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Patrick Dupond : Métamorphosé par l’amour !

Publié le 16 septembre 2017

Star de l’Opéra, icône gay de la danse, l’artiste Patrick Dupond entame une 
 nouvelle carrière  et une nouvelle vie amoureuse avec Leïla Da Rocha…

«L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais, jamais, connu de loi… » Si Patrick Dupond n’a pas dansé Carmen, il savoure tous les matins chaque strophe de l’œuvre de Bizet. Enfant star, adulé par Béjart, jalousé par Noureev, chéri par le public, il a tourné le dos aux garçons et aux aventures d’un soir pour les beaux yeux et l’énergie contagieuse de Leïla Da Rocha, danseuse orientale et chorégraphe.

Si les fées se sont penchées sur son berceau, le destin de Patrick n’a pas été un long fleuve tranquille. Enfant agité, sa mère, vendeuse au rayon électroménager du BHV, l’enferme dans sa chambre et lui fait écouter Chopin, Mahler et Bach pour le calmer. Découverte qu’il n’oubliera jamais.

Après s’être essayé au football, puis au judo, il trouve sa voie en assistant par hasard à un cours de danse classique. Lors d’un exercice sur le tatami, il entend la Fantaisie-Impromptu de Chopin dans la salle d’à côté. Curieux, il pousse la porte et rejoint les danseuses qui s’exercent à la barre. Sa beauté, sa puissance et sa grâce feront le reste.

Max Bozzoni, lui-même ancien danseur de l’Opéra, le repère très vite et accepte de prendre en main sa formation. Une tutelle formatrice et féconde : il est admis à l’école de danse du prestigieux établissement, alors qu’il vient de fêter ses 10 ans.

Ascension

Élève chahuteur et doué au-delà de l’imaginable, il est engagé comme quadrille stagiaire dans le corps de ballet à l’âge de 16 ans et, lors du concours annuel, il est adoubé par la critique qui voit en lui « le Noureev français ». Sa carrière est dès lors toute tracée. L’année suivante, en 1976, il accède à la renommée internationale en remportant de haute lutte la médaille d’or du concours de ballet de Varna, en Bulgarie. Le Nobel de la danse ! À lui les plus belles chorégraphies (Giselle, Le lac des cygnes, La bayadère, Don Quichotte), les meilleurs directeurs, dont Rudolf Noureev et Maurice Béjart, stupéfiés par tant de talent.

En 1978, il est nommé premier danseur, et deux ans plus tard, à 22 ans, il est danseur étoile. Il enchante la scène parisienne et a pour partenaires les plus prestigieuses stars de l’époque, Noëlla Pontois, Sylvie Guillem et Marie-Claude Pietragalla. Dans la foulée, il obtient la direction artistique du Ballet français de Nancy puis, au départ de Noureev, Pierre Bergé, président de l’Opéra de Paris, le nomme directeur du ballet de la capitale. Il n’a que 31 ans.

Vedette mondiale adorée du public, rien ne paraît pouvoir entraver son irrésistible ascension sauf, peut-être, sa trop rapide réussite, qui suscite jalousie et rancœur.

Dépression

Alors qu’il est invité par Isabelle Adjani comme membre du jury du cinquantième Festival de Cannes, il manque trois répétitions de Pina Bausch. Prétexte que prend Hugues Gall, le nouveau directeur, pour le limoger pour faute grave. Scandale, provocation, procès, Patrick se retrouve mis au ban du système et de la renommée. Alors qu’il veut monter sa propre école de danse au Centre culturel du Marais, il est victime d’un terrible accident de la route entre Le Havre et Paris.

Le choc est tel que le pronostic vital est engagé : triple fracture du crâne, une main arrachée, les cervicales en miettes, pas moins de 134 fractures et micro fractures diagnostiquées ! Le chirurgien qui l’opère en urgence est formel : « Vous ne danserez plus jamais. Ce serait déjà un miracle si vous pouvez remarcher. » Sur son lit de douleur, Patrick lutte de toutes ses forces. Après des mois passés sous morphine, il en sort brisé. Commence alors une terrible descente aux enfers.

Dépendant à la morphine, il ne mange plus, perd 32 kg, sombre dans la dépression et l’alcool (jusqu’à trois bouteilles d’anisette pure par jour !), ne supportant plus d’être handicapé et redoutant de ne plus jamais monter sur scène. Après trois années passées au fond du trou, un coup de fil va changer son destin. Leïla, ex-championne de basket reconvertie dans la chorégraphie, souhaite le rencontrer pour qu’il la conseille au sujet de l’école de danse qu’elle vient de monter à Soissons.

Leur rencontre tient du miracle, comme il vient de le raconter dans Paris Match : « L’entrevue devait durer trente minutes, à 3 heures du matin, nous n’arrivions pas à nous quitter. »

Fusion

À ses côtés, loin des garçons, des paillettes et de ses affres intimes, il reprend goût à la vie. À une autre vie : « Grâce à elle et à son infinie patience, j’ai appris à formuler mes tourments et à gommer ce qui m’empêchait d’avancer. Pendant cinquante ans, j’ai parlé de moi à la première personne. Aujourd’hui, je dis nous. J’ai découvert le sens du mot amour. »

Jusqu’à renier sa sexualité première. « Jusque-là, j’ai vécu une parodie de l’amour. Ça m’arrangeait de me mentir à moi-même. En ce qui me concerne, l’homosexualité a été une erreur. Une vie de danseur étoile international est incompatible avec une vie de couple, car il est impossible d’être disponible à l’autre. Dix-sept mille personnes vous acclament sur scène mais vous n’avez personne avec qui partager ce moment. Quand je rentrais chez moi, j’étais seul. Ou seul à deux, ce qui revient au même. »

Aujourd’hui, Patrick et Leïla, « nouveau » couple, regardent dans la même direction. Unis désormais sur scène comme dans la vie, ils ont monté Fusion, un spectacle novateur mêlant danse orientale et danse classique. Dans quelques jours, ils s’envoleront pour Bordeaux afin d’ouvrir une académie internationale de danse qui comptera 20 élèves sélectionnés sur audition. Leïla en sera la chorégraphe et le coach, Patrick le professeur.

Sur les bords de la Garonne, Patrick Dupond compte bien se reconstruire, apaisé par l’amour de la femme de sa vie, le bouddhisme et le plaisir de transmettre son art 
aux futurs danseurs étoile.

Philippe Margaux

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