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Patrick Préjean et Maurice Risch : Les souvenirs des deux derniers gendarmes

Publié le 23 avril 2016

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Alors que leurs collègues ont tous rejoint le maréchal des logis-chef Cruchot au  paradis , Patrick Préjean et Maurice Risch restent les seuls à composer la brigade… du rire.

Nombreux sont ceux qui, à la mort de Michel Galabru le 4 janvier dernier, ont annoncé la disparition du dernier « Gendarme »… Mais c’était oublier un peu vite que Patrick Préjean, que retrouvera bientôt au côté de Nicolas Bedos dans L’invitation, un film de Michaël Cohen, et Maurice Risch, actuellement en tournée avec Évelyne Leclercq dans la pièce de Fabrice Blind et Michel Delgado, Ma colocataire est une garce.

Ils avaient eux aussi revêtu l’uniforme et participé à cette mythique épopée tropézienne ! En exclusivité pour France Dimanche, ces deux vieux copains nous font partager leurs souvenirs.

->Voir aussi - Michel Galabru : Il rempile chez les gendarmes

France Dimanche (F.D.) : Comment avez-vous débarqué dans cette aventure ?

Patrick Préjean (P.P.) : Grâce à Louis de Funès, qui souhaitait être entouré de gens en qui il avait confiance. Il a eu envie de me faire travailler après m’avoir repéré dans Brigade antigangs, de Bernard Borderie. On a tourné Le tatoué, et, pour Les gendarmes, il m’a recommandé au réalisateur.

Maurice Risch (M.R.) : Moi aussi, c’est grâce à Louis. Quand je suis sorti du Conservatoire, en 1966, il m’avait repéré dans La dame de chez Maxim. Du coup, j’ai participé aux deux derniers épisodes des Gendarmes : Les extraterrestres et Les gendarmettes, remplaçant Jean Lefebvre qui s’était brouillé avec Louis !

F.D. : Un lien particulier vous liait donc à de Funès, qui n’était pas considéré comme quelqu’un de très facile…

P.P. : Je m’efforce souvent de casser cette mauvaise réputation. Certes, il ne se laissait pas marcher sur les pieds, mais c’était avant tout un perfectionniste. Louis marchait à l’affect, et lorsqu’on arrivait à gagner sa confiance, il était très drôle. Il faisait partie de ces acteurs qui peuvent exploser et tout donner quand le rideau se lève, mais qui, dans la vie, sont plutôt timides et réservés.

M.R. : Le tournage des Gendarmes et les extraterrestres a débuté après son premier infarctus. Pourtant, il semblait en pleine forme, très heureux de tourner. On s’entendait à merveille ! Par contre, si un technicien venait lui expliquer comment faire tel ou tel truc, alors là ça passait moyen.

F.D. : Intégrer cette joyeuse brigade tropézienne vous a séduits ?

P.P. : Oh que oui ! Je n’ai participé qu’au dernier volet, mais c’était pour moi l’occasion d’entrer dans une forme de cinéma festive, dont les films font aujourd’hui partie du patrimoine culturel comique français. Et quel honneur d’aborder cet univers aux côtés de Louis de Funès, Michel Galabru, Claude Gensac et les autres. Par contre, je ne me doutais pas que toutes les générations suivantes continueraient d’apprécier Les gendarmes. Je reçois encore du courrier venu de l’Europe entière. Après tant d’années, c’est fou !

M.R. : On était à Tahiti-plage à longueur de journées avec les copains, on faisait de la planche à voile, en attendant d’être appelés pour les prises. Mais on ne s’éloignait jamais trop quand même, car si Louis avait une idée, ce qui arrivait assez souvent, il fallait être là. Avec Michel, Grosso et Modo, je peux vous dire que ce n’était pas triste !

“Habillés en gendarmes, quand des touristes étrangers nous demandaient leur chemin, on les envoyait à l’hôpital, alors qu’ils cherchaient l’hôtel Byblos”, raconte Patrick

F.D. : Avez-vous regretté que cette saga s’arrête ?

P.P. : Bien sûr ! Personnellement, j’ai perdu beaucoup avec le décès de Louis. C’était quelqu’un que j’aimais, respectais et admirais. Et on avait des projets ensemble. Sa disparition a laissé un grand vide et envisager un nouveau Gendarme sans lui semblait impossible ! Un temps, une pièce de théâtre avait été proposée aux « rescapés », Michel Grosso, Maurice et moi-même, mais on n’en a plus jamais entendu parler.

