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Orlando : “La vérité sur le suicide de Dalida”

Publié le 27 août 2019

En 1987, à 54 ans, Dalida mettait fin à ses jours. D'après Orlando, elle avait tout réussi, sauf sa vie amoureuse.

C’était le 3 mai 1987. Au sommet de sa gloire, Dalida se donnait la mort en ingérant des somnifères avec un verre de whisky. Un destin tragique, qui a ému ses milliers de fans. Trente-deux ans après, France 3 diffuse, ce vendredi 12 juillet, un documentaire poignant consacré à l’inoubliable chanteuse, Dalida, la femme qui rêvait d’une autre scène, réalisé par Gérard Miller et Anaïs Feuillette. À cette occasion, son frère Orlando a accepté de se confier à France Dimanche revenant, avec beaucoup d’émotion, sur les causes de son suicide. 

France Dimanche : Est-ce l’accumulation de déceptions amoureuses qui a conduit Dalida à commettre ce geste fatal ? 
Orlando : Depuis trente-deux ans, on le sait, on l’a dit, ça a été écrit – ça a même rempli des milliers de pages – : Dalida avait tout réussi sauf sa vie privée ! Elle le disait elle-même : « J’ai réussi dans la vie mais pas ma vie. » Pourquoi ? Parce qu’elle a invariablement choisi des hommes qui, au bout d’un moment, n’acceptaient plus d’être « Monsieur Dalida ». Elle a toujours fait passer sa carrière avant tout. C’est son public qui avait la première place, ses compagnons venaient après ! Avec chacun d’eux, elle a été heureuse, très heureuse même, mais pendant un certain temps seulement. Par la suite, il y avait toujours quelque chose qui clochait…

FD : Lui donniez-vous des conseils sur sa vie sentimentale ?
O : Pas du tout ! Je gérais sa carrière et elle me faisait entièrement confiance là-dessus, mais en aucun cas je ne m’occupais de ses affaires de cœur. Elle savait très bien qu’elle pouvait compter sur l’amour de sa famille. Si elle avait besoin de quelque chose, on était toujours là, sa cousine et moi. On devinait, bien sûr, quand ça allait et quand ça n’allait pas, car nous étions très proches, mais chacun respectait la vie privée de l’autre. Elle n’a jamais jugé mes choix, j’ai fait la même chose…

FD : Pensez-vous que le fait de ne pas avoir eu d’enfant ait pu jouer un rôle dans cette envie d’en finir ?
O : À un moment, elle a songé à adopter, mais ça n’a pas duré longtemps parce que, en y réfléchissant, elle a estimé que cela ne serait pas compatible avec sa vie d’artiste. Elle se disait : « Je suis toute l’année sur les routes et il n’est pas question que j’emmène cet enfant en tournée. » Elle craignait également de ne pas pouvoir lui donner tout l’amour et toute l’attention dont il avait besoin. Elle avait peur de ne pas être à la hauteur. Donc, elle a préféré renoncer.

FD : Les jours qui ont précédé sa disparition, aviez-vous senti qu’elle était différente ?
O : On pense souvent que Dalida était une femme triste. C’est complètement faux ! Elle croquait la vie à pleines dents et elle a connu de grands moments de bonheur. Sauf que le destin lui a aussi envoyé de sacrées épreuves… Les trois hommes de sa vie se sont quand même suicidés ! Quand, en 1967, le chanteur italien Luigi Tenco, son grand amour, s’est tué, elle a tenté de le rejoindre un mois après. Elle a été sauvée par miracle. Ensuite, elle n’a plus été la même. Elle avait compris plein de choses et avait même entamé une psychanalyse. Elle s’est mise à lire, elle a voulu enrichir son esprit, ce qui ne l’a pas empêchée d’accomplir vingt ans d’une carrière extraordinaire, mais avec un autre ressenti… Son seul regret restera d’avoir quitté son mari Lucien Morisse qui, des années plus tard, s’est d’ailleurs suicidé car ça n’allait pas avec sa nouvelle femme… C’était le seul avec qui elle aurait pu faire un enfant.


FD : Et Richard Chanfray ? Elle fut pourtant épanouie avec lui ?
O : En effet, elle a ensuite partagé la vie de Richard Chanfray, qui se faisait appeler « comte de Saint-Germain », pendant neuf ans. Au début, elle était très heureuse avec lui, mais il était complètement fou, totalement imprévisible. Elle a été obligée de le quitter à un âge où les femmes sont encore aujourd’hui très belles et se sentent très jeunes. Elle n’avait pas 50 ans à l’époque, or elle pensait que sa vie sentimentale était terminée. Elle avait tort, bien sûr : elle avait un corps de jeune fille et elle était en pleine forme, à l’apogée de sa beauté. Au cours des deux ans qui ont précédé sa mort, elle a commencé à détester son existence de femme seule, sans enfant, d’autant que, quelques années auparavant une opération l’avait rendue stérile… Elle faisait toujours bien son travail, sauf qu’elle avait perdu la joie de vivre. Bien sûr qu’on s’en était aperçu – il aurait fallu être aveugle –, mais Dalida ne voulait pas que l’on interfère dans ses affaires. C’est cette accumulation d’épreuves qui l’ont conduite à mettre fin à ses jours…

FD : Elle avait pourtant un homme dans sa vie à ce moment-là, un médecin…
O : Oui, il a été le dernier homme de sa vie. Le docteur François Naudy était divorcé depuis cinq ans, et non pas marié comme cela a été dit. Et il n’avait que cinq ans de moins qu’elle, et non pas 40 ans comme j’ai pu le lire. Dalida en avait 53 quand ils se sont rencontrés, ils étaient donc de la même génération. C’était un homme qui sortait d’une séparation difficile, il avait peur de s’engager. Dalida n’avait pas particulièrement envie de se marier non plus, elle avait simplement besoin d’une épaule pour se reposer. Il n’a pas été présent au moment où il fallait qu’il le soit, voilà tout. C’était quelqu’un de bien, aucun problème là-dessus. Mais cette relation qui se délitait a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Malgré tout, ce n’est pas à cause de lui que ma sœur a préféré en finir.

FD : Vous pensez qu’elle avait prémédité son geste ?
O : Oui. Elle a toujours dit : « Personne ne me volera ma mort. » Encore très belle, elle voulait partir avant que le temps ne fasse son œuvre. Tous les défis qu’elle s’est lancés, même celui de s’en aller en pleine gloire, elle les a gagnés. Aujourd’hui, trente-deux ans après, elle est toujours dans les cœurs, aussi populaire que si elle était encore parmi nous.

Valérie EDMOND

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