu une éducation à la dure qui l’a profondément marqué.

Ah qu’elles furent difficiles les jeunes années du vicomte Olivier de Kersauson de Pennendreff ! On peut même dire qu’Olivier de Kersauson, comme il se fait appeler pour faire plus simple, a vécu, petit garçon, un véritable calvaire. « Je suis issu d’une famille où finalement personne ne se connaît », résume le navigateur écrivain dans son dernier livre De l’urgent, du presque rien et du rien du tout qui vient de sortir aux éditions Cherche Midi et dans lequel il se raconte sans pudeur.

Une drôle de façon de planter le décor ! Ses sept frères et sœurs, l’Amiral, comme on le surnomme, ne les connaît que très peu. Envoyé dès son plus jeune âge en internat chez les Jésuites dans la Sarthe, il ne les « croise » que pendant les grandes vacances dans l’austère demeure familiale située en Bretagne. à 5 ans, lorsqu’il débarque dans cette pension qui ressemble à une prison, il comprend vite qu’il va lui falloir ne compter que sur lui-même. « C’était la Guerre des boutons », avoue-t-il. Le dortoir est un long tunnel de quarante mètres avec un poêle. « Nous sommes une centaine à dormir là. Le matin, en hiver, il y a du givre sur les fenêtres, un tuyau d’eau avec des trous pour une toilette. Six heures trente, debout ! Un surveillant tape dans ses mains et crie : “Benedicamus Domino” (« Louons le Seigneur »). Et nous devions répondre : “Deo gratias” (« Grâce à Dieu ».). La journée invariablement débutait ainsi », se remémore avec émotion l’aventurier de 75 ans.


Les professeurs qui règnent en maître dans ce pensionnat catholique se comportent comme de vrais tortionnaires. « Ils nous foutaient des baffes énormes », se souvient-il. « Je me suis fait gifler dix fois par des profs, alors qu’aujourd’hui je leur en collerais une facile ! », ironise-t-il aujourd’hui avec cet humour cynique qu’on lui connaît. Ces enseignants sans pitié imaginent toutes sortes de punitions humiliantes : « Ils nous faisaient installer, pendant des heures, à genoux sur des règles en fer avec un bouquin que l’on devait porter à bout de bras. » De la torture à l’état pur ! Le jeune Olivier tente bien de se rebeller mais ses écarts de conduite sont vite matés. à 10 ans, lorsqu’il est mis à la porte de la classe, il doit carrément passer chez le préfet de la Sarthe pour prendre des coups de martinet ! De quoi faire de cet élève indiscipliné une bombe à retardement… « Jeune, j’étais de l’explosif, concède-il. J’étais rétif à mille choses. Mais comme je n’étais pas trop bête, je ne tombais pas dans les grosses bêtises dangereuses – ou quand je les ai faites, je me suis fait attraper. »

Les heures de colle, il a donc connu. À l’internat, les retenues sont une nouvelle occasion pour des professeurs sadiques d’exercer leur emprise. Ils dictent à toute vitesse du latin que les élèves qui ont eu le malheur de sortir du rang doivent prendre en note. Gare à celui qui va commettre une erreur ! Car, à force de fautes, il peut être retenu une semaine pendant les grandes vacances. La sanction suprême pour ces gosses qui ne rêvent que de rejoindre le cocon familial.

Sauf que, pour Olivier, le retour en Bretagne chez ses parents n’augure jamais rien de bon. « Chez moi, c’était sévère et corseté. Nous étions là pour être dressés. Pas autre chose. La cravache, le fouet, j’ai connu. Et comment ! », écrit-il. Henri, son père, un aristocrate qui se croit encore au xixe siècle possède une cravache en peau d’hippopotame qui laisse au garçonnet des marques sur les cuisses durant une semaine.

Des châtiments qu’il encaisse sans broncher pour « avoir la paix ». Envoyé en camp scout, son sort n’est guère plus réjouissant : « Nous apprenions très jeunes à nous débrouiller, à faire du feu avec des morceaux de bois. Si nous n’arrivions pas à faire cuire des pommes de terre volées dans les champs, on ne mangeait pas. » Les louveteaux doivent tenir le coup pendant des marches de 40 kilomètres avec tout leur barda sur leur dos. La nuit tombée, ils se glissent, épuisés, dans de vieux sacs de couchage issus d’un stock de l’armée américaine, perdus au milieu de nulle part et sans visibilité. Le lendemain, ils doivent repartir « en culottes courtes battre la campagne » pour un parcours du combattant au milieu des ronces. « Nous revenions griffés de partout. La moitié d’entre nous ressemblaient à des chats de gouttière », se rappelle le navigateur.

à 15 ans, Olivier devient scout marin. Certes, il y apprend les bases de la navigation mais à quel prix ! Ceux qui y ratent une manœuvre, récolte un châtiment terrible : « Le chef de quart nous prescrivait cinq coups de fouet dans le dos. Ça faisait partie des règles, comme dans la vieille marine. Le soir, alors, nous allions prendre nos coups de fouet, je me souviens d’un équipage entier, de dos, se faire fouetter. » Une vision qui fait froid dans le dos…

En grandissant, bien qu’il ait enduré de longues années ses coups de cravache, il parviendra à se rapprocher un tout petit de ce papa si autoritaire en le faisant rire, lui trouvant même des circonstances atténuantes pour avoir vécu l’horreur de la guerre. Mais avec Jeanne, sa maman, les relations demeureront toujours tendues. « Ma mère, je l’agaçais. Avec mon père, j’avais compris qu’en étant drôle, ce serait payant. Ma mère ne riait pas – le rire était sans doute, selon elle, une transgression d’un comportement social… » Malgré tout, même s’il parvient à faire sourire ce père, il ne parviendra jamais à briser la glace. « Je n’avais pas de discussions avec mon père, c’était impensable. Vers 12 ou 13 ans, j’ai essayé mais je suis tombé sur un mur complet. Il n’y avait pas de discussions ni de négociations, c’était ainsi et c’était tout. »

Rien d’étonnant à ce qu’ensuite, le jeune vicomte à l’enfance martyre ait eu envie de larguer les amarres pour dompter les océans et devenir le marin préféré des Français…

Valérie EDMOND

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