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Patrick Sebastien : "Faire, c'est ma manière de rester vivant !"

Publié le 17 juin 2021

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À 67 ans, ce touche-à-tout devient rédacteur en chef et nous offre son magazine, “Jeux vous aime”. Rencontre avec Patrick Sebastien, le boulimique de la vie…

 « La télé, c'est derrière moi ! » Pour autant, l'ancien joyeux drille du Paf fourmille de mille et un projets : d'une pièce de théâtre, Louis XVI.fr, à un nouvel album, La France autrement, en passant par son vin Partage, un scénario de série, des bouquins, divers galas et sans oublier, bien sûr, son magazine Jeux vous aime ! Tour à tour, animateur, écrivain, imitateur, chanteur, humoriste, poète, réalisateur, compositeur, producteur, c'est avec tout autant de bonheur qu'à 67 ans, le p'tit gars de Brive-la-Gaillarde s'improvise aujourd'hui rédacteur en chef d'un magazine de presse écrite. Le n° 1 paraît ce jeudi 17 juin et c'est un vrai régal ! Mais, c'est bien Patrick qui en parle le mieux…


Patrick Sébastien : Je suis très heureux, car ce magazine rassemble tout ce qui me correspond. De la résistance face à cet air ambiant tellement chargé de pessimisme, de jugement, de violence, etc. Nous, nous sommes exactement dans le contraire de tout ça, et c'est ça dont les gens ont besoin. Ils rêvent d'un rayon de soleil et c'est nous leur rayon de soleil ! Ce magazine, c'est à la fois de la détente avec les jeux et un discours bienveillant. Entre cette pandémie qui nous a plombés pendant un an et demi et les politiques qui s'apprêtent à partir en campagne, il fallait bien se sortir un peu de tout ça. Et ce magazine est là pour ça. Une chouette fenêtre d'aération, je dirais même un médicament qui devrait être remboursé par la Sécu !

FD : Qu'est-ce qui vous a séduit dans cette aventure ?

PS : Ce mélange entre les jeux, mon amour des mots et le côté rédactionnel dans lequel je peux exprimer les valeurs que je défends depuis toujours, à savoir la bienveillance, l'optimisme et l'espoir. Qu'on me donne la chance de m'exprimer à la fois dans un édito, un poème, des souvenirs, choisir les thèmes, traiter de la résilience, de la synchronicité, des pays où il fait bon vivre… Tout ça me ressemble vraiment.

FD : Êtes-vous content du résultat ?

PS : Très, ça correspond à ce que j'attendais. On l'améliorera au fil du temps, mais en tout cas, notre ligne éditoriale va dans le sens des attentes de beaucoup de gens que je croise. Ceux qui en ont marre des clashs, des pressions, des jugements, du paraître, etc. Il y a une autre France qui elle est généreuse, partageuse, qui aime se détendre et en a ras-le-bol de la méchanceté gratuite, des débats où les gens s'insultent, des anonymes sur les réseaux sociaux qui déversent leur fiel… Ceux-là sont très nombreux, en quête d'autre chose, et c'est ce qu'on va leur offrir !

FD : C'est vous qui avez trouvé le titre ?

PS : Alors exceptionnellement, non. D'habitude, c'est souvent moi qui trouve les titres, mais là, c'est Yves Quitté, le rédacteur en chef adjoint. Néanmoins, je le trouve super. Et ce sera une belle occasion de dire au mec du kiosque à journaux : « Jeux vous aime ! » Comme on ne se le dit jamais assez, c'est parfait.

FD : Il sort ce 17 juin, irez-vous l'acheter ?

PS : J'espère surtout que les gens iront et que ça leur fera autant plaisir que j'en ai eu à le faire. Qu'ils aimeront mes mots croisés, l'astuce de mes définitions, et aussi les entretiens, comme celui avec Jean Dujardin que je trouve formidable, les rubriques telles C'est quoi le bonheur ?, Ça ne marchera jamais ou Deuxième vie, qui sont de vrais messages d'espoir. Sans oublier les citations, l'origine des expressions, les aphorismes, les bons mots… Tout pour se détendre, et je crois que c'est le moment de se détendre.

FD : Vous avez réalisé un grand nombre des mots croisés. Vous souvenez-vous de votre toute première grille ?

PS : Oui, je devais avoir 14-15 ans et j'ai participé au championnat de France des mots croisés. Et je peux vous dire qu'à l'époque, il n'y avait ni dictionnaire de mots croisés, ni portable, ni Internet pour s'aider… Donc vous voyez, mon amour des mots croisés remonte à très loin, tout comme mon goût des mots, de la langue. L'autre jour, quelqu'un m'a dit que mes grilles, c'était du Michel Laclos moderne, un compliment qui m'a énormément touché, tant cet homme était mon maître.

FD : D'où vous vient justement cet amour des mots ?

PS : D'abord sûrement du fait de ma bâtardise. J'ai très vite compris que si je voulais m'en sortir, il fallait que je fasse des études. Ma mère travaillant à l'usine, on ne roulait pas sur l'or, donc je me devais de bosser à l'école. J'aurais pu mal tourner, tomber dans la violence, la délinquance… mais non, j'ai rapidement su que la culture était un bel outil et je suis tombé amoureux des lettres. Je suis jaloux de ceux qui manient les mots avec brio, tels Cyrano de Bergerac, Pagnol, Audiard, etc. Et puis, ma solitude de gamin a aussi beaucoup nourri mon imaginaire. Il n'y avait rien de plus simple que prendre une feuille, un stylo et écrire.