M.R. : Je pense qu’ils avaient épuisé le filon. Même si aujourd’hui, je trouve que tout ça n’a pas beaucoup vieilli. Sauf les looks qui nous replongent dans les années 70, mais la connerie humaine, dont Louis s’inspirait beaucoup, est éternelle.

F.D. : Quels souvenirs gardez-vous de ces tournages ?

P.P. : La maladie de Jean Girault, le réalisateur, a plombé l’atmosphère. Atteint de tuberculose, il a maigri à vue d’œil. Il est mort six mois avant Louis, qui avait déjà eu son alerte. Ses médecins lui avaient pourtant conseillé de lever le pied, ce qu’il avait beaucoup de mal à respecter. Mais à la différence de Jean, Louis a pu donner le change jusqu’au bout. Sinon, ça a été un rêve ! Ce tournage nous donnait la possibilité de vivre notre métier comme une récréation, dans des conditions géniales ! Il y avait une telle aura autour de ce film, que les producteurs l’avaient vendu dans l’Europe entière, avant même qu’on ne donne le premier tour de manivelle, juste sur le succès des précédents.

M.R. : C’est vrai que la fin du dernier tournage a été assez pénible, avec la maladie de Jean, et Louis qui n’était plus au mieux. C’est d’ailleurs le premier assistant-réalisateur, Tony Aboyantz, qui a fini le film. Aujourd’hui, nous sommes les derniers de la liste. Ce n’est pas très gai, mais pas triste non plus, car on aura laissé une petite trace. On reverra ces films encore longtemps, je pense, et c’est une chose très positive de laisser des rires derrière soi.

F.D. : Vous ne devez pas manquer d’anecdotes à raconter ?

P.P. : Bien sûr ! Je me souviens notamment que lorsqu’on était habillés en gendarmes, avec Maurice, il y avait souvent des touristes étrangers qui nous demandaient leur chemin. Comme on avait un esprit potache, on adorait les envoyer à l’hôpital, alors qu’ils cherchaient l’hôtel Byblos. Une fois, on tournait la nuit une scène entre Galabru et de Funès, avec tout le reste de la brigade en arrière-plan. On n’avait pas grand-chose à faire, et les prises se multipliaient. À tel point que je m’étais assoupi quand, soudain, j’ai brusquement été réveillé par le cri d’un assistant : « Coupez ! » Quelqu’un s’est alors exclamé : « Mais qui ronfle comme ça ? » Sinon, je me rappelle aussi que notre fille Laura, qui avait 4 ans à l’époque, a pris sa « première cuite » à Saint-Tropez. Avec ma femme, on avait organisé un dîner chez nous avec tous les copains, Galabru, de Funès, Grosso, Modo, Risch… Et après avoir sablé le champagne, nous avons souhaité leur faire visiter notre appartement. Mais, de retour au salon où nous avions laissé la petite, on a senti que quelque chose clochait et qu’elle avait les yeux ronds comme des billes. On a alors vite compris qu’elle s’était sifflé le fond de nos coupes. Assez mignon comme entrée en matière ! On a tourné entre fin avril et début juillet, et les touristes n’étaient pas encore là, donc on jouait aux boules avec les gars du coin. Connus comme le loup blanc, on était les hôtes de toutes les plages et tous les restos. Saint-Tropez, c’était nous !

M.R. : Un jour, on était dans un train avec Galabru, en partance pour se faire introniser Chevalier du Tastevin à Dijon, quand une dame entre dans notre compartiment et se tourne vers moi : « Pourriez-vous me signer un autographe, M. Villeret ? » Je lui dis : « Avec grand plaisir, mais je ne suis pas Jacques Villeret ! » Croyant que je me moquais d’elle, elle devient agressive, jusqu’à ce que Michel, de son timbre inoubliable, lui dise : « Écoutez, madame, foutez-lui la paix, vous voyez bien que c’est Maurice Risch ! » Et là, elle se retourne vers Michel : « Bon, vous, monsieur Dufilho, on verra tout à l’heure ! » (rires)

Caroline Berger

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