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Pascale Roberts : Tchao l’artiste !

Publié le 13 novembre 2019

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© BESTIMAGE Pascale Roberts

Pascale Roberts, qui a joué pour les plus grands réalisateurs et fait les beaux jours de nombreuses séries télévisées, s’est éteinte à 89 ans.

Avait-elle vu sa propre fin ? Comédienne au cinéma, au théâtre et pour la télévision, Pascale Roberts était aussi médium à ses heures perdues… En 2016, le cancer l’a contrainte à abandonner le tournage de Plus belle la vie, où, dans la peau de l’exubérante et généreuse Wanda Legendre, elle réchauffait le cœur des habitants du quartier du Mistral… 

Samedi 26 octobre, l’artiste de 89 ans quittait pour toujours le grand plateau de l’existence, qu’elle a marqué de son talent, sa beauté et son inoubliable sourire… 

Sous sa douceur et sa gentillesse, Marie-Josée Walsain-Laurent, son vrai nom, cachait une grande détermination. Née le 21 octobre 1930 d’une maman créole et d’un papa anglo-italien, elle est, à 5 ans, atteinte de poliomyélite. Durant toute son enfance, elle suit des cours de danse, et, au prix de longs et douloureux efforts, parvient à rééduquer ses muscles atrophiés. Sa maman, qui travaille dans un magasin de beauté et côtoie de nombreuses stars, la présente à Martine Carol qui, plus tard, l’imposera sur le tournage de Madame du Barry, de Christian-Jacque et deviendra sa marraine de cinéma. 

Mais pour l’heure, Marie-Josée a 20 ans et ne sait pas encore de quoi son avenir sera fait. Elle a quitté la région parisienne pour Londres, où vit la famille de son père. Cette ravissante Frenchie se fait alors remarquer par la télévision américaine, qui lui propose un contrat d’un an. De la petite lucarne au grand écran, il n’y a qu’un pas, que lui permet de franchir Bernard Borderie, le réalisateur des Angélique. Ce dernier, séduit par le charisme de la jeune fille, lui offre un petit rôle dans Les femmes s’en balancent.

Pascale Roberts est née. Un an plus tard, elle décroche son premier grand rôle dans Cherchez la femme, de Raoul André. Elle y croise l’acteur Pierre Mondy, qui a évoqué leur rencontre dans son livre La Cage aux souvenirs, paru chez Plon en 2006. 

« Elle est belle à couper le souffle et rayonnante. Elle s’appelle Pascale Roberts. Je suis libre, elle aussi. Pour faire court, je l’ai fait rire, elle m’a suivi. » Pierre, qui a suivi le cours d’art dramatique René-Simon, est lui aussi bluffé par le talent de Pascale. Il lui suffit de se pointer à un casting, elle qui n’a aucun bagage, aucune formation, pour être aussitôt engagée ! Amoureux, tous deux passionnés par le cinéma, le jazz et la danse, ils se disent « oui » en 1957. Pascale enchaîne les tournages, on la voit aussi apparaître dans des feuilletons télévisés, comme Bob Morane ou Les Chevaliers du ciel

Et sous la houlette de Jean-Louis Barrault qui la dirige en 1959 dans La Petite Molière, de Jean Anouilh, elle fait ses premiers pas au théâtre. Entre tournées et tournages, elle ne voit pas beaucoup Pierre, qui est lui aussi très demandé. Ils forment un couple « libre », comme l’écrit Mondy : « Chacun mène sa barque, au mépris de notre vie privée. Une infidélité ici, une aventure là, on se raconte, on se fâche, on se rabiboche, mais il reste toujours des traces qui ressortent les soirs de rancœur. » 

Peu à peu cependant, les disputes et les scènes minent leur belle complicité. Ils ont d’autant plus de mal à se réconcilier que Pascale est tombée très amoureuse de l’écrivain Pierre Rey. Après neuf années d’amour, elle quitte Mondy, avec qui elle restera amie, pour s’installer avec le futur auteur de Le Grec. Sa carrière cinématographique s’étoffe : Costa-Gavras lui donne le rôle de la victime dans Compartiment tueurs (1965), Yves Boisset celui de la mère d’Isabelle Huppert dans Dupont Lajoie (1975), Philippe de Broca la fait tourner avec Jean-Paul Belmondo dans L’Incorrigible (1975). À la télévision, elle est l’héroïne au côté de Jean-Claude Pascal, de la série Le Temps de vivre… Le Temps d’aimer, de Louis Grospierre. En 1981, Alain Delon, qui l’année précédente avait eu l’occasion d’apprécier son talent dans Trois hommes à abattre, lui donne un rôle de choix dans Pour la peau d’un flic… 

Années 1990 : Pascale, qui a quitté Pierre Rey pour épouser Michel Le Royer, inoubliable interprète de la série télévisée Corsaires et flibustiers, fait une rencontre décisive : celle du réalisateur marseillais Robert Guédiguian, qui la fera tourner dans six de ses films, dont le célèbre Marius et Jeannette, qui lui vaudra une nomination aux César. Du quartier de l’Estaque à celui, imaginaire, du Mistral, dans Plus belle la vie, la cité phocéenne offre à Pascale ses derniers grands rôles. À Marseille, la comédienne s’est également trouvé deux familles, une de cinéma, avec Guédiguian, et une autre de télévision, avec la série à succès de France 3 dont elle a tourné huit saisons. Depuis l’annonce de sa disparition, les messages ne cessent d’affluer sur les réseaux sociaux. 

« Je garde des souvenirs inoubliables avec cette grande dame. Je suis triste », déplore ainsi Laëtitia Milot sur son compte Instagram. « Tu as été la grand-mère la plus classe, la plus juste, la plus forte, la plus cocasse et la plus belle de ma vie de comédienne », écrit Dounia Coesens. Léa François, alias Barbara dans la série, note : « Toi qui aimais tellement parler des astres, tu es partie les retrouver. »

Pascale Roberts ne se contentait pas d’aimer les étoiles, elle en était une.

Lili CHABLIS

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