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Patrick Hernandez : “A 70 ans, je suis un cœur à prendre !”

Publié le 22 mai 2019

Alors que son tube lui rapporte plusieurs centaines d’euros par jour, Patrick Hernandez se souvient de ses années de galère.

Avec 70 bougies, qu’il vient de souffler ce 6 avril, et Born to Be Alive qui fête ses 40 ans, 2019 est pour l’artiste « une belle et grande année » ! Comme 1979 où, à l’âge de 30 ans, son tube devient n° 1 en France. Mais, Patrick n’aurait jamais cru que ce succès, qu’il pensait sans réel lendemain, allait à ce point changer sa vie, et que, quatre décennies plus tard, il serait encore un tel phénomène. « Cette chanson n’a pas pris une ride, nous dit-il, et je constate chaque soir son extraordinaire énergie ! » Avant d’enflammer le Stade de France, à Saint-Denis, ce 18 mai, puis le Groupama Stadium, près de Lyon, le 1er juin, avec tous ses copains de la tournée Stars 80, dont il ouvre chaque soir le bal, le chanteur s’est confié sans détour.

France Dimanch  : Vous revoyez-vous écrire cette chanson ?
Patrick Hernandez : Parfaitement. C’était en 73, six ans avant son succès mondial. J’avais 24 ans et squattais à l’époque une chambre de bonne d’un hôtel particulier de l’avenue Frochot, charmante voie privée du quartier de Pigalle. J’ai écrit ce texte en réponse à tous ces gens qui m’entouraient et qui étaient incapables de vivre pleinement. Car ça m’exaspérait terriblement ! Chansonnette folk au départ, elle est transformée en 75, en version plus rock pour le groupe Paris Palace Hôtel dans lequel j’officie en tant que chanteur et guitariste. Mais, comme elle n’intéresse personne, on laisse tomber, jusqu’en 78, où le producteur de l’époque me suggère d’en faire un truc plus… disco ! Là, je tombe de ma chaise, car c’est vraiment un genre musical que j’exècre. Mais il finit par me convaincre en prenant l’exemple des Bee Gees et de leur génial Saturday Night Fever. Bref, voilà comment je suis devenu l’heureux papa de ce merveilleux titre.

FD : Il n’y a pas un moment où vous décidez de tout plaquer ?
PH : Si ! Fin 76, à la séparation de notre groupe Paris Palace Hôtel, un peu lassé, j’ai choisi de passer à autre chose et de partir élever des veaux dans le Périgord ! [Rire.] En fait, j’y ai rejoint une copine qui vivait là-bas avec sa famille. Ainsi, la semaine je leur donnais un coup de main sur l’exploitation, et le week-end j’allais avec les copains chanter dans les bals du coin. Mais la vie de la ferme n’était pas vraiment ma tasse de thé. Ça a duré un an, jusqu’à ce que le producteur Jean Vanloo me parle de la version disco de Born to Be Alive !

FD : Sans l’insistance de ce dernier, Born n’aurait peut-être jamais rencontré le succès ?
PH : Jamais ! Bien sûr, j’en suis l’auteur, compositeur et interprète ; mais sans son idée de génie et surtout son obstination – car durant six mois, on s’est fait jeter de partout – on n’y serait jamais parvenu. Toutes les maisons de disques, radios et discothèques nous regardaient comme si on débarquait de la planète Mars. Mais Jean n’a jamais lâché, et ça a fini par payer. Sinon, je serais peut-être toujours en train de faire de l’élevage dans le Périgord ! [Rire.]


FD : Et vous n’enflammeriez pas non plus les plus grandes scènes de France avec la tournée Stars 80…
PH : Quelle aventure inattendue ! La magie d’avoir retrouvé de vieux copains comme Jean-Pierre Mader et Plastic Bertrand, sans parler de la belle découverte de certaines personnes que je ne connaissais pas, c’est comme une grande famille. On vit, entre nous et avec le public, des moments absolument fabuleux. On se marre sur scène. Il y a une vraie bonne humeur qu’on transmet aux gens. Ce n’est que du bonheur et le succès ne se dément pas. Les gens en redemandent et beaucoup sortent d’ailleurs de nos concerts en achetant leur place pour le suivant. C’est complètement dingue !

FD : Rappelez-nous l’histoire de cette canne qui ne vous quitte plus…
PH : Un joyeux hasard, elle aussi ! Offerte par ma marraine et accompagnée d’un veston et d’un chapeau, elle était à la base destinée à une autre chanson, Rendez-vous, sur le thème du cabaret. Mais voilà qu’un jour, je dois faire une télé avec Born et n’ai rien à me mettre. Sans le sou pour m’acheter une seconde tenue, je décide d’y aller avec cet attirail en me disant : « ça passe ou ça casse ». Et c’est tellement bien passé, que c’est devenu la marque de Born to Be Alive ! De ce jour, je n’ai jamais plus fait un concert ou une télé sans. Cette canne a déjà effectué deux séjours en musée : au MuPop (Musée des musiques populaires) de Montluçon, et à celui de la mode et du costume à Paris. « Muséifié » de mon vivant, dingue non ? Tout le monde veut la toucher car il paraît qu’elle porte bonheur !

