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Patrick Chesnais : Le deuil impossible !

Publié le 6 février 2020

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© BESTIMAGE Patrick Chesnais

13 ans après le drame qui a emporté son fils Ferdinand à l’âge de 20 ans, Patrick Chesnais témoigne dans un livre qu’il reste inconsolable…

C’est une blessure béante qui ne se refermera sans doute jamais… Quelle plus grande tragédie en effet que de perdre l’un de ses enfants ?

Ce vendredi 13 qui lui a ravi son fils, l’acteur ne peut pas l’oublier. Le 13 octobre 2006, à 3 h 19 du matin, porte d’Auteuil, à Paris, Ferdinand va trouver la mort dans un effroyable accident de voiture. Cette nuit-là, le jeune homme de 20 ans, né de la relation du comédien avec l’actrice Coralie Seyrig, la nièce de Delphine Seyrig, revient d’une soirée arrosée après une représentation de Soleil noir, la pièce dans laquelle il joue tous les soirs dans un théâtre du XIe arrondissement.

C’est un jeune homme séduisant, un « très beau mec », précise Patrick. Talentueux et charismatique, il suit les traces de son célèbre papa qui le surnomme affectueusement « Birdy ». Mais cette nuit-là, cet « oiseau » rare va s’envoler vers d’autres cieux… Ils sont deux dans la voiture. Ferdinand est côté passager, et l’ami qui le conduit a 1,68 g d’alcool dans le sang. Mais, arrivé porte d’Auteuil, il se trompe et entre sur le périphérique dans le mauvais sens, empruntant la bretelle de sortie plutôt que celle d’entrée, percutant une voiture qui arrive en sens inverse. Les deux conducteurs s’en tirent par miracle. Pas Ferdinand. Treize ans plus tard, même si le chauffard a été condamné à une peine de prison, Patrick Chesnais demeure inconsolable.


Il a bien essayé de transformer son chagrin en combat en créant une association qui lutte contre la conduite alcoolisée chez les jeunes. Mais rien n’y fait. Les années ont passé et il doit bien se rendre à l’évidence : jamais il ne parviendra à faire le deuil. Alors pour survivre, ce père meurtri s’est lancé dans l’écriture. Deux ans après la disparition de son fils, sortait Il est où, Ferdinand ? Journal d’un père orphelin, aux éditions Michel Lafon. Un ouvrage poignant, sous forme d’une longue lettre à Ferdinand, dans lequel il s’adressait à son fils pour le faire revivre… Il récidive aujourd’hui avec un livre déchirant à paraître le 23 janvier prochain aux éditions de l’Archipel, La vie est belle. Je me tue à vous le dire ! Cette fois encore, ce papa de 72 ans n’essaie pas de contourner sa peine.

Au contraire, il creuse là où ça fait très mal n’hésitant pas, par exemple, à décrire dans quel état de décomposition il se trouvait lors des obsèques de son fils chéri. « Je le voyais, lui, allongé pour toujours dans cette boîte, juste devant moi, porté par des costauds des pompes funèbres, calme, éteint, définitivement mort… Je me disais que j’aurais dû mieux le protéger et que c’est moi qui aurais dû être dans cette boîte… Je n’ai pas été un bon père. Un bon père, ça empêche son fils de mourir à vingt ans », écrit-il. Dévasté à vie par la culpabilité, il explose toujours de douleur.

Le soir même du décès de Ferdinand, Patrick aura le courage de monter sur scène, comme l’avait fait Roland Giraud le jour où il a appris la disparition de sa fille Géraldine, assassinée en 2004. Une chose inouïe pour la plupart des gens, mais pas pour les artistes, pour qui « The show must go on » (le spectacle continue). La soirée qui suit le drame, le comédien doit jouer à Enghien Une heure et demie de retard, une comédie de boulevard où il fait rire alors qu’il donnerait sa vie pour rejoindre là-haut son fils disparu quelques heures plus tôt. « La situation était au bord, au bord de tout, de la détresse, de la mort, de la vie qui continue », confesse-t-il. Il raconte aussi comment une fois le rideau tombé, il pleure en cachette, inconsolable d’avoir perdu de façon si soudaine ce fils tant aimé.

« C’est comme pour manger, pisser, dormir, à un moment, ça vient, ça dégouline », dit-il pour parler de ces instants où les larmes le submergent jusqu’à l’étouffement.

En pleine introspection, il s’inflige le calvaire de sonder sa mémoire. Ce père inconsolable se souvient qu’en 2003, soit trois ans avant le décès de Ferdinand, il était allé voir au cinéma le sublime long-métrage de Nanni Moretti, La Chambre du fils.

Il s’était toujours refusé à voir des films qui racontent la mort d’un enfant. Pourquoi avait-il fait cette fois-là, une exception ? Une mystérieuse prémonition, sans doute, ose-t-il avancer, avant de confier : « Le dernier plan où la famille, les parents et la sœur, divaguent sur la plage en silence, désemparés, est un des plus beaux plans que j’ai vus au cinéma. » Une image symbolique qui l’émeut au plus haut point maintenant que lui aussi a rejoint le clan de ces parents crucifiés d’avoir perdu ce qu’ils avaient de plus cher au monde et qui reprennent cahin-caha le chemin de la vie…

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