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Patrick Sébastien : L’amuseur public cache un intello !

Publié le 5 septembre 2019

Dans son nouvel album, Patrick Sébastien dévoile une facette méconnue de sa personnalité.

Voilà des décennies qu’il incarne avec un égal bonheur le roi de la fête et que ses plus grands tubes figurent sur toutes les playlists des soirées de mariage. 

Alors, certes, ses œuvres ne seront jamais diffusées sur France Musique, mais l’artiste s’en moque comme de son premier refrain. Le jeune retraité du petit écran, qui évoque sans tabou sa sexualité débridée, emploie un langage cru pour répondre à ses critiques et pique parfois des « coups de gueule » aussi homériques que vite oubliés, ne se prend pas pour un autre. Tant pis si cela lui vaut, auprès d’une certaine élite, d’avoir une image, pas si facile à assumer, de « beauf vulgaire ». Celle de l’ancien rugbyman qu’il fut dans le prestigieux club du CA Brive, où le jeune et prometteur troisième ligne ne se distinguait pourtant pas que pendant les troisièmes mi-temps, celles qui se disputent devant les zincs des bistrots.

Antipodes

Cette réputation a sans nul doute pesé dans la balance, lorsque Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions et flingueuse de « mâles blancs de plus de 50 ans » sur les chaînes du service public, a décidé de faire disparaître des grilles de programme Le plus grand cabaret du monde. Il s’agissait de la dernière émission de Patrick, qui la présentait depuis 1998.

Évincé sans ménagement, le saltimbanque se retrouve donc aujourd’hui libre comme l’air. Pourtant, avec Patrick, une chose est sûre : le spectacle continue. D’ailleurs tous ceux qui l’aiment n’ont pas eu à attendre bien longtemps pour le retrouver sur les planches, dans son nouveau seul en scène, Avant que j’oublie.

Et ce showman vient de sortir un album inédit, Le Sébastien nouveau est arrivé. Un titre des plus judicieux à en juger par les propos que l’ex-animateur a récemment tenus dans une interview accordée à notre confrère, Midi libre. Au cours de cet entretien, sans jamais renier son passé ni son amour immodéré pour la bringue, il dévoile une facette insoupçonnée de son personnage, aux antipodes des clichés sans cesse ressassés à son propos. Non Patrick n’a rien du « blaireau » inculte et infréquentable que ses détracteurs se plaisent à décrire à longueur d’articles. On les imaginerait presque se pincer le nez en évoquant son nom ! Non, l’homme de télévision ne fréquente pas que les cavistes et les clubs libertins !

Les chansons de son nouvel album en témoignent. Notamment sa reprise inspirée de Toulouse, le chef-d’œuvre de Claude Nougaro, l’un de ses maîtres en musique, aux côtés de Georges Brassens et Serge Gainsbourg. Trois « chanteurs à texte » qui maîtrisaient les mots.


L’on pourrait croire que, malgré toute son admiration envers eux, Patrick aurait du mal à suivre leurs traces. Eh bien pas du tout, ainsi que l’intéressé l’a expliqué au quotidien régional : « Ma première formation, ce sont les études de lettres, a-t-il précisé. L’image fiesta, je l’ai entretenue exprès, mais on ne peut pas me résumer à ça. J’écris tous les jours. Donc certains textes étaient prêts depuis des années. »

Mais il a d’autres cordes à sa guitare : « Je suis mélodiste. J’écris les paroles et la musique. » Au fond, il semblerait que cet amuseur public ait un point commun avec un autre Corrézien célèbre, que Patrick connaît bien : Jacques Chirac. Jean-Louis Debré, le plus fidèle ami de l’ancien président de la République, le décrivait récemment en ces termes : « C’est un homme du genre à cacher un livre de poésie japonaise derrière un Playboy. » 

Romans

On retrouve chez ces deux bons vivants un certain art de la provocation, un désir de dissimuler leur savoir pourtant bien réel plutôt que de l’étaler sans cesse et surtout sans pudeur. L’animateur a d’ailleurs déjà publié à maintes reprises. Pas seulement des ouvrages autobiographiques, mais aussi deux romans.

Le premier, La cellule de Zarkane, paru en 2007, il n’avait pas osé le signer de son nom et, tel Romain Gary inventant Émile Ajar, il s’était présenté sur le plateau de Laurent Ruquier dans la peau de l’auteur supposé, Joseph Lubsky, chauve et vieilli. « Les critiques en avaient dit du bien, mais quand ils ont découvert que c’était moi qui l’avais écrit, ils l’ont descendu. »

Six ans plus tard est publié chez XO un polar sanguinaire, Inéluctable, signé cette fois Patrick Sébastien, narrant les errances d’un serial killer enquêtant sur ses propres pulsions meurtrières. Un scénario original qui n’a pas encore trouvé de réalisateur pour l’adapter. Le bouffon assumé du petit écran cacherait-il en fait un intello boulimique de littérature ? Sans doute, car, en 2000, lorsque est sorti T’aime, seul long-métrage réalisé par Patrick, dans lequel il joue et met en scène un médecin tentant de sauver l’histoire d’amour de deux êtres enfermés dans un asile psychiatrique, le très médiatique Gérard Miller a été étonné par sa parfaite maîtrise des concepts de sa spécialité, la psychanalyse.

Quand on vous dit que cet artiste est plein de surprises ! Vous verrez qu’un de ces jours, Patrick pourra briguer à la fois une place à la Confrérie du pied de cochon et un fauteuil à l’Académie française…

Pablo LENOIR

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