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Paul-Loup Sulitzer, exilé à l'île Maurice

Publié le 28 avril 2015

En vacances sur l’île de Paul et Virginie, j’ai eu le plaisir de retrouver par hasard, l’homme d’affaires et l’écrivain qui a inventé le western financier, avec ses best-sellers Money ou Le Roi vert, vendus à 60 millions d'exemplaires dans le monde entier.  Résidant depuis environ un an à l’île Maurice, Paul-Loup Sulitzer m’a expliqué les raisons de son exil, dans ce joyau de l'Océan indien. Après une visite guidée le long de la côte nord-ouest, Paul-Loup m’a reçue chez lui.

France Dimanche : Paul-Loup Sulitzer, comment allez-vous sous le soleil mauricien ?

Paul-Loup Sulitzer : Je vais de mieux en mieux, parce qu’ici, il n’y a pas de pollution. Grâce au professionnalisme de mon assistante Supriya Rathoar, je vis tranquillement, et me nourris sainement. Je pratique même un peu de natation, marche, et pêche au gros en catamaran…

Paul-Loup Sulitzer, résidant à l'île Maurice

F. D. : Pourquoi vous êtes vous installé ici ?

P.-L. S. : J’ai été engagé par le Board of Investment (BOI) qui dépend du Premier Ministre, pour mes compétences professionnelles et artistiques. J’ai un carnet d’adresses international qui me permet de faire venir des gens et d’avoir un impact au niveau touristique, financier… J’ai travaillé sur le film Investir à Maurice, réalisé par Jean-François Marty et commandé par le Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA).

J’ai donc interviewé tous les décideurs de l’île, ainsi que le Premier ministre adjoint Xavier-Luc Duval (fils de Gaëtan Duval, qui figure sur les billets de 1000 roupies), et montré les différents secteurs d’investissements. Lors des dernières élections législatives, Navin Ramgoolam, l’ancien premier ministre a fait une très mauvaise campagne, et contre toutes attentes, Anerood Jugnauth, le nouveau Premier ministre et son adjoint Xavier Duval ont été élus. Tous les sondages annonçaient la victoire du ministre sortant à 10 contre 1. Seulement, Monsieur Ramgoolam a voulu transformer le régime parlementaire d’inspiration britannique, en régime présidentiel, cela n’a pas plu aux électeurs. J’étais un des rares à prévoir le succès du Parti Mauricien Social Démocrate de Xavier Duval. Ce fut un triomphe inespéré.

P.-L Sulitzer, X.-L. Duval
De gauche à droite : Xavier-Luc Duval, Paul-Loup Sulitzer et Supriya Rathoar

F. D. : Vous êtes donc payé et logé par le BOI ?

P.-L. S. : Oui, aujourd’hui mon contrat est terminé, et j’ai reçu de nombreuses lettres de félicitations. Désormais, je loue moi-même cette villa à Trou aux Biches, au nord de Port Louis. J’attends un nouveau contrat, et je suis en train d’écrire mon prochain roman avec Maurice en toile de fond. J’ai fait venir un certain nombre de francophones (Canadien, Suisse…), dont certains ont déjà investi plusieurs millions d’euros, notamment dans le tourisme. Mais je suis tenu au secret professionnel… J’ai aussi présenté à Monsieur Duval, Premier Ministre adjoint, Ministre du Tourisme et des Communications extérieures, Lady Monika Bacardi, la reine du rhum, que j'ai rencontrée à Saint-Tropez.

X.L. Duval, Lady Bacardi
Lady Monika Bacardi et Xavier-Luc Duval

F. D. : Est-il aisé de convaincre vos relations du monde des affaires, de la politique ou du cinéma ?

P.-L. S. : L’île Maurice est une tête de pont vers le continent asiatique et indien. On y parle français et anglais, c’est pour cette raison que les renseignements téléphoniques français du 118 712 ont quitté le Maroc en grande partie pour s’installer ici. Comme de grandes banques internationales ou comme Bouygues. Ce pays qui accueille un million de touristes, a créé sa ville de hautes technologies : Cyber City. Le port en eaux profondes de Port Louis (la capitale) est en plein développement. Sa situation géographique est idéale avec une porte sur l’Afrique et proche de l’Inde et de l’Asie.

Paul-Loup Sulitzer
Paul-Loup Sulitzer avec un chanteur, dans les rues de Grand Baie © Anita Buttez

Sur le plan industriel, le textile continue de se développer malgré la concurrence mondiale. En 5 ans, le chiffre d’affaire de la fabrication de bijoux a été multiplié par 10. Il faut savoir que le melting-pot mauricien est composé d’hindouistes, tamouls, musulmans, créoles, et chinois. De nombreux étrangers vivent ici ; environ 10 000 expatriés français, de nombreux Sud-Africains, des indiens de l’Inde, des Européens, et de plus en plus de chinois. Pourtant, il n’y a pas de grande criminalité. Ce qu’il s’est passé au musée du Bardo à Tunis, ne pourrait pas arriver ici. C’est un pays sécurisé.

