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Philippe Bouvard : Ruiné par une belle italienne !

Publié le 16 août 2014

Cette � passion� qui a failli le dévorer remonte à plus de vingt-cinq ans, mais il en garde toujours de douloureuses cicatrices à l’âme.

Philippe Bouvard fond bleuCe n’est un secret pour personne : Philippe Bouvard a toujours été un amoureux passionné des belles bien carrossées, aux lignes sinueuses et aux courbes avantageuses, toutes prêtes à ronronner ou à rugir au moindre effleurement de leurs points les plus sensibles. Et au fil de sa vie, qui commence à être longue, il en a eu plus de deux cents !

Mais je vous vois froncer le sourcil : comment osez-vous parler publiquement de ces choses à propos d’un homme marié ? Quelle indécence ! Tout beau, calmons-nous ! C’est que nous ne parlons nullement ici de femmes, mais bien de… voitures ! Et spécialement de ces grosses cylindrées prestigieuses auxquelles il n’a jamais su résister, malgré les gémissements de son banquier et les protestations de son comptable.

Coup de foudre

De toutes ces belles étrangères – car les plus somptueuses voitures sont presque toujours étrangères : il faut se faire une raison… – qui ont vibré entre ses mains et sous ses pieds, il en est une que Bouvard a aimée par-dessus tout, comme il le racontait il y a quelque temps dans Le Figaro, avec cet humour et cette autodérision qui n’appartiennent qu’à lui.

Philippe Bouvard fond roseAutodérision qui, d’emblée, le pousse à confesser que, s’il a passionnément aimé les voitures, celles-ci ne se sont pas toujours montrées à la hauteur de sa passion. Et le « général » des Grosses têtes de détailler les avanies qu’elles lui ont fait subir, entre les réparations incessantes, leur voracité en carburant, leur refus à se laisser maîtriser par ce pilote un peu fat qui prétendait les dompter. Sans même parler des deux qui ont carrément pris feu au lieu de répondre à sa flamme !

Et puis, l’année 1987, apparaît dans la vie de Philippe Bouvard celle qui devait illuminer ses jours avant de lui laisser tous les regrets du monde, comme le font en général les grandes histoires d’amour, la Ferrari F40. Conçue par Enzo Ferrari pour célébrer les quarante ans – d’où son nom – de sa firme prestigieuse, la F40 est, au moment de sa naissance, la voiture la plus puissante, la plus rapide jamais sortie des ateliers de Maranello.

Elle est aussi la plus chère : la spéculation aidant, certains des 1 315 exemplaires fabriqués atteignirent le prix faramineux de 5 millions de francs de l’époque, ce qui représente environ 1,3 million de nos euros actuels ! Quand on aime, on ne compte pas, et Philippe Bouvard s’offre la belle. C’est le point de départ de joies sublimes… et d’une lente mais inexorable descente aux enfers.

Pour ce qu’on appelle le coup de foudre, cédons un instant la parole à l’amoureux lui-même : « Je me souviens comme si c’était hier – et pourtant l’événement remonte à plus d’un quart de siècle – de notre première rencontre. Comme les promises de l’ancien temps, on l’avait longuement préparée pour mettre en valeur tous ses charmes. Pour me séduire, elle s’était parfumée au Polish. J’en fis le tour, émerveillé, n’osant pas encore me mettre au volant.

Philippe Bouvard lunettesLa nuit commençait à tomber. Deux paupières de métal se soulevèrent et elle me fit du phare comme les racoleuses font de l’œil. Avant de me confier son trousseau, le père de la mariée mit le contact. Puis, il m’invita à lutiner de plus près. Il faut croire qu’une puissante cylindrée fait disparaître le sens autocritique puisque je ne m’avisais pas, ce jour-là, que je n’avais jamais payé aussi cher une voiture aussi peu confortable. »

Mais qu’importe le confort, quand on aime ! Voilà notre homme parti pour ce que lui-même appelle une lune de miel ; et qui, si on l’en croit, en a toutes les apparences : « Souvent, la nuit, je me relevais pour aller caresser ses courbes au garage où elle faisait semblant de dormir car elle n’attendait qu’un tour de clef pour s’élancer. »

C’est ce qui s’appelle être « accro », non ? Hélas ! La déception et les regrets vont être à la mesure de l’éblouissement premier. Car au bout de quelques mois – le temps de la passion aveugle… –, Philippe Bouvard revient à la dure réalité de la vie… et constate à quel point il s’est endetté pour pouvoir satisfaire sa folie. La mort dans l’âme, il décide de s’en séparer, s’il ne veut pas lui-même être bon pour la casse, ou plutôt finir sur la paille, comme on le dit en parlant d’êtres humains et non d’automobiles.

Philippe Bouvard veste blancheExplosion

La cote de la F40 ne cessant de grimper, il a tôt fait de trouver un acquéreur, qui, illico, tombe aussi amoureux de la belle tentatrice que lui, trois mois plus tôt. Les hommes ne sont pas raisonnables… Fin de l’histoire ? Non ! Car la nuit précédant la livraison au futur propriétaire, voilà que la Ferrari est volée, dans le jardin de Philippe Bouvard ! Annulation de la vente, évidemment.

Loin des yeux, loin du cœur : lorsque la belle fugueuse est enfin retrouvée et rendue à son seigneur et maître, celui-ci comprend que tout est fini entre eux : « L’idylle était rompue. Je ne la supportais plus. Elle me prenait en grippe. Une fuite d’huile, décelée à la faveur d’un court stationnement, scella notre mésentente. La séparation devenait inévitable. »

Philippe Bouvard veste noireEt, en effet, un second acheteur s’étant présenté, Philippe Bouvard fit ses adieux, définitifs et déchirants, à sa trop aimée. Il a bien fait, si l’on songe au sort qui attendait le nouveau propriétaire : « Son rêve était devenu un cauchemar. Car, ayant voulu pratiquer une petite soudure trop proche du réservoir d’essence, sa voiture avait explosé, le tuant sur le coup. On ne découvrit l’étendue des dégâts que le lendemain car, sous le choc, la maison s’était écroulée. »

Malgré cela, il arrive encore à Philippe, lorsqu’il songe à ses amours défuntes, d’en concevoir quelque regret…

Pierre-Marie Elstir

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