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Patrick Bruel : Roué de coups !

Publié le 27 février 2018

Patrick Bruel, connu pour son engagement contre le Front national, a frôlé le pire, face à des militants surchauffés…

Combien y a-t-il de Patrick Bruel ?

Question étrange, pensez-vous… Et en même temps, elle ne l’est pas, mais alors pas du tout !

Car vous avouerez qu’ils sont bien rares, les artistes français qui, comme lui, ont su imposer leurs nombreux talents dans des domaines aussi divers que la chanson, le théâtre, le cinéma et… le poker !

Tout en restant fidèles à leurs engagements politiques, humanistes ou sportifs, ainsi qu’à leurs origines…

La star provoque pourtant toujours sur son passage des «Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiick», certes un peu moins tonitruants qu’auparavant, venus de ses fans de la première heure, désormais dans la fleur de l’âge !


Bruel fêtera l’an prochain ses quarante années de carrière. Un chemin glorieux, mais qui a aussi été semé d’embûches, d’échecs et d’épreuves, ce qui le rend encore plus proche de nous.

Celui qui a vite été reconnu en tant que comédien – après avoir répondu à une petite annonce dans France-Soir pour tourner dans Le coup de sirocco, d’Alexandre Arcady – a en effet failli ne jamais devenir la vedette qu’il est aujourd’hui…

Fachos

C’est en tentant d’assurer à sa manière la promotion de cet excellent film sorti en 1979, avec Roger Hanin et Marthe Villalonga, qu’il a été roué de coups !

Comme vous ne l’avez sans doute pas oublié, ce long-métrage avait pour thème l’exode des pieds-noirs à la fin de la guerre d’Algérie. Un sujet bouleversant pour Patrick, né le 14 mai 1959, à Tlemcen, près d’Oran, et dont la famille a dû vivre le douloureux calvaire du retour vers la France lorsqu’a sonné l’heure de l’indépendance de l’Algérie, en 1962.

Artiste de gauche depuis toujours, très concerné par les conflits agitant le Proche-Orient et engagé en faveur de l’État d’Israël, Patrick militait, dès l’adolescence, contre l’extrême droite. Une position qu’il a expliquée au fil de ses entretiens avec Claude Askolovitch, dans un livre publié aux éditions Plon, en 2011. «J’ai refusé d’être inscrit à Assas [faculté de droit située dans le VIe arrondissement de Paris, ndlr], raconte la star. C’était la fac du GUD [Groupe union défense : organisation d’extrême droite connue pour ses actions violentes, très active dans les années 70, ndlr], des fachos…»

À cette époque, il existait deux camps bien définis, qui ne cessaient de s’affronter. Il y avait, dans certaines universités, ceux qui défendaient des idées nationalistes avec une brutalité inouïe et, dans d’autres, les humanistes qui prônaient partage et tolérance : «Avec les élèves de Montaigne et de Lavoisier, on mettait sur la gueule des mecs d’Assas, et réciproquement, se rappelle encore le chanteur. Je me souviens d’un jour où, en représailles, ils ont débarqué à H4 [le lycée Henri IV, ndlr]. On les attendait avec des frondes et des cailloux. On jouait aux cow-boys et aux Indiens. C’est là que j’ai commencé à préférer les Indiens.»

Une préférence qui a dû devenir encore plus marquée après que, s’étant donc mis en tête de donner un coup de pouce au film d’Arcady, accompagné de deux amis, l’apprenti acteur, armé de bonne humeur et de posters à placarder dans tout le XVIIe arrondissement de Paris, a fait la pire des rencontres de sa vie…

Engagé

«On tombe sur des affiches du Front national toutes fraîches, raconte-t-il encore. Et je me fais un plaisir de les recouvrir avec les nôtres. C’est à ce moment que sept ou huit types, cheveux plutôt courts, tenues à dominante vert bouteille, nous sont tombés dessus. Ils sont arrivés vers nous en disant :
“Ça vous amuse ?
Et moi, sûr de moi :
– Non, ça ne nous amuse pas, mais nous aussi on a un truc à défendre…
– C’est un truc de Juif, ça !
– Les rapatriés d’Algérie n’étaient pas tous juifs, mais là oui, c’est le Juif qui est content de recouvrir vos affiches de merde !”

Complètement inconscient ! Et c’est parti : on ne faisait pas le poids, on a pris des coups sans en donner vraiment, on a fini par se tirer en courant. Mais j’ai vraiment eu peur.»

Comme on le comprend ! Depuis cette période, Patrick Bruel n’a, comme vous le savez, jamais renié ses opinions, loin de là ! Lui qui, jusqu’en 1991, a appartenu à SOS Racisme, continue de s’engager, chaque année, aux côtés des artistes de la tournée des Enfoirés, pour aider les Restos du cœur.

En 2014, à l’issue des élections municipales, l’interprète de Place des grands hommes n’a pas hésité à refuser d’organiser des concerts dans des villes acquises au Front national, une décision courageuse qui lui avait valu de la part de Jean-Marie Le Pen, une violente réaction dans une vidéo : «On en fera une fournée la prochaine fois», avait lancé le père de l’actuelle présidente du parti. Une allusion à la Shoah, et qui avait alors indigné tous les médias.

Aujourd’hui, la roue de la fortune tourne toujours dans son sens, et ce champion de poker, qui est l’un des quatre actionnaires du site internet de jeu en ligne Winamax, peut se targuer d’avoir toujours pioché les bonnes cartes… 

Clara MARGAUX

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