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Patrick Sébastien : Il révèle le bouleversant calvaire de sa mère !

Publié le 10 décembre 2019

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© BESTIMAGE Patrick Sébastien

Vouant une admiration sans borne à Andrée, sa maman, Patrick Sébastien raconte le dur combat de cette fille mèreà laquelle il doit tout.

Alors qu’il enchaîne les interviews pour la promotion de son nouveau livre, Sans chaînes, et de son album, Entre nous, l’humoriste, chanteur, écrivain, bref, l’artiste multicasquettes nommé Patrick Sébastien se laisse aller à des confidences très intimes révélant sa profonde part d’humanité.

Cet « autre lui-même », Patrick s’était jusque-là efforcé de le cacher sous des dehors de joyeux drille toujours prompt à faire tourner les serviettes. Évincé de France 2 il y a quelques mois, il aurait pu sombrer dans la déprime et ruminer son cafard… Eh bien non ! Ce n’est pas le genre de la maison. Au contraire, cette rupture soudaine lui a fait l’effet d’un électrochoc. Il n’a jamais été aussi occupé ! Une hyperactivité qu’il a justifiée en reprenant une phrase de Jacques Brel au micro d’Élodie Suigo, sur les ondes de France Info : « Si on ne se bat pas, si on n’est pas debout, on est mort. Un homme, à n’importe quel âge, il doit faire plein de choses, tenter autre chose. » Bien dit ! Le roi de la chanson festive citant Jacques Brel, avouons tout de même que le rapprochement a de quoi surprendre… L’homme avait bien caché son jeu !


Pourtant, la grande chanson française, il est tombé dedans tout petit. De fait, quoi de plus normal que de sortir un album qui rende hommage à tous ces immenses artistes qui ont bercé ses jeunes années : Aznavour, Nougaro et le grand Jacques, bien sûr. À 66 ans, chanter Les Sardines, ça ne pouvait plus durer ! C’était maintenant ou jamais. « C’est une part de moi que je n’ai pas exploitée, car je n’avais pas la maturité nécessaire, et puis j’avais envie de m’amuser. » « C’est un autre moi », poursuit-il. Ce « saltimbanque », comme il aime à se définir, n’en serait jamais « arrivé là » sans l’aide de celle à qui il dit tout devoir : sa maman. « C’est la femme de ma vie », avoue-t-il avec tendresse dès qu’on évoque Andrée, cette mère courage qui lui a donné envie de se battre.

Dès sa naissance, il arrive sur cette terre avec un sacré handicap : son père a foutu le camp ! Dans les années 50, près de Brive-la-Gaillarde, c’est encore un peu le Moyen Âge, et l’étiquette du « bâtard » lui colle à la peau : « On m’a mis de côté pour un truc dont je n’étais pas responsable », raconte-il dans son nouveau livre, Sans chaînes. Sa mère le met au monde alors qu’elle n’a que 17 ans. Et à cette époque-là, à la campagne, une fille mère était mal vue. Il doit donc encaisser les moqueries de la cour de récré.

Les coups pleuvent dru pour le « bâtard ». « Va te plaindre à ton père, tu n’en as pas ! » lui lancent, cruels, les autres élèves. Plutôt que d’encaisser sans broncher, celui qui est considéré comme le « vilain petit canard », le « mouton noir », relève la tête, riposte, et prend la défense d’Andrée.

Rien de mieux que l’adversité pour s’endurcir et se forger un mental d’acier ! Il confesse volontiers aujourd’hui : « C’est très compliqué, mais en même temps, quel beau moteur, je ne serais pas là autrement. »

À Juillac, commune de Corrèze située à une quinzaine de kilomètres de Brive, sa mère est la proie des ragots. On la considère comme la traînée du village. En « châtiment de son crime », les gens du coin l’insultent, la bannissent. « J’ai pris ça dans la gueule, moi, quand j’étais gamin. Ça fait mal pour elle, pour moi. Mais ça motive. » Femme courageuse, Andrée se lève aux aurores pour aller travailler dans une usine de pommes après « s’être tapé 22 bornes à vélo ».

