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Patrick Sébastien : "Je me bats contre le règne du chacun pour sa gueule"

Publié le 4 juin 2010

Parce qu'il trouve que le monde manque de solidarité et de chaleur humaine, l'animateur Patrick Sébastien a décidé de lancer un mouvement citoyen, le DARD. Et de faire bouger les hommes politiques.

Nous retrouvons Patrick Sébastien dans son bureau parisien. Vêtu d'un jean et d'une chemise claire, l'animateur nous reçoit très chaleureusement. Avant de démarrer l'entretien, il nous demande quelques minutes de patience. Il veut téléphoner à Édith, une dame de 64 ans, menacée d'expulsion.

L'affaire a fait beaucoup de bruit sur le site du Dard*. Patrick souhaite lui dire qu'elle va être reçue par les services de la ville de Nice. Il a demandé à son amie Denise Fabre, adjoint au maire, d'étudier son dossier. Une fois la bonne nouvelle annoncée, Patrick nous dit tout sur son mouvement citoyen.

->Voir aussi - Patrick Sébastien : Il tremble pour son fils

France Dimanche (F. D.) : Le 24 mars vous avez lancé le Dard ( Droit au respect et à la dignité ). Qu'est-ce qui vous motive ?

Patrick Sébastien (P. S.) : C'est quelque chose que j'avais en moi depuis l'enfance. Le fait d'être né bâtard, le fait qu'on ne respectait ni ma mère ni moi. Au lieu d'être revanchard, ça m'a donné la force de me battre pour qu'on respecte les gens, d'où qu'ils viennent. Tu sais, ma mère, quand elle faisait le ménage chez les gens établis, on lui passait la main au cul, et quand elle fréquentait des gitans ou des voyous, on la respectait. Ça m'a marqué. Mon propos n'est pas de dire qu'il y a les méchants riches et les gentils pauvres. C'est le respect et la dignité.

F. D. : La perte de votre maman et l'arrivée d'une petite fille dans votre foyer ont pesé ?

P. S. : Un soir, j'ai regardé ma petite fille dans son lit en train de dormir et je me suis dit : « Je bosse, je lui assure un bon petit nid douillet, mais à quoi ça sert si c'est le bordel autour d'elle ?» C'est vrai que le départ de ma maman a aussi compté. Elle invitait tout le monde, ramassait les « chiens crevés ». Le jour où est elle est partie, c'était comme un signal. Et il y a lui ( Patrick montre un tableau ), Frédéric Dard, un modèle d'humanité, de générosité. D'où le nom de l'association. Ma mère et lui m'ont appris l'amour et le respect de l'être humain.

F. D. : Que défendez-vous avec le Dard ?

P. S. : La solidarité perdue. C'est le règne du chacun pour sa gueule. Tout a été fait par les politiques pour nous isoler, nous monter les uns contre les autres. L'affaire de la burqa, c'est l'exemple type. Les mesures sanitaires comme ne plus fumer dans les restaurants, c'est pour que les gens restent chez eux à regarder la télé. Quand les gens ne se parlent pas, ils ne risquent pas de foutre le bordel. Il faut qu'on réapprenne à se parler. La devise du mouvement, c'est « Efforçons-nous d'être meilleurs ». Il y a plein de gens qui ont cet idéal et qui étaient seuls dans leur coin. J'essaie de les réunir, mais je ne veux pas être un homme politique, je ne me présenterai à aucune élection. Le Dard, c'est un refuge pour tous ceux qui croient en la solidarité, la dignité et le respect.

F. D. : Comment ça fonctionne ?

P. S. : Après leur adhésion, sans cotisation, sur le site, les membres envoient des propositions sur différents thèmes. Tous les mois, je propose aux gens de débattre et de voter. Les propositions plébiscitées sont validées par des experts, qui jugent leur faisabilité. Elles serontsoumisesauxcandidats du deuxième tour de l'élection présidentielle. Je leur demanderai de s'engager sur telle ou telle proposition et de signer un document où il sera stipulé : « Je m'engage sous les deux ans à appliquer telle proposition, sinon je ne suis pas digne de ma fonction. » À mon avis, ils ne le signeront pas !

F. D. : Lancer ce mouvement, c'est une grande responsabilité...

P. S. : J'y vais à un moment où, dans ma vie professionnelle, tout va bien, où l'on ne peut pas me soupçonner de lancer ça pour faire parler de moi. Au contraire, cette histoire ne peut m'apporter que des ennuis. Je me demande même si je vais continuer RTL. Je prends de vrais risques côté boulot. Ma pièce de théâtre, Le kangourou , est refusée par certaines municipalités qui ne veulent pas se fâcher avec l'UMP... Mais le pire ennemi, c'est le découragement. Ça m'est arrivé dix fois de me lever le matin en me disant : « Qu'est-ce que je fais là ?»

F. D. : Qu'est-ce qui vous fait tenir ?

P. S. : Jacques Brel disait : « Un artiste, c'est quelqu'un qui a mal aux autres. » Je ne supporte pas la douleur des autres. La mienne, je m'en arrange. C'est pour ça que j'ai du mal avec mon statut. Mes copains, je les ai toujours, et ils sont restés sur le bord de la route.

F. D. : Comment votre entourage a-t-il réagi quand vous avez décidé de lancer le Dard ?

P. S. : Tout le monde m'a dit : « Tu es fou !» Dans les médias, ça ricane. La presse, à part vous, n'en fait pas écho ! Pourtant, en deux mois, on est déjà 25000. Je suis certain que ce mouvement deviendra mondial, que l'humain sera à nouveau au centre des débats. Je parie que ce sera le thème de la prochaine campagne présidentielle.

* www. le-dard . com

Anéma Isaac

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