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Paul Dureau et Jacques Mailhot : “Les politiques d’aujourd’hui sont sans saveur”

Publié le 17 janvier 2018

Incarnant chacun 
une génération de 
chansonniers, Paul Dureau et Jacques Mailhot regrettent 
leurs cibles d’hier.

Les spectateurs du mythique Théâtre des 2 ânes, à Paris, ont applaudi à tout rompre la troupe de Jacques Mailhot, 68 ans, dans Tout est bon dans le Macron, et Paul Dureau, 22 ans, pour son Politic Show. Ils ont ensuite bien voulu comparer pour nous deux générations de chansonniers.France Dimanche : Comment définiriez-vous votre métier ?

Jacques Mailhot : Historiquement, le chansonnier composait et chantait des couplets sur l’actualité. Puis, après guerre, ont émergé Jean Rigaux et Pierre Dac, qui parlaient plus qu’ils ne chantaient. Aujourd’hui, ce mot définit un humoriste qui parle surtout de politique.

Paul Dureau : Sur le fond, le chansonnier traite de l’actualité. Sur la forme, il a une dimension plus littéraire que l’humoriste de stand-up, qui parle de sa vie de couple. Et nous pouvons aussi recourir à la chanson, à des revues, comme dans le spectacle de Jacques, ou à des imitations.

F.D. : Chacun d’entre vous pourrait-il présenter l’autre ?

J.M. : Ce jeune homme connaît très bien notre métier, parce qu’il a été élevé dans la culture chansonnière. Comme cela le fascinait, il connaît notre façon de s’exprimer, d’être et d’écrire. C’est assez rare, car d’habitude, on arrive à ce métier par d’autres biais. À une époque, il y avait des médecins ou des avocats qui devenaient chansonniers, comme Anne-Marie Carrière. Paul, lui, fait partie du sérail.

P.D. : Pour moi, Jacques a été et restera toujours un modèle. Je le voyais en smoking, et j’ai toujours été bluffé par cette tradition associant l’élégance, la classe et le verbe. Depuis la mort de Jean Amadou en 2011, il est le dernier des grands chansonniers classiques.


F.D. : Les humoristes sont-ils de plus en plus nombreux ?

J.M. : Il y en a de plus en plus, mais des bons, de moins en moins. Et l’on vient de découvrir que certains ont copié leurs confrères. On n’est pas Fernand Raynaud, Coluche ou Bourvil par hasard.

P.D. : Les reprises ont toujours existé, comme pour Coluche avec Pierre Doris. Coluche avait dit qu’une blague ou un effet comique n’appartenaient pas à celui qui l’avait trouvé, mais à celui qui l’avait fait connaître. Mais maintenant, c’est du plagiat pur et dur.

J.M. : Fernand Raynaud s’est aussi inspiré d’un humoriste canadien. Le phénomène n’est pas nouveau, mais aujourd’hui, c’est devenu systématique. Ces jeunes gens ont fait leur carrière avec les textes des autres.

F.D. : Vous êtes donc les auteurs de vos sketches ?

J.M. : Un chansonnier est toujours l’auteur de ses textes. Enfin normalement !

P.D. : Il y a peu d’effets comiques dans nos numéros, c’est uniquement du texte. Sur scène, on reconnaît l’écriture de Jacques. On peut le lire et le trouver drôle, tandis que le show d’un humoriste est d’abord visuel.

J.M. : Aujourd’hui, ils sont surtout très nombrilistes.

F.D. : Vous ne cherchez pas à informer les gens.

J.M. : Surtout pas ! On est là, au contraire, pour les faire rire de ce qu’ils sont censés savoir.

P.D. : Nous transformons les sanglots de l’actualité en larmes de rires.

F.D. : Quels personnages, quelles situations vous inspirent ?

J.M. : Nos cibles d’hier sont en train de disparaître. On n’a plus de personnages comme Charles Pasqua, Georges Marchais, voire François Hollande. On le sent chez les imitateurs, qui n’ont plus grand monde à copier. Même Laurent Gerra, maître du genre, ne singe que des anciens politiques. Essayez d’imiter Édouard Philippe ou Emmanuel Macron. Ce n’est pas évident.

P.D. : Les politiques d’aujourd’hui sont sans saveur et sortent tous du même moule. Idem pour les chanteurs ou les acteurs. Avant, on avait Gabin, Ventura, de Funès. Depardieu est le dernier des Mohicans.

F.D. : Existe-t-il des différences entre vos générations ?

P.D. : Les spectateurs ont peut-être la dent plus dure envers les inconnus. Quand on est nouveau, on doit ratisser plus large.

J.M. : Jacques Martin me disait souvent : « En vieillissant, il ne faut pas être trop méchant, sinon on apparaît vite comme aigri. » On ne peut pas aborder les choses de la même façon.

F.D. : Vous imposez-vous des limites ?

P.D. : Les jeunes humoristes confondent le plaisir de rire et le désir de nuire. Je ne parle ni des personnes, ni des sujets qui me révulsent.

J.M. : La maladie et la mort, parce que c’est toujours délicat.

F.D. : Quelle est votre citation préférée ?

J.M. : Une phrase d’Alphonse Allais : 
« Il ne faut compter que sur soi-même, et encore pas beaucoup. »

P.D. : Il disait aussi : « Les gens qui ne savent pas rire ne sont pas des gens sérieux. » 

Anita BUTTEZ

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