France Dimanche > Actualités > Orlando : On l’appelait Dalido !

Actualités

Orlando : On l’appelait Dalido !

Publié le 7 septembre 2014

Par amour pour sa sœur, il a abandonné une carrière � prometteuse de chanteur. Mais aujourd’hui, il revient avec un album reprenant ses succès des années 60.

Orlando lunettes rouges« Quand vient la fin de l’été, sur la plage, il faut déjà se quitter… » Sans doute connaissez-vous cette jolie chanson, interprétée par C. Jérôme en 1988, reprise récemment par Laurent Voulzy. Mais, en 1962, le premier interprète en France, de Derniers baisers, c’est un certain Bruno Gigliotti, plus connu sous le nom d’Orlando, le frère de Dalida.

Oui ! Avant d’être le producteur très protecteur d’une sœur qu’il adorait, Orlando avait rêvé de devenir chanteur !

Orlando disque supraphonIl faut dire que quand Yolanda, pas encore rebaptisée Dalida, quitte l’Égypte pour faire carrière en France en 1954, son petit frère de 17 ans a le cœur brisé. Ils n’ont que trois ans d’écart, ont toujours été très proches, surtout depuis la mort de leur père, neuf ans plus tôt. Aussi, quand la belle brune parvient, très rapidement, en tête des hit-parades, Bruno, au Caire, décide de suivre le même chemin : lui aussi sera chanteur, lui aussi aura du succès, viendra en France, et le duo pourra se reformer, pour leur plus grand bonheur à tous les deux !

Et en effet, après des débuts prometteurs en Égypte, avec le succès Fattouma, Bruno vient s’installer dans la capitale française avec sa mère. Sans doute pour tenter d’impressionner Dalida, c’est sans son aide qu’il signe un contrat et enregistre un premier disque en 1961, avec Eddie Barclay.

“Grand frère”

Il n’est pas étonnant, d’ailleurs, que le jeune homme ait réussi son pari. Il est bien fait de sa personne, possède une voix chaude et juste qui ressemble beaucoup à celle de sa sœur. Comme Dalida, Orlando roule les « r » à la façon des Orientaux, et, comme elle, il interprète ses chansons avec une grande intensité. Certains l’accuseront de la copier, allant jusqu’à le surnommer «Dalido».

Mais ces piques ne l’empêcheront pas de connaître un vrai succès, en France, ainsi que dans les pays de l’Est. Une chose est à remarquer quand même, qu’on pourrait, après coup, qualifier de prémonition : Bruno décide de prendre comme nom de scène le prénom de son frère aîné, Orlando. Ainsi, de petit frère, pour l’état civil, il devient, d’une certaine façon, le grand frère, une place que, comme on le sait, il occupera bientôt auprès de sa « Dali ».

Orlando RV annuelDestin

Car tel est son véritable destin : protéger cette femme qu’il aime passionnément et qu’il sait fragile. Il l’a vue, à 12 ans, souffrir de la disparition de leur père. Et si lui aussi a vécu ce drame, il ne l’a pas ressenti de la même façon : « Ce n’est pas parce qu’on naît dans la même famille, avec la même éducation, le même amour, qu’on reçoit les choses de la même manière. Mon frère aîné et moi, on était heureux. Dalida, elle, ne l’était pas », confiait-il à Gala en 2007.

Aussi, pour lui éviter la moindre contrariété, Orlando commence par refuser d’entrer en concurrence avec elle : il ne veut pas chanter dans les mêmes spectacles qu’elle, ni enregistrer les mêmes titres, ce qui se fait pourtant à cette époque des yéyés. Ainsi, peu à peu, il abandonne son rêve de devenir une star.

La tentative de suicide de Dalida, en 1967, sera décisive : cette fois, il va sacrifier sa carrière, pourtant bien partie, pour devenir l’ange gardien de sa Yolanda. D’abord directeur artistique chez Barclay, il la manage, avant de devenir le premier producteur indépendant de France. C’est lui qui va lui dégoter des tubes qui collent à l’air du temps, qui surprennent et enchantent le public. Avec des titres aussi divers que Darla Dirladada, Gigi l’amoroso, Il venait d’avoir 18 ans, ou Laissez-moi danser, Dalida triomphe, épaulée par son frère.

Sa carrière sera exemplaire. Orlando a fait de sa sœur, qui était une vedette, une star, et même un mythe. D’ailleurs, Dalida en avait parfaitement conscience : « J’ai eu la chance de naître dans une famille avec un frère comme ça. Il est pour beaucoup dans la longévité de ma carrière, il ne suffit pas d’avoir du talent. Une artiste a besoin d’avoir à ses côtés quelqu’un qui l’aime vraiment », expliquait-elle en 1976. Après la mort tragique de sa sœur, le 3 mai 1987, Orlando continuera d’entretenir le mythe.

Orlando veste en cuirMais lui, dans tout ça ? Eh bien, après avoir refusé catégoriquement, pendant cinquante ans, que ses anciennes chansons soient rééditées, Orlando a enfin accepté de réfléchir à la question. C’est son ami Pascal Nègre, grand patron de la maison de disques Universal Music en France, qui a réussi à le faire changer d’avis.

Dès la rentrée, sortira donc son premier CD, composé d’une trentaine de ses succès des années 60 ! Trente titres soigneusement remasterisés… Finalement, Orlando aura réussi à aller au bout de tous ses rêves : être là pour Dalida et redevenir un artiste.

Si Yolanda voit tout ça, de là où elle est, elle doit se réjouir de cette jolie pirouette du destin.

Laurence Paris

À découvrir