France Dimanche > Actualités > Paulette Coquatrix : Les artistes étaient tous ses gosses !

Actualités

Paulette Coquatrix : Les artistes étaient tous ses gosses !

Publié le 20 juin 2018

.photos:cc-by-sa-3.0
© CC BY-SA 3.0 Olympia Paris

Avec la disparition, à 102 ans, de Paulette Coquatrix, la reine de l’Olympia, c’est tout le music-hall qui est en deuil.

Avec sa fille Patricia et son neveu Jean-Michel Boris, celle qui s’était surnommée « La vieille dame de l’Olympia » avait poursuivi l’œuvre de son mari, Bruno, mort à 68 ans, d’une crise cardiaque, le 1er avril 1979.

« Je ne savais rien faire d’autre, je n’aimais que cela », avait-elle donné comme explication du maintien du récital de Colette Renard (le 2 avril 1979), malgré leur deuil. « Bruno a toujours dit que, quoi qu’il arrive, The show must go on [le spectacle doit continuer, ndlr]. »

Et Paulette a tenu ferme la barre du navire pendant vingt-deux ans, alternant, comme son mari, immenses succès et échecs retentissants.

Tous ceux qui ont connu les premières à l’Olympia (de 1954 à 2001) se souviennent de cette grande dame, bien que petite par la taille, avec son casque de cheveux blancs, ses larges lunettes teintées qui lui mangeaient le visage, toujours assise au septième rang de l’orchestre.

Place qu’elle quittait pour rejoindre les coulisses et accueillir dans ses bras les artistes à leur sortie de scène, qui lui demandaient : « Est-ce que j’ai été bien ? »

Ils étaient tous ses « gosses ».

Folies

Cette belle aventure s’était achevée en octobre 2001, quand Paulette avait cédé son contrat de location-gérance au groupe Vivendi.

Le rideau était tombé. Il ne lui restait plus qu’à faire ses adieux.

Elle nous a quittés à l’âge de 102 ans, le 28 mai, et en ce mardi 5 juin, tous ceux qui l’aimaient étaient venus lui rendre un ultime hommage dans la salle de la Coupole du crématorium du Père-Lachaise.

Toute sa famille était réunie autour de Patricia, Delphine, sa petite-fille, Hina, sa fille adoptive, et Jean-Michel Boris.

Du côté des artistes, seuls Hervé Vilard et Gérald Dahan avaient fait le déplacement, ainsi que Catherine, la veuve d’Henri Salvador et Jean-Pierre Brun, l’imprésario d’Yvette Horner, venus soutenir Anne, la compagne de Paulette. 

Il est vrai que bon nombre des grands noms passés par l’Olympia avaient précédé la veuve de Bruno Coquatrix dans la tombe : Édith Piaf, Yves Montand, Gilbert Bécaud, Philippe Clay, Georges Brassens, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Colette Renard, Léo Ferré, Claude François, Johnny Hallyday, Dalida, Marlene Dietrich, Joséphine Baker, Louis Armstrong, Ray Charles…

Dans son livre de souvenirs Les coulisses de ma mémoire (éditions Grasset), Paulette avait raconté sa toute première rencontre, quand elle n’avait que 8 ans, avec Bruno Coquatrix, qui était alors la coqueluche du lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine.

Elle était tombée sous son charme en le voyant danser le charleston comme personne. 

Bien des années plus tard, alors qu’elle avait fait un premier mariage pour échapper à ses parents, elle l’avait rencontré dans un cabaret.

Saxophoniste de jazz, chef d’orchestre, auteur de chansons à succès dont Clopin-clopant, coécrite avec Pierre Dudan et créée par Jean Sablon, Bruno était directeur artistique, producteur et auteur d’opérettes, imprésario de Lucienne Boyer, Ray Ventura, Pills et Tabet. 

Cette épouse et partenaire l’a suivi dans toutes ses folies, l’aidant financièrement à lancer l’Olympia, dans lequel son homme avait investi jusqu’à son dernier sou et pour lequel il s’était même endetté. C’est Paulette qui a fait bouillir la marmite !

« Je suis devenue couturière pour lui. J’ai créé l’atelier où l’on faisait tous les costumes. J’ai même été son premier magnétophone. Je transcrivais les airs qu’il fredonnait. Cela m’amusait car ma mère voulait que je sois pianiste de concert », avait-elle confié à Télé 7 Jours en 1991.

Et des années difficiles, des hauts et des bas, l’Olympia en a connu !

En 1960, le temple du music-hall a dû son salut à Édith Piaf, dont Bruno avait été l’imprésario en 1940.

C’est même lui qui avait dessiné la petite robe noire qui allait devenir la tenue favorite de la star.

« Un jour, Bruno m’a dit : “J’ai 150 millions de dettes et rien de bon à mettre à l’affiche. Est-ce que tu veux me sauver ?” J’ai accepté d’emblée… », racontait-elle.

Bien que malade, la « Môme » y chantera trois mois à guichets fermés.

Parking

L’Olympia était tirée d’affaire… jusqu’à la tempête suivante.

Ainsi, en 1990, la Société générale, propriétaire des murs et du fonds, avait décidé de raser la salle pour en faire un parking !

Mais Paulette s’en était sortie une fois de plus, se battant en souvenir des jours heureux passés dans l’appartement situé juste au-dessus de la salle de spectacle où le couple s’était installé en 1961.

Ce lieu était le refuge des artistes en plein spleen, que Bruno régalait d’un plat de pâtes pour leur remonter le moral.

À Cabourg, ville dont le patron de l’Olympia était devenu maire en 1971, Paulette avait aussi poursuivi l’œuvre de son homme, en créant une course de lévriers et le Festival du film romantique qui a connu depuis le succès que l’on sait.

Quand Bruno lui manquait, elle évoquait les temps héroïques de cette salle mythique et ses concerts vraiment « à tout casser ».

Comme lorsque, en 1955, les fans de Gilbert Bécaud avaient détruit vingt-deux sièges et brisé de nombreuses vitres. 

Et quand Gene Vincent, les Beatles et les Rolling Stones passaient à l’Olympia, tout le monde se cachait.

« C’étaient vraiment des monstres », racontait en riant Jean-Michel Boris à Gala.

« Quand ils cassaient tout, il n’y avait plus qu’à descendre à la cave et attendre que cela se passe. »

C’était la toute petite rançon d’un immense succès…

Dominique PRÉHU

À découvrir