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Patrice Laffont : “Reichmann voyait en Quesada un génie !”

Publié le 14 mai 2019

Patrice Laffont, l’animateur Des “chiffres et des lettres”, ne décolère pas contre le présentateur des “12 coups de Midi !”

Lundi 15 avril, l’animateur Jean-Luc Reichmann était l’invité d’Anne-élisabeth Lemoine dans C à vous sur France 5 et réagissait pour la première fois à la télévision sur l’affaire Quesada. Depuis la mise en examen et l’incarcération de l’ancien champion des 12 coups de midi ! pour « détention et diffusion d’images pédopornographiques » et « tentative de corruption de mineurs », l’animateur du jeu de TF1 avait préféré se faire discret, se contentant de poster un message sur Instagram pour évoquer son « sentiment d’horreur, de dégoût et de colère. » Mais ce soir-là, en direct, il s’en est pris à tous ceux qui témoignent aujourd’hui pour dire qu’ils « savaient », comme Patrice Laffont auquel il a reproché de ne pas l’avoir prévenu plus tôt du profil spécial de celui qui dort désormais en prison. En effet, dans les colonnes du Parisien, le présentateur des Chiffres et des lettres sur France 2 avait déclaré avoir black-listé ce personnage dans les années 80, en raison de son comportement qu’il jugeait étrange. Mais il n’aurait fait part de ses doutes à Jean-Luc que l’été dernier, un an et demi après le départ de Quesada du jeu. Contacté par France Dimanche, Patrice Laffont a accepté de nous livrer sa version des faits. Interview à chaud.

France Dimanche : Dans C à vous, Jean-Luc Reichmann vous accuse de ne pas l’avoir prévenu à temps.
Patrice Laffont : Je ne vois pas pourquoi je l’aurais prévenu de suppositions totales ! À l’époque, quand Quesada est passé dans Des chiffres et des lettres, je l’ai répété dix fois, il m’avait pas mal ennuyé, mais pour d’autres raisons. Il avait notamment insinué qu’on trichait. J’avais entendu quelques bruits disant que ce n’était pas un mec très clair, mais c’est tout.

FD : Quand avez-vous donné à Jean-Luc Reichmann votre opinion sur Quesada ?
PL : J’ai rencontré Jean-Luc l’été dernier à Saint-Tropez, lors d’un tournoi de pétanque et il me bassinait avec Quesada. Je lui ai dit : « Tu sais, ce n’est pas un personnage très intéressant. »

FD : Jean-Luc Reichmann en pensait beaucoup de bien ?
PL : Oui, bien sûr, il n’arrêtait pas. Du coup, je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire sur le ton de la plaisanterie : « Ton Quesada, tu arrêtes de m’en parler car ce n’est quand même pas quelqu’un de très reluisant ! » Après, on a repris notre partie de boules, et voilà. Pourquoi lui aurais-je téléphoné sans avoir aucune preuve ? Ça faisait dix ans que je n’avais pas vu Quesada. Et en dix ans, il s’en passe des choses…


FD : Que vous disait-il sur lui ?
PL : On parlait tout en jouant. J’ai dû lui dire : « Tu avais un candidat extraordinaire. » Il m’a rétorqué : « C’est un génie. » Je ne connaissais pas bien Jean-Luc et on s’était très bien entendu. Il m’avait même donné son numéro de téléphone. Mais s’il continue à se répandre sur moi, je vais finir par l’appeler.

FD : Que s’est-il passé lors de la participation de Quesada à Des chiffres et des lettres en  1986 et  1987 ?
PL : Je me souviens qu’il nous avait pas mal emmerdés en tant que candidat. Il faisait des histoires. Mais surtout, il y a dix ans, j’avais accepté de faire passer dans le jeu sa petite amie de l’époque et le père de cette dernière. Il se trouve que ce monsieur avait été amputé d’un bras. Moi, ça ne me posait pas de problème, mais ensuite, la direction de la chaîne me l’a reproché, me disant qu’un bras articulé, ça n’était pas très télégénique. Ce monsieur s’est vite fait éliminer car il n’était pas très bon. Mais Quesada nous a alors accusés d’avoir tout fait pour faire perdre son beau-père. Il dézinguait l’émission sur les réseaux sociaux. C’est à ce moment-là que j’ai dit à mon équipe, alors qu’il postulait à nouveau pour être candidat, qu’il n’était plus question qu’on invite ce type.

FD : Vous n’avez pas été surpris de le voir quelques années plus tard dans Les 12 coups de midi !…
PL : Non, pas vraiment, car je savais que c’était un type brillant. Je me suis juste dit « Il s’est encore bien débrouillé », point final. Si, à ce moment-là, Jean-Luc m’avait appelé en me disant : « Ce type, je ne le sens pas bien. Qu’est-ce que tu en penses ? » je lui aurais donné mon avis, mais il ne s’est jamais manifesté. C’est un peu facile aujourd’hui de me casser du sucre sur le dos.

FD : Que saviez-vous au juste sur Quesada ? 
PL : Déjà, que c’était un manipulateur de première ! J’avais entendu des bruits sur son compte de la part d’autres candidats. Vous savez les joueurs se connaissent tous entre eux à force de se côtoyer dans les clubs Des chiffres et des lettres. Un jour, l’un d’eux m’avait dit qu’il n’était pas très clair sur le plan sexuel. Mais il y a tellement de gens qui ne sont pas clairs sexuellement ! Je ne savais pas qu’il en était arrivé à commettre les exactions dont on l’accuse aujourd’hui. Si quelqu’un était venu me voir en me donnant des preuves, j’aurais prêté davantage d’attention. Je ne passe pas mon temps à épier ce que font les candidats.

FD : Mais aujourd’hui, ce qu’on apprend sur le personnage fait froid dans le dos.
PL : Oui, c’est terrifiant. Je ne veux pas faire du délit de sale gueule, mais quand on le voit, c’est vrai qu’il n’a pas l’air très clair. Il a un regard fuyant, très bizarre. Mais bon, tout ça, ça ne prouve rien… Moi, je ne m’arrête pas à l’apparence. Je l’avais pris dans le jeu parce qu’il était très fort, c’est tout.

FD : Dans une vidéo circulant sur Internet, on le voit draguer une candidate belge de 18 ans durant l’une de vos émissions.
PL : Je ne m’en souviens pas. C’est vrai qu’il avait l’air de bien aimer les jeunes filles. Attention, je ne dis pas les enfants ! Mais vous savez, tous les hommes sont plus ou moins dragueurs. On ne va pas foutre à la porte un type parce qu’il fait du rentre-dedans à une jeune fille ! Cela dit, ce qu’on a découvert sur lui est terrible…

FD : En fait, Jean-Luc Reichmann s’est fait avoir ?
PL : Bien sûr ! Maintenant, s’il fallait demander un casier judiciaire à tous les candidats, on n’en finirait plus. Cela prendrait un temps fou !

Sophie MARION

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