 « Sulitzer, tu aurais dû partir quand tu étais milliardaire ! »

F. D. : Envisagez vous une reprise de l’économie française ?

P.-L. S. : Pour l’Europe en général, j’étais très pessimiste jusqu’en mars. Mais, pour la France, je suis un peu plus optimiste, car le prix du pétrole a perdu près de 50%, l’euro a baissé, ce qui favorise l'exportation des grandes et petites entreprises françaises. Le chômage recule légèrement, il y aura une reprise automatique, malgré une situation internationale difficile, notamment du fait du fondamentalisme islamiste qui menace malheureusement la France. Je pense qu’à partir de juin ou juillet, la situation devrait s’améliorer. C'est aussi valable pour l'Europe.

Paul-Loup Sulitzer
Paul-Loup Sulitzer au Temple tamoul de Grand Baie, où l'on doit se déchausser avant d'entrer et sortir en tournant le dos à la porte  © Anita Buttez

Paul-Loup Sulitzer
Paul-Loup Sulitzer au Temple tamoul de Grand Baie  © Anita Buttez

La croissance économique des États-Unis, devrait repartir dès maintenant. Je pense que l’Inde deviendra la plus grande puissance économique mondiale, avant la Chine et les USA, entre 2016 et 2020. Étant dans l’océan indien, j’observe la présence et la force du continent indien à l’île Maurice. Je pense surtout que le pessimisme épouvantable qui a frappé la France depuis 2 ans, est exagéré. Monsieur Valls, que je connais personnellement, est un homme extrêmement capable, qui a une tâche difficile à accomplir. Mon exil ici n’est, en aucun cas, un exil fiscal. Comme me l’a répété plusieurs fois Nicolas Canteloup : « Sulitzer, tu aurais dû partir quand tu étais milliardaire ! »

 « Je suis nostalgique de Saint-Tropez, où j’ai passé 50 ans de ma vie. »

F. D. : Paul-Loup, est-ce que la France vous manque ?

P.-L. S. : Alors que l’Angolagate est une affaire jugée et classée, les ragots sur internet ont persisté, et cela continue injustement de me coller à la peau. Après le divorce et mes problèmes de santé qui m’ont beaucoup marqué, j’ai eu besoin de me ressourcer. Je suis nostalgique de Saint-Tropez, où j’ai passé 50 ans de ma vie. Maurice est un endroit paisible pour profiter de la nature, et écrire. Évidemment, la culture, l’art, l’architecture, et les saisons me manquent, notamment les Alpes et le ski.

Paul-Loup Sulitzer
Paul-Loup Sulitzer, la plage de surfeurs (sans soleil !) après Cap Malheureux © Anita Buttez

 « J’ai voulu me suicider. »

F. D. : Ici, vous pouvez oublier vos pires souvenirs…

P.-L. S. : Il est vrai que, juste après la séparation d'avec Delphine Jacobson, et le début de tous mes ennuis, j’ai voulu me suicider. Désespéré, j’avais tout perdu, mes enfants... J’ai cherché un révolver dans la maison. Fort heureusement, mon ex-femme cupide avait tout emporté, les fusils, les revolvers... Avant de mettre fin à mes jours, j’avais fait venir un ami, pour lui donner mes dernières volontés. « Fais pas le con » m’a-t-il dit, avant de partir en rigolant. Si j’avais trouvé une arme chargée dans le tiroir, j’aurais appuyé sur la détente.

Paul-Loup Sulitzer
Paul-Loup Sulitzer, chez lui © Anita Buttez

Paul-Loup Sulitzer
Paul-Loup Sulitzer, chez lui © Anita Buttez

F. D. : Êtes-vous populaire sur l'île ?

P.-L. S. : Certains mauriciens me reconnaissent… Un jour, en Australie, j’entre dans un restaurant, et constate qu’un homme m’observe, et vient droit vers moi. « Êtes-vous Paul-Loup Sulitzer ? » Je lui confirme et il poursuit : « Grâce à vous, je suis devenu très riche ». Il veut payer mon addition, et embarrassé, je lui dis : « Monsieur, j’aime les femmes. » Il éclate de rire et m’explique : « Quand j’étais jeune, j’ai lu Money et j’ai suivi les conseils de votre héros, en créant des courts de tennis sur les toits. J’ai gagné des centaines de millions de dollars. Je vous invite chez moi… » Dans sa somptueuse demeure, il m’a présenté sa femme et ses cinq enfants : « Vous voyez, si je n’avais pas lu votre livre, je serais resté un ouvrier. » Un grand compliment, n’est-ce pas…

Paul-Loup Sulitzer
Supriya Rathoar,  © Anita Buttez, Paul-Loup Sulitzer

Interview et photos :

Anita Buttez

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