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Patrick Sébastien : Chanter "Casser du noir" a failli briser sa carrière !

Publié le 9 octobre 2009

Ce n'est pas par hasard si son émission s'appelait "Osons". Mais en ce 23 septembre 1995, le roi de la gauloiserie, Patrick Sébastien a été bien trop loin dans la provocation...Ce n'est pas par hasard si son émission s'appelait "Osons". Mais en ce 23 septembre 1995, le roi de la gauloiserie, Patrick Sébastien a été bien trop loin dans la provocation...

Putain d'automne, tiens ! Déjà, ce n'est jamais très gai pour personne, de voir l'été mourir, mais si en plus la nouvelle saison commence par une tempête, façon tsunami ravageur, alors là, c'est franchement le cauchemar. Un cauchemar dans lequel Patrick Sébastien a plongé tête la première, le 23 septembre 1995, et dont il a bien failli ne pas ressortir vivant - vivant pour la télévision, en tout cas.

Quelque temps auparavant, le patron de France Télévisions, Jean-Pierre Elkabbach, avait lancé ce mot d'ordre à ses animateurs : « Osez !» Alors, l'un des piliers de la concurrence (comprenez TF1), Patrick Sébastien, trouve amusant de le prendre au mot et intitule sa nouvelle émission de rentrée : Osons ! Ça, pour oser, il va oser, Patrick...

D'emblée, le ton est donné, le 23 septembre, pour ce premier direct de la saison : le rideau de fond de scène représente le devant d'un gigantesque pantalon, et Patrick fait son entrée sur le plateau... par la braguette : c'est assez dire à quel niveau on a l'intention de se situer. Mais enfin, hein, puisqu'il faut oser...

->Voir aussi - Patrick Sébastien : Il veut travailler en famille !

Parodie

La première séquence donne le la : on y voit l'animateur au bord d'une route, faire du stop avec une pancarte sur laquelle figure la mention suivante : « Flics = enfoirés ». Et, à quelques mètres de là, deux policiers porteurs d'un panonceau assurant : « C'est vrai ». La suite va crescendo. Il y a ces deux jeunes hommes censés être homosexuels, à qui une petite chorale vient chanter : « Éric et René sont très contents d'êtres pédés / Éric et René sont les plus folles du quartier / Et pour bien nous le prouver Ils vont s'embrasser. »

C'est ce qu'on pourrait appeler, grâce à un jeu de mots assez approximatif mais de circonstance, une simple « mise en bouche ». Car la suite est plus pénible. Quatre véritables prêtres, présents sur le plateau, sont sommés de donner leur avis à propos d'un sketch où l'on voit un faux curé traiter la jeune femme qu'il vient de marier de « Marie Salope », avant de lire une épître de saint Paul concernant la « multiplication des pétasses », puis de chercher à séduire son enfant de chœur !

Notez qu'à ce stade, l'ambiance est encore bon enfant. Sur le plateau et dans le public, le soleil brille, brille, brille et nul ne prévoit quelle vague énorme va bientôt déferler. Pourtant, elle est là, dans les cintres - tu réclamais le tsunami, il descend, le voici.

C'est la séquence suivante qui va tout emporter. On y voit Patrick Sébastien, déguisé en Jean-Marie Le Pen, chanter une parodie du Casser la voix de Patrick Bruel ; laquelle parodie s'intitule finement Casser du noir, dont voici le début du texte :

« Si ce soir j'ai pas envie de rentrer tout seul / Si ce soir j'ai pas envie de rentrer chez moi / Si ce soir j'ai pas envie de fermer ma gueule / Si ce soir j'ai envie d'casser du noir... / J'peux plus croire tout ce qui est écrit sur les murs / J'peux plus voir les étrangers en peinture ...» Et la chanson se terminait par : « Allumez les briquets, on va leur foutre le feu !»

Hallali

Encore, peut-être ce sketch serait-il passé sans trop de remous, si Patrick Sébastien s'était contenté de l'interpréter. Seulement, voilà, il a « osé » un truc de trop, en ayant l'idée d'aller le faire visionner, chez lui, par son vieux complice Olivier de Kersauson, à Jean-Marie Le Pen lui-même. Et les téléspectateurs de découvrir le président du Front national, hilare devant cette caricature de lui-même !

