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Patrick Sébastien : "Et si j'étais le résultat d'un viol ?"

Publié le 24 avril 2009

Un soir, ils se sont mis à trois pour"coincer" Dédée Jusqu'à son dernier souffle, elle a fait un mensonge d'amour à Patrick Sébastien. Mais, finalement, sa tante lui aurait fait comprendre la terrible vérité. Derrière ses airs bravaches, sa gouaille et son côté dur à cuire, Patrick Sébastien garde au coeur une blessure qui ne guérira pas. Celle qui le hante et entoure depuis toujours le mystère de sa naissance. Celle d'un petit garçon, dans un village du Lot, qu'on appelait « le bâtard ». Celle d'un enfant devenu grand et célèbre, mais qui, derrière ses imitations, ses déguisements, cet incroyable talent à devenir un autre, aura été, au fond, toute sa vie, en quête d'identité... À la recherche d'un père.

Parfois, il s'en défend : « À vrai dire, ce n'est pas si important que ça !» Il revendique, même cette bâtardise : « La clé de l'amour absolu qui me lie à maman » écrit-il dans Tu m'appelles en arrivant ? ( Florent Massot Éditions ).

Parfois aussi, il avoue espérer une réponse : « Aura-t-elle la lucidité à la toute fin de sa vie de me donner, sans l'ombre d'une contestation, le nom de celui qui est responsable de la mienne ?» écrit-il alors.

->Voir aussi - Patrick Sébastien : Il ne veut pas mourir comme sa mère

Pourquoi Dédée aurait-elle menti à Patrick sur l'identité de son père ? « Toute ma vie, ma mère m'a dit : " c'est untel" », explique l'artiste dans Thé ou café sur France 2. En l'occurrence, Henri, le boucher célibataire du village, qui, bizarrement, ne le reconnaîtra jamais comme son fils. Une version à laquelle Patrick croit pourtant, puisque sa mère l'affirme...

Mais secrètement les questions l'assaillent. D'ailleurs, enfant, il se trouve plus de points communs avec la faconde d'Amédée, un séduisant rugbyman : « Son neveu gagne même sa vie en étant un de mes sosies officiels », confie-t-il, s'autorisant pour la première fois dans son livre à enfin exprimer tous ses doutes.

Car à quoi bon garder le secret ? À 55 ans, Patrick a désormais plus que jamais besoin de connaître la vérité. « Aujourd'hui, Amédée est mort, le boucher aussi, et maman ne lira pas ces mots », écrit-il tristement, avouant n'avoir pas tenté, quand il était encore temps, quelque analyse ADN à l'insu de sa mère : « Ça aurait été la trahir et ma conscience ne m'en a jamais donné le droit. »

Mais, en ce mois de novembre 2008, alors que Patrick et sa famille vivent des instants terribles au chevet de Dédée, la douleur et la fin si proche incitent à lever une partie du voile, délivrant d'un secret trop lourd la tante de Patrick, surnommée Pépée. C'est elle qui lui révèle en effet l'impensable : « Ils l'ont coincée un soir à plusieurs ...» lui dit-elle.

« Elle se serait fait " coincer " par trois mecs », confirme Patrick sur France 2. Alors, la question fuse, violente : « Et si j'étais le résultat d'un viol ?»

Un seul l'aurait forcée, comprend-il, éberlué. Mais Pépée n'est pas sûre, intimement convaincue de la paternité du dénommé Raymond, artiste dans l'âme, bon imitateur, un homme marié, mort aujourd'hui, que Patrick a connu et dont la ressemblance l'avait par le passé, fait douter lui aussi...

Confidence

Soudain, les souvenirs et les détails enfouis remontent à la surface, s'emboîtant comme les pièces d'un puzzle. Tout comme apparaît naturelle la logique d'une mère cherchant à protéger son petit. « Pour mon équilibre futur, c'était [ le boucher, ndlr ] le moins pire », écrit-il. Et il ajoute, dans son interview télévisée : « Elle a choisi celui qu'elle aimait parce que c'était possible. »

Et puis, pour Patrick, vient bientôt une autre confidence, faite cette fois par sa tante, la sœur de sa mère : « Il m'est arrivé souvent de regarder des films à la télé avec maman. Il y en a deux qu'elle ne supportait pas : Dupont Lajoie et surtout L'été meurtrier », se rappelle-t-elle. « Une violence collective de campagne pratiquement calquée sur ce qu'il est possible qu'il lui soit arrivé », échafaude Patrick, au désespoir.

Les questions se bousculent, les hypothèses, et avec elles, encore des incertitudes qu'il veut lever désormais, puisque Dédée n'est plus : jusqu'au bout, celle-ci aura soutenu la version « officielle ». Du reste, Patrick ne l'aurait pas imaginée avouer une autre histoire. Reste que les révélations ont ouvert une brèche : « Une sensation étrange et nouvelle. Un vide brûlant [...] Et s'il y a, en plus, dans sa mémoire, cet abominable secret, j'en ai encore plus d'admiration pour elle. [...] Andrée Boutot, dite " Dédée", femme de générosité et de compassion », a-t-il fait graver en épitaphe.

Quoi que Patrick Sébastien découvre dans les mois à venir, cette maman-là restera pour toujours sa « plus belle histoire d'amour ».

Laurence Delville

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