FD : Qu'écriviez-vous à cette époque ?

PS : Plein de choses. Le journal du lycée, des poèmes, des petites BD, des portraits… J'étais en création permanente. Des trucs plutôt optimistes en général car, tous ceux qui ont eu la chance de passer par les années 70 vous le diront, cette période était magique. On n'était pas bouffés par la télé, les réseaux sociaux, les jugements, la violence. On n'était pas dans un tribunal permanent, il y avait une vraie joie de vivre. Aujourd'hui, et c'est ce que je regrette, tout le monde juge tout le monde. Jadis dans mon village, il y avait trois petits vieux assis sur un banc qui jugeaient tous les autres mecs qui bossaient ; maintenant il y en a deux cents sur le banc, et trois qui bossent ! Et puis, à l'époque, on n'avait pas honte. Aujourd'hui, tu regardes Les Victoires de musique, tu as honte de faire du populaire. Alors que cette musique a toujours fait partie de la vie des gens, et continue ! Moi, mes chansons passent dans les anniversaires, les mariages et même les enterrements !

FD : À l'école, vous deviez être bon en français ?

PS : Oui, j'ai passé le bac en candidat libre, parce que je m'étais marié à 16 ans, et, en français, j'ai eu 17 à l'oral, 17 à l'écrit. Là-dessus, je suis entré en fac de lettres, car je voulais être prof. Mais comme il fallait que je nourrisse ma femme et mon gosse, que la fac était à près de cent bornes et que j'étais pion en même temps, j'ai tout arrêté pour travailler. Néanmoins, j'ai toujours gardé l'amour des mots, avec ce côté populaire. Dans notre pays, on s'imagine que faire des études correspond à être intelligent, ce qui est complètement faux ! Plein de gens n'ont pas une culture extraordinaire, mais écrivent merveilleusement bien.

FD : Quelle matière détestiez-vous ?

PS : Les maths ! Mais, ça ne m'a pas empêché d'exister et de réussir ma vie. J'ai un esprit logique, mais pas mathématique. Les chiffres m'emmerdent autant que les mots m'enchantent. Je suis artiste, j'aime la poésie. Je suis capable d'improviser des alexandrins, là tout de suite, pendant dix minutes. Écrire est ma vie. Je ne peux pas passer une seule journée sans écrire quelque chose. Là je suis à mon bureau, devant mon ordi et la campagne, c'est là que je me sens le mieux. Et sur scène. Mais, l'univers de la télé a aujourd'hui tellement changé que je ne regrette pas de ne plus y être. Un monde de faux-semblants, qui érige au rang de star des gens qui ne le méritent pas, où tu n'as plus aucune liberté d'expression… En l'état actuel, ça ne m'intéresserait pas du tout d'y rebosser. Sur une scène, en revanche, dans mes grilles, ou, aujourd'hui, le magazine, je dis ce que je veux ! Personne ne m'a dit : « Enlève ça, change ça, ne fais pas comme ça… ! » La télé était un instrument populaire, elle est devenue un tribunal.

FD : Vous devez vous languir de remonter sur scène ?

PS : Le plus vite possible ! Mais le problème, c'est le Covid. On se retrouve avec trois galas cet été, alors qu'on devait en faire plein, car les préfets sont frileux. Les contraintes sanitaires sont tellement drastiques que tout le monde freine des quatre fers. Pourtant, la pièce mise en scène par Olivier Lejeune de Louis XVI.fr est top ! En gros, c'est moi en Louis XVI, un 14 juillet, au milieu des gilets jaunes, et c'est très drôle. Il faut venir me voir en costume, je peux vous assurer que ça vaut le coup. En tout cas, moi, ça m'éclate ! Par contre, plein de dates sont signées pour la rentrée… Au vu de tout ça, je me dis d'ailleurs qu'il va falloir que je fasse gaffe à ma santé !

FD : Oui, vous ne seriez pas un peu boulimique d'activités ?

PS : Complètement. Mais, autrement, je meurs. Les gens comme moi n'existent que comme ça. Je n'ai jamais pris de vacances, je ne sais pas ce que c'est. Les vacances, c'est mon travail. C'est comme ça que je me sens vivant ! Quoi que je fasse, c'est à chaque fois mon arbre de Noël. Et si, gamin, on m'avait dit que je ferais tout ça… En fait, je me fais des cadeaux toute l'année. Et ce n'est pas pour la rentabilité, juste pour le plaisir de faire. Alors certes, la télé s'est arrêtée, mais ce n'est pas une fin, c'est juste le début de plein d'autres choses. Ma mère me disait d'ailleurs : « Ce n'est jamais la fin de quelque chose, c'est toujours le début d'autre chose », et c'est exactement ça. Il y a tellement de gens qui passent leur temps le cul assis sur une chaise à juger ce que font les autres, mais qui eux ne font rien. Ils ne connaissent pas le bonheur de faire, tant pis pour eux. Moi, c'est ma manière de rester vivant. Faire ce qu'on a envie de faire au moment où on a envie de le faire, c'est la liberté !

Caroline BERGER

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