Le sketch se termine sur un Jean-Marie Le Pen aux anges, et sous les applaudissements du public, dans le studio. Puis... plus rien ! Coupure de pub ! On est sur TF 1, n'est-ce pas...

Lorsque Patrick Sébastien reprend l'antenne, on sent comme un flottement parmi ses invités et certains de ses co-animateurs. Un peu plus qu'un flottement, pourrait-on dire : Karl Zéro sourit franchement jaune et va même jusqu'à demander à Patrick si, réalisant une telle séquence à propos de Le Pen, il n'a pas « l'impression de lui servir la soupe ».

« Les gens, c'est pas des cons ! » tranche l'animateur qui-ose, certain ( et sans doute très honnêtement ) d'avoir fait un sketch contre les idées supposées du Front national, et non en leur faveur.

Du reste, l'émission se déroule ensuite jusqu'à son terme, et avec un succès énorme puisque ce premier numéro d 'Osons ! aura finalement attiré près d'un téléspectateur sur deux. Bref, c'est le triomphe...

Mais, dès le lendemain matin, c'est la curée. L'hallali. Le lâcher de meute en terrain découvert. Dans son édition du 24 septembre, Le Parisien consacre à l'émission de Patrick Sébastien une page entière... mais aux trois quarts blanche ! En expliquant simplement dans un petit encadré pourquoi ils ont décidé de n'en pas parler. Dans les autres quotidiens, les qualificatifs volent bas : vulgaire ! obscène ! racoleur ! émission de beauf ! On en passe, et des moins gentils...

Mais le plus grave, c'est lorsque des associations aussi bien établies que le Mrap et la Licra portent plainte contre Patrick Sébastien et contre TF 1 pour provocation à la haine raciale. Eux aussi, ils « osent », et plus question de rigoler.

Patrick lui-même a beau hurler au mauvais procès, invoquer les précédents de Guy Bedos et de Coluche, rien n'y fait : une partie de la France, en tout cas de celle qui écrit dans les journaux et parle à la radio, ne voit plus en lui qu'un immonde raciste et tient à lui faire payer aussi cher que possible son « dérapage ».

Il n'est pas jusqu'à certains de ses invités, présents sur le plateau, qui se désolidarisent publiquement de lui, tels Nicoletta ou Gérard Hernandez - sans parler de Karl Zéro, qui persiste et signe les jours suivants, dans plusieurs interviews.

Certes, Patrick peut compter sur l'appui des dirigeants de TF 1, notamment Patrick Le Lay et Étienne Mougeotte. Mais dans ce cas, on ne se prive pas d'ironiser en laissant entendre que ce qu'ils protègent, ce sont surtout leurs parts de marché...

Il y a Guy Bedos, aussi « enrôlé » par Patrick pour lui servir de pare-feu, en quelque sorte. Cinq jours après l'affaire, dans une interview à Libération, Guy monte au créneau, d'accord, mais avec de très sérieuses réserves :

« Je pense que Sébastien est un très bon animateur. L'un des meilleurs depuis Le Luron. Pour le reste, ses émissions, la façon dont il les anime, le côté franchouillard, j'ai toujours trouvé ( mais il en faut pour tous les goûts et les dégoûts ) qu'il y avait un peu beaucoup de gras dans le jambon. [...] À mon avis, le Mrap et la Licra se plantent en attaquant le texte de Sébastien. Pour moi, le plus grave, c'est le contrechamp sur Le Pen. »

Amende

On pourrait rêver plus ferme et plus enthousiaste, comme soutien ! D'autant que Guy Bedos a peut-être raison lorsqu'il dit que les deux associations antiracistes se « plantent ». Il n'empêche que, suite à leur plainte, Patrick Sébastien sera condamné, le 12 mars 1996, à 30.000 francs d'amende ( environ 4.500 euros ), et Patrick Le Lay également !

Dans l'intervalle, le 20 novembre, c'est un Patrick Sébastien profondément écœuré par ce qu'il a toujours considéré comme une injustice qui avait annoncé qu'il mettait un terme définitif à sa carrière d'animateur. Tous ceux qui, depuis, ont suivi, aimé et applaudi ses diverses émissions de télé savent bien que, fort heureusement, il est ensuite revenu sur cette décision.

Mais, depuis « Osez ! », Patrick Sébastien y regardera à deux fois.

 Didier Balbec

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