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Patrick Sébastien : Dévasté par son éviction !

Publié le 6 mars 2019

Après vingt-trois ans de bons et loyaux services, Patrick Sébastien enregistrait sa dernière émission pour le service public.

Chez les sportifs de haut niveau, on appelle ça la « petite mort ». Ce jour à jamais gravé dans leur mémoire où ils entrent pour la dernière fois sur un terrain, sous les applaudissements nourris d’un public enthousiaste, presque aussi ému qu’eux à l’heure des adieux.

Bien sûr, dans leur cas, ces instants d’éternité surviennent alors qu’ils sont encore jeunes, trentenaires affûtés quittant la scène en pleine gloire avec, devant eux, plusieurs décennies pour se construire une seconde existence, peut-être tout autant remplie mais rarement aussi excitante que la première. Mais sachez que des animateurs bien plus âgés connaissent la même émotion lorsqu’ils se présentent pour leur ultime prestation sous les feux des projecteurs. Chaque geste routinier, de la séance de maquillage à l’entrée sur le plateau, ces rituels qu’ils ont vécu tant de fois, prend soudain un sens liturgique : chaque seconde se charge d’émotion lors de cette émission devenue cérémonie.

Ces moments uniques, Patrick Sébastien vient de les vivre, à 65 ans, lors du 91e et dernier enregistrement de l’un de ses ­programmes fétiches, Les années ­bonheur, dans les studios de la Plaine Saint-Denis, en proche banlieue parisienne. Un événement qui sera diffusé entre mars et juin sur France 2.

Quand on connaît le caractère de cette star du service public, on sait qu’il n’était évidemment pas question de transformer ce rendez-vous en enterrement de première classe. « On est là pour faire la fête, a déclaré cet éternel Monsieur Loyal devant, entre autres, un journaliste du quotidien Le Parisien. Et aussi histoire de leur filer des regrets à ces… ! Ah, je suis chaud ce soir ! » Des propos laissant filtrer l’amertume que peut aujourd’hui nourrir ce saltimbanque envers les hauts responsables de France Télévisions qui l’ont évincé sans ménagement, après vingt-trois ans de bons et loyaux services, en refusant de renouveler son contrat.


« C’est une page de l’histoire qui se tourne, a-t-il déclaré dans les colonnes de notre confrère. J’ai juste envie de faire une belle émission. Et de profiter. Ce sont des instants magiques. » Son beau sourire s’efface pourtant lorsque l’un des invités lui fait remarquer que sa patronne, Delphine Ernotte, brille par son absence.

« Tant mieux, elle m’aurait gâché la fête ! », s’exclame Patrick qui ne parvient pas encore à oublier le traitement de choc infligé par celle qui s’est assignée pour mission d’écarter « les mâles blancs de plus de 50 ans » du petit écran. L’animateur a eu le malheur de correspondre à ce portrait-robot. Ses audiences, toujours très élevées, n’étaient pas en cause, mais sa « vulgarité » supposée dérangeait. En clair, l’ère du divertissement populaire qu’il incarnait si bien est terminée.

Pourtant, à l’heure des adieux, si Patrick, avec son blouson en cuir orné d’une inscription de circonstance, The King (le roi), s’efforce de donner le change, il s’épanche un peu malgré tout, toujours dans Le Parisien : « Des larmes ? Il y en aura peut-être chez les gens, admet-il. Moi je les garde à l’intérieur. J’en ai déjà 6 litres. » L’amuseur ajoute avoir « mal au bide » depuis deux mois, et qu’après lui avoir fait passer une batterie d’examens, de la fibroscopie à la coloscopie, son médecin lui a demandé si sa douleur ne venait pas de France 2…

Une cigarette à la main, claquant la bise à tous ceux qu’il croise en coulisses, Patrick semble toutefois presque soulagé de retrouver enfin sa liberté d’expression après des mois de souffrance : « Dès que tout ça sera fini, je vais pouvoir dire ce que je pense, promet-il. Si vous saviez comme je me retiens… » Pour cet ultime rendez-vous, l’animateur s’est offert un plateau de rêve avec, entre autres, Serge Lama, Hugues Aufray, Gérard Lenorman et Chico, l’ancien leader des Gipsy Kings.

Ce dernier n’a pas oublié ce qu’il doit à l’homme qui a cru en lui avant les autres : « C’est le premier à m’avoir donné ma chance, se souvient le musicien. Le public a une vraie affection pour lui. Les gens m’arrêtent pour me demander ce qu’il va devenir… Mais je ne suis pas inquiet pour lui. »

À sa table, « Patoche » est entouré de ses éternels complices : Didier Gustin, Willy Rovelli, Sophie Thalmann et Vincent Lagaf’, qui sait, pour l’avoir vécu, ce que son ami de trente ans peut éprouver en cet instant. « Quand ça s’arrête, c’est très violent, explique l’ancien maître du Bigdil. Heureusement, Patrick a la scène [avec son one-man-show, Avant que j’oublie, ndlr]. »

Et s’il embaucherait sans hésiter son pote, pour peu que l’occasion se présente, Vincent lui donnerait aussi un conseil au préalable : « Je lui dirais de fermer sa gueule. L’époque a changé. » Une évidence que l’intéressé, pourtant guère adepte du « politiquement correct », semblait avoir intégrée, à en juger par son discours d’adieu qui remerciait, en présence de sa femme et de sa petite dernière en larmes, d’abord le service public de lui avoir fait confiance, puis ses musiciens, artistes, techniciens, musiciens et danseurs, qu’il quitte « avec une infinie tristesse ».

Mais une fois de retour dans les loges, Patrick est redevenu lui-même : « Rendez-vous dans un an et demi au même endroit. Quand les patrons de France Télé auront changé ! » Preuve que, pour ce combattant, la guerre n’est pas terminée, et encore moins perdue…

Laurence PARIS

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