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Patrick Chesnais : Anéanti !

Publié le 2 juin 2020

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Patrick Chesnais, frappé de plein fouet par le coronavirus, a sombré dans une nouvelle et profonde dépression…

Qu'elle est difficile à vivre, cette période à laquelle rien ne nous préparait ! Nos repères, nos habitudes, nos plaisirs ont soudain disparu, comme si on nous avait arraché nos existences. Patrick Chesnais, lui aussi, a vécu l'arrivée du Covid-19 et toutes ses conséquences comme un raz-de-marée. Comme une explosion qui aura fait voler en éclats son goût de la vie, lui qui, déjà, avait affronté le pire qui puisse arriver à un être humain : la mort de son fils Ferdinand, disparu dans un accident de voiture en octobre 2006, à l'âge de 20 ans.


Certes, depuis ce drame, Patrick Chesnais s'était lentement, douloureusement, reconstruit. À sa façon, entre autres en écrivant sur ce fils parti bien trop tôt. Avec la rédaction du livre Il est où Ferdinand ? Journal d'un père orphelin, paru en 2008 aux éditions Michel Lafon, sans doute tentait-il de faire exister un peu plus cet enfant que la mort lui avait retiré. C'est sur cette même impulsion qu'il avait fondé l'association Ferdinand, destinée à lutter contre l'alcool au volant, cause de l'accident de voiture qui avait enlevé son garçon.

Mais malgré tous ses efforts, et de multiples déclarations dans la presse affirmant que « la vie est plus forte que tout », sa blessure était telle, et sa peine si profonde, qu'elle lui avait brisé le cœur. D'ailleurs, avec une grande lucidité, le comédien lâchait au fil des confidences que son deuil était « impossible », comme dans cette grave interview donnée au magazine Notre Temps en 2016, dans laquelle il avouait : « Je vieillis, mais depuis le drame, la mort est devenue une compagne familière. Le bonheur n'est plus concevable. »

Jusque-là, malgré tout, Patrick Chesnais avait réussi à surmonter sa douleur – en tout cas, il parvenait à le faire croire –, acceptant de remonter sur scène, de jouer dans des films, comme si la vie continuait. Mais aujourd'hui, à 73 ans, le formidable comédien semble être passé à un autre stade de son existence. Un stade critique. Il donne désormais l'impression de se tenir au bord d'un gouffre, oscillant entre une mélancolie profonde et un « aquoibonisme » ravageur, comme si toutes ses tentatives d'affronter la dure réalité avaient été réduites à néant. Comme si, depuis toutes ces années, le sort s'était acharné sur sa personne…

Patrick Chesnais a en effet été la cible du Covid-19 ! Au mois de mars, il jouait au théâtre la pièce Le Système Ribadier. Du jour au lendemain, il était parti se réfugier dans sa maison de l'île de Ré, pensant s'y conformer au confinement en toute quiétude, aux côtés de sa femme, la comédienne Josiane Stoléru. Mais les choses ne sont pas passées comme il les avait prévues : « J'ai enfourché mon vélo pour aller au centre du village, à un kilomètre. J'ai senti des frissons, de la fatigue, je ne pouvais plus appuyer sur les pédales. J'avais de la fièvre. […] Et j'ai été testé positif ! », a-t-il confié à Nice-Matin.

Pendant presque un mois, comme il le raconte, le virus l'a anéanti ! « Je n'ai jamais connu ça de ma vie. Une telle fatigue, une telle lutte avec une espèce de bête à l'intérieur de soi, que j'appelais Alien ! […] Je ne tenais pas debout ! C'était terrible ! C'est comme un animal qui vous veut du mal. On a l'impression qu'il veut vous détruire. Je marchais 20 mètres dans le jardin, et j'étais obligé de m'allonger à cause de la fièvre. »

Si l'acteur est aujourd'hui sorti de cette crise, il a conscience qu'à nouveau, il va devoir tout mettre en œuvre pour récupérer sa forme : « Maintenant, il va falloir remonter la pente, retrouver mon énergie, ma vitalité d'avant. Ce qui demande un certain temps. Et la convalescence dure.»

Mais, pour envisager de se remettre tout à fait, il faut commencer par avoir un bon moral. Et à ce sujet, les nouvelles ne l'y aident pas. En effet, en plus d'avoir été lui-même confronté à la maladie, en très peu de temps, Patrick Chesnais a perdu certains de ses proches, et ces nouvelles disparitions ont encore un peu plus usé son cœur déjà très éprouvé : « J'ai perdu mon neveu il y a trois semaines, a-t-il déclaré, toujours dans les colonnes de Nice-Matin. Mon beau-frère est mort d'un cancer en janvier, beaucoup de gens que j'appréciais sont décédés du Covid-19. » Autour de lui, une hécatombe. Un cimetière.

Pas étonnant, sachant cela, qu'il semble de plus en plus éloigné de ses préoccupations d'avant la maladie : « Je ne réfléchis plus à mes films, à mes pièces. Je m'en fous un peu. Sans doute aussi, un effet dépressif », a-t-il confié avant d'ajouter : « J'ai beaucoup de mal à m'intéresser à l'avenir de ma carrière. J'avais pris pas mal de scénarios de films et de pièces à lire. Mais je n'ai toujours pas envie. » L'envie, ce moteur de la vie, deux mots si proches qu'on peut les confondre : l'envie d'être « en vie »… Aujourd'hui, ces deux notions semblent être pour Patrick Chesnais aux antipodes l'une de l'autre.

Espérons qu'avec le relâchement du confinement, le comédien aura pu à nouveau serrer dans ses bras ses enfants. Son fils, Victor, 17 ans, et sa fille Émilie, 35 ans. Car il attendait plus que tout de se rapprocher enfin d'eux ! Peut-être ces doux instants d'amour partagé sauront-ils lui redonner l'envie qui l'avait quitté…

Laurence PARIS

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