D’autres se seraient plaintes, pas elle ! Cette travailleuse acharnée doit soulever le jour durant des caisses de pommes pour un salaire de misère. « À la fin de la journée, ça faisait des tonnes ! » Malgré un accouchement prévu le 14 novembre, le 12, elle est encore à l’usine ! Son patron, « un type formidable », doit la renvoyer chez elle en lui disant : « Barre-toi. Va accoucher ! » tant la jeune fille est dévouée à sa tâche.

À la maternité de Brive, son état de mère célibataire lui vaut d’être mise à l’écart avec une autre femme dans le même cas. « Elles étaient deux dans une chambre à part », confie Patrick. Considérées comme des moins que rien, pour avoir fauté en dehors du mariage, ces pauvres filles vont y faire l’objet d’un traitement très spécial comme le dévoile l’artiste. Son bébé mis au monde, Andrée doit servir de cobaye ! « On a testé sur elle des produits antiseptiques avant qu’ils soient administrés à des femmes “bien” », précise-t-il. Pour les religieuses qui dirigeaient la maternité, ce sort cruel était « normal », tout comme celui de l’accoucher un jour après terme pour qu’elle expie son péché. « Elle a fauté ; il faut qu’elle souffre », disaient ces « sages » femmes.

En âge de comprendre tout ce qu’avait dû encaisser sa mère adorée, Patrick en a été révolté. « Ça m’a rendu féministe, concède-il. J’ai une reconnaissance infinie pour ma mère. Dès le départ, j’ai compris qu’elle endurait ça pour que je puisse manger, vivre, tout simplement. » Pour que son petit Patrick ne manque de rien, elle ne chôme pas. Après ses journées à l’usine, elle fait des ménages à Brive chez des notables qui la considèrent comme une fille « volage » et se permettent de lui mettre la main aux fesses. Quand elle rencontre Camille, un garçon gentil, qui a en tête de l’épouser, elle sent qu’elle tient sa revanche. Patrick n’a que sept ans, mais le souvenir cuisant d’avoir été en disgrâce ne le lâche pas. Il redouble d’efforts pour surpasser à l’école tous ceux qui l’ont hier traîné dans la boue. Sa maman est devenue une femme respectable et lui, le premier de la classe !

À la récré, maintenant, on le jalouse… Il s’endurcit encore un peu plus en pratiquant le rugby. Jeune homme, il monte à Paris pour y débuter comme imitateur dans des cabarets à Pigalle et à Montparnasse. « Je me suis dit que j’allais devenir quelqu’un en prenant l’identité des autres », note-il. Sauf qu’avec l’ivresse du succès, il va connaître celle de l’alcool. S’ensuivront dix ans d’une addiction « terrible et fabuleuse » qui le conduit « de trous noirs en contrées lointaines ». Mais un jour, comprenant que ses excès risquent d’avoir sa peau, il arrête tout car il n’est « pas suicidaire ».

La popularité ne lui a jamais fait pas oublier d’où il vient. Il achète à Andrée une maison pour lui rendre « tout ce qu’elle [lui] avait donné en se serrant la ceinture ». Mais en 2008, la maman tant admirée tombe malade. « J’ai vu ma mère, qui était une belle femme et pleine de vie, passer quatre ans recroquevillée dans un lit. Tout mais pas ça ! » La voir souffrir lui arrache le cœur au point d’envisager d’abréger ses souffrances quand les médecins lui annoncent qu’elle est perdue. 

Il le confesse sans tabou : « J’ai voulu aider ma mère à mourir. Il m’a fallu un courage abyssal pour mettre un oreiller sur son visage, alors qu’elle est la personne que j’aime le plus au monde. Ce geste-là, elle m’avait demandé de le faire… Je n’ai pas tenu longtemps, mais j’ai essayé […] Elle est morte quelques heures plus tard avec l’aide de choses qui font que je suis pour qu’on abrège les souffrances. »

C’était en 2008, et Patrick, au bord des larmes en a encore la gorge serrée… « Je suis fier d’être son fils », lâche-t-il avec émotion. Les mots d’un homme à la sensibilité à fleur de peau, ce qu’on appelle un type bien…

Valérie EDMOND

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