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Patrick Sébastien : Ses confidences intimes

Publié le 6 mars 2018

Voilà quarante-cinq ans que Patrick Sébastien fait les belles heures du petit écran. Pourtant c’est sur scène 
qu’il a choisi de
 se livrer, en toute intimité.

Pas de serviettes qui tournent, ni de petit bonhomme en mousse qui rate le plongeoir, et encore moins de sardines serrées au fond d’une boîte… Non, ce vendredi 9 février, au théâtre de l’Ardillon à Vias, tout près de Béziers (Hérault), Patrick Sébastien était certes sur scène, mais pas pour faire danser la foule. Ce soir-là, pour la première de son one-man-show intitulé Avant que j’oublie.

Ce qu’il n’a jamais pu dire à la télé, c’est une autre facette du personnage qu’une poignée de privilégiés a pu découvrir.

Tour à tour émouvant, grave, tendre, poète, intime, drôle bien sûr, pendant près deux heures, l’animateur s’est livré comme jamais, ses yeux dans ceux de son public, « parce qu’on a tellement dit et écrit de conneries à mon sujet que, pour une fois, j’avais envie de raconter les miennes ! »

Ivresse

Raconter l’histoire de ce petit Corrézien qui finit aujourd’hui par remercier son père de l’avoir abandonné. Car sans ça, il n’aurait certainement jamais cherché à entrer dans la peau d’autres personnages, afin de découvrir qui il était vraiment. Et aussi parce que sept ans après sa naissance, il n’aurait jamais rencontré Camille, le nouvel époux de sa mère, « ce mec formidable qui m’a élevé », aujourd’hui disparu.


Patrick ne manque d’ailleurs pas de lui rendre un vibrant hommage : « Parmi toutes les stars que j’ai rencontrées, il était le numéro 1 ! »

Devenir imitateur, c’était aussi pour lui une façon de plaire aux filles, conscient que son physique n’était pas celui d’un Don Juan. « Je ne me trouvais pas séduisant, confie-t-il. Regardez les oreilles que j’avais, si je m’étais jeté d’une falaise, j’aurais plané sans problème… »

Et si son enfance n’a pas été facile, elle n’en fut pas moins heureuse, grâce à l’amour d’Andrée, sa tendre maman. Cabanes dans les arbres, lance-pierres et autres petits bateaux faits de trois bouts de bois l’ont amené bien plus loin que n’importe quel jeu vidéo !

C’est armé de toutes ces richesses qu’en 1974, le jeune provincial de 21 ans décide de monter à Paris où il va multiplier les rencontres extraordinaires. Les grands de ce monde, mais surtout tous ces anonymes massés par millions devant leur poste de télévision à chaque diffusion du Plus grand cabaret du monde ou des Années bonheur.

Ces « vraies gens qui, quand ils me serrent dans leurs bras, me donnent plus d’amour en une minute que j’en ai reçu en dix ans de télé. » Eux qui, depuis près de quarante-cinq ans, participent à son incroyable succès et ont fait de sa vie un rêve.

Une existence brisée 15 juillet 1990, lorsque son fils aîné, Sébastien, se tue dans un accident de moto à l’âge de 19 ans. « Un drame dont on ne se remet jamais… »

Dévasté, anéanti par la douleur, Patrick sombre alors dans les affres de l’alcool. « C’est vrai que j’ai picolé, reconnaît-il, mais j’avais mes raisons… Pendant dix ans, j’ai bu un litre et demi de whisky par jour. Mais je vous le jure sur la tête de ma fille (Lilly, 10 ans, une petite Tahitienne adoptée avec son épouse Nana en 2007, ndlr), ça fait trente ans que je n’ai pas pris une cuite ! »

Bien sûr, Patrick ne regrette pas d’avoir arrêté, néanmoins, il ne renie pas non plus ses nombreuses soirées d’ivresse. Comme cette fameuse nuit avec Johnny, qui s’est terminée au petit matin par un duo sur l’un des plus grands tubes du Taulier. Jusqu’à ce que, soudain, ce dernier lance à Patrick : « Euh, je m’arrête parce que Johnny, tu le fais mieux que moi ! C’est dire l’état dans lequel on était tous les deux… »

Revanche

Du petit banc de Juillac, village de son enfance, au bureau des présidents de la République, Patrick garde d’excellents souvenirs de ses relations avec les chefs d’État. « Si vous saviez toutes les conneries que je leur ai faites ! »

Comme cette fois où, juste après l’affaire du scooter, il s’est pointé à l’Élysée avec un cadeau pour François Hollande, afin qu’il ne se fasse pas choper la prochaine fois. « Ah, mais qu’est-ce que c’est, me dit-il, un casque intégral ? – Non, mieux que ça : un masque de Sarkozy ! »

Et ce jour où, avant d’entrer en scène, grimé en DSK, il décide d’aller en coulisses saluer Hollande, fraîchement élu. En lui serrant la main, il lui lance :
« François, si je n’avais pas niqué Nafissatou, je serais à ta place ! »

Moins drôle, mais bouleversant, ce moment, il évoque sa rencontre récente avec Jacques Chirac, qu’il connaît depuis ses 16 ans. L’ancien président était diminué. Quand Patrick lui a demandé ce qu’il faisait de ses journées, il a répondu : « Je m’emmerde ! » Après une heure passée ensemble, ils se sont fait la bise et l’ex-chef de l’État a absolument tenu, malgré son état de faiblesse extrême, à raccompagner son ami. « Je lui ai dit : Mais non Jacques, il y a trois mètres à faire. – Si, si, j’y tiens ! m’a-t-il rétorqué. Alors, il s’est levé, a pris appui sur sa canne et posé son autre main sur mon épaule… Putain, ce que j’aurais aimé que sa canne soit une baguette magique, pour lui redonner sa vitalité, sa pêche ! Cet homme qui a été l’un des plus puissants du monde, obligé de prendre appui sur l’épaule d’un clown pour faire trois mètres… »

Une réalité terrible qui lui inspirera une chanson poignante : À quoi ça sert d’être un géant. « Pour rien au monde je changerais de métier ! », lance-t-il enfin. Ce métier d’« artiste populaire, d’amuseur public, de saltimbanque et même de clown dont le nez rouge est le plus lumineux des Mercurochrome » lui a tant apporté et l’a aidé à surmonter les pires souffrances.

C’est pourquoi, le jour de la mort de son fils, au lieu de sombrer, Patrick a choisi, malgré son infinie douleur, de se relever et, sur les conseils de sa mère, de bannir tout désir de vengeance et de ne nourrir qu’un sentiment de revanche. Parce que « la vengeance prolonge la douleur, confie-t-il, alors que la revanche, c’est se servir du mal qu’on t’a fait pour te faire du bien. Et aujourd’hui, je suis heureux d’être là devant vous, vivant ! »

La plus belle de ses revanches ? « Être allé adopter ma fille à 15 000 kilomètres de ma maison, à Tahiti ; alors que mon géniteur n’est même pas venu me voir à 15 000 centimètres de la sienne ! »

Et pour finir, l’animateur ne cache pas d’avoir piqué à Jacques Brel l’épitaphe qu’il souhaite voir inscrite sur sa tombe : « Si vous m’aimez, fermez vos gueules ! »

Après deux heures de confidences, d’imitations, de chansons, de fous rires et d’émotions, c’est une salle tout entière qui se lève pour une standing ovation bien méritée.

Laura VALMONT

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