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Patrick Poivre d'Arvor : "J'ai tout vécu : les trahisons, les abandons, les espoirs déçus "

Publié le 27 mars 2020

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Pour son 22e roman, le romancier nous dépeint l'irrésistible ascension d'un personnage à la Rastignac. Mi-Macron mi... PPDA ? Un ambitieux, comme son auteur qui est le parrain de votre nouvelle rubrique !

France Dimanche : Parlez-nous de L'Ambitieux qui fait suite à La Vengeance du loup.

Patrick Poivre d'Arvor : C'est l'histoire d'un petit garçon, Charles d'Orgel [un pseudonyme que PPDA avait choisi alors qu'il était jeune journaliste, ndlr], qui veut devenir président de la République. Il lui arrive bien des aventures dans sa vie privée et publique, évidemment. C'est un grand séducteur, à tout point de vue, qui gravit un à un les échelons de la vie politique, à la conquête du pouvoir et de son destin.


FD : Votre héros est inspiré d'Emmanuel Macron ?

PPDA : C'est vrai que le personnage de l'actuel président est très romanesque. Il m'a inspiré mais je l'ai mêlé à d'autres chefs d'État que j'ai bien connus. Et à ce que je connais de la vie politique et médiatique. On ne parle bien que de ce que l'on connaît, car j'ai vécu de l'intérieur les trahisons, les abandons, les espoirs déçus, etc.

FD : Vous-même, aviez-vous des ambitions politiques plus jeune ?

PPDA : Oui, j'en ai eu envie à l'époque. J'ai eu mon bac très jeune, puis j'ai fait Sciences Po et cela m'a titillé. Mais j'ai été vite déçu par le fonctionnement de la politique. Cela m'a servi ensuite car j'ai pris beaucoup de recul en tant que journaliste. J'ai bien fait de changer de voie car la politique est un monde cruel.

FD : Pire que la télé qui vous a viré comme l'un des personnages du livre ?

PPDA : Oui, là aussi c'est du vécu. Comme lui, j'ai reçu le soutien des téléspectateurs, alors que j'ai vu des confrères et des politiques m'éviter du jour au lendemain. Mais pas la rédaction de TF1 qui m'a soutenu. J'ai toujours le livre d'or que tout le monde a signé, sauf une personne. Ça, je n'ai pas oublié. Mais bon, là encore j'ai mis de la distance, car j'ai vécu bien plus grave dans ma vie…

FD : Étant un écrivain connu, on devine dans votre livre quelques allusions à votre parcours personnel…

PPDA : Oui, j'aime bien l'idée de mettre quelques petits cailloux blancs derrière moi. Je l'ai fait à peu près dans tous mes livres. Je revendique ces talismans.

FD : « On est plus doué pour le courage professionnel que pour la bravoure amoureuse », dit l'un de vos personnages. Vous validez ?

PPDA : Les femmes sont plus courageuses que les hommes dans ce domaine, c'est vrai. Elles osent plus que nous. Et quand elles décident d'une rupture, elles sont beaucoup plus déterminées que les hommes en général.

FD : Vous maintenez aussi que le pouvoir et l'écriture opèrent une attraction et séduisent ?

PPDA : Je le crois oui. Il y a un muscle du pouvoir mais aussi un attrait pour celui ou celle qui écrit, qui crée. Cela accroît le charme, c'est sûr !

FD : Charles se demande s'il faut réaliser ses rêves d'enfants, et vous ?

PPDA : Pour moi, la réponse est oui ! Vraiment, profondément. Il faut aller au bout de ses rêves. Je sillonne encore pas mal la France et je rencontre beaucoup de gens désillusionnés, frustrés. Quand on a une possibilité, il faut la tenter quitte à se casser la figure, car rien n'est jamais figé.

FD : C'était quoi votre rêve ?

PPDA : D'être écrivain ! Très jeune, j'étais supertimide, je n'avais pas d'amis et aucune façon de m'exprimer autre que l'écriture. J'ai toujours été passionné par l'œuvre et la vie des écrivains. Il suffit de regarder autour de vous, là, ma bibliothèque est remplie de biographies d'auteurs prestigieux. Ils enjolivaient ma vie et me permettaient de la réinventer. C'est aussi pour ça que ma série sur France 5, Une maison, un artiste, me passionne tant. Depuis dix ans !

FD : Quand et où écrivez-vous ?

PPDA : J'écris beaucoup la nuit et n'importe où. Mais plus facilement dans ma cabane dans les arbres en Bretagne. Et j'écris bien dans le train aussi. Toujours à la main !

Yves QUITTÉ

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