FD : Qu’en est-il de vos soucis de santé, de cette polyarthrite rhumatoïde (maladie inflammatoire chronique des articulations évoluant par poussées) dont vous souffrez depuis plusieurs années ?
PH : J’ai découvert que j’étais atteint de ce mal en voyant mon petit doigt se tordre de plus en plus, accompagné de douleurs soudaines épouvantables, comme une aiguille chauffée au rouge qui vous transperce les articulations des doigts, coudes, genoux, chevilles, épaules et orteils. C’est une maladie immunodépressive, c’est-à-dire que mon corps, se croyant en permanence menacé, contraint mon système immunitaire à se battre et, du coup, attaque mes articulations. A priori héréditaire, ça peut sauter des générations. Je me souviens d’ailleurs de ma grand-mère se recroquevillant sur elle-même et souffrant le martyre. Avant on en mourait, aujourd’hui, si on n’en guérit pas, on peut stopper l’évolution et calmer les douleurs, grâce une injection, que je m’administre moi-même une fois par semaine. Un traitement qui vise à faire baisser cette immunité afin qu’elle reste « sage ». Mais, revers de la médaille, ça me fragilise énormément : j’attrape tout ce qui passe ! Pour me protéger, je me promène toujours avec un foulard sur le nez et la bouche. Et je fais très attention, le moindre rhume peut virer au drame.

FD : Vous vous êtes séparé de la maman de votre fille il y a quelques années. Avez-vous depuis retrouvé l’amour ?
PH : Je suis toujours un cœur à prendre ! Mais bon, à 70 balais, je suis une deuxième, voire une troisième main ! [Rire.] Mon ex-femme est difficile à remplacer. En très bons termes, on se voit régulièrement avec notre fille, Victoria, 12 ans, qui possède déjà la veine artistique de son papa [rire]. Elle joue de l’ukulélé et monte des chorégraphies infernales avec ses cousines.

FD : Vous a-t-on déjà sollicité pour participer à Danse avec les stars ou Je suis une célébrité, sortez-moi de là ?
PH : Jamais. Pour être honnête, si on me proposait une émission musicale telle que The Voice ou Nouvelle Star, ce serait avec plaisir. Par contre, tout ce qui est La ferme célébrités ou je ne sais quoi du même genre, non. Sans aucun snobisme, mais je m’y sentirais très mal.

FD : Vous n’avez jamais caché que Born to Be Alive vous rapportait une petite fortune, entre 800 et 1 500 € par jour… Tout n’a pas toujours été si rose…
PH : Oh non ! Au tout début, j’ai connu des périodes de vraie misère. Je me revois en plein hiver, dormir sous une tente de camping près de la MJC de Goussainville, en banlieue parisienne. Il m’est même arrivé d’aller piquer un vieux camembert entamé jeté dans une poubelle, de le passer sous l’eau claire et de le manger. Parce que je n’avais pas le sou. Comme mes parents ne voulaient pas que je fasse de la musique, il a fallu que je prenne mes responsabilités. J’ai donc vécu des choses assez dures. Quant à ce que Born me rapporte aujourd’hui, c’est en effet colossal. Surtout depuis que j’ai toutes les casquettes : auteur, compositeur, interprète, éditeur et producteur. Attention cependant, tout ne va pas dans ma poche. Mais bon, même si les impôts m’en piquent la moitié au passage, j’ai encore de quoi vivre confortablement.

FD : Quelle est la demande la plus farfelue qu’on vous ait faite pour utiliser votre titre ?
PH : Henri Dès en a fait un truc plutôt drôle : Il faut que tu te laves (Va falloir que tu te laves / Va falloir que tu te laves / Avant qu’tu dormes, dormes, il faut qu’tu t’laves / Dormes, il faut qu’tu t’laves…) Mais il existe des tonnes de versions à travers le monde, humoristiques, en flamand, hard rock, etc.

FD : Qu’est-ce qui pourrait vous faire arrêter de chanter ?
PH : Cette chanson est tellement tonique, et réclame une telle énergie sur scène, qu’à un moment donné – non pas que j’en aie envie –, parce que je ne serai plus en adéquation, je serai contraint d’arrêter. Chanter Une chanson douce de Savaldor, je pourrais le faire jusqu’à 125 ans. Mais avec Born, ça va devenir de plus en plus compliqué. Au bout de quarante ans, ma canne va peut-être enfin me servir à quelque chose ! [Rire.]

Caroline BERGER

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