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Philippe Bouvard : Ses incroyables révélations !

Publié le 30 avril 2018

Dans un long entretien, Philippe Bouvard, ce talentueux touche-à-tout de 88 ans, revient sans faux-semblant sur son parcours et son passé…

Cet homme-là est un modèle d’énergie vitale et de passion pour le travail !

L’octogénaire, et par ailleurs écrivain prolifique, qui vient de publier aux éditions Flammarion, Mes dernières pensées sont pour vous, n’a sûrement pas l’intention de prendre enfin le temps de se reposer et de profiter de son jardin, comme on le fait en général après une existence bien remplie !

Jetez-lui le mot « retraite » à la figure et vous serez assuré d’une réaction épidermique…


Dans une récente interview, donnée dans VSD, le journaliste revient sur sa vie d’homme et sur son métier, d’incroyables révélations où douleurs et joies se mêlent avec brio sur le ton faussement léger des véritables désespérés…

“Cumulard” !

Dans son genre, c’est un cas !

S’il existe de nombreux professionnels qui détestent tellement avoir du temps libre qu’ils le passent entièrement au travail, chez Bouvard, « se tuer à la tâche » est plus qu’un plaisir, c’est presque une addiction !

Aujourd’hui, bien sûr, son rythme est beaucoup moins soutenu, mais à une époque pas si lointaine, celui qui n’a pas sa langue dans sa poche cumulait dix-sept employeurs différents.

« A 65 ans […] je dirigeais France-Soir, je présentais aussi Les grosses têtes, j’avais une émission quotidienne, Passez donc me voir, une page dans Match, et celle du Figaro magazine, plus quelques bricoles. »

Heureusement, ce boulimique de boulot a su s’entourer de personnes de confiance (gardienne, cuisinier, secrétaire, chauffeur) qui veillent sur lui et le secondent au quotidien…

Son travail, sa vie…
Adieu “Nice-Matin” et “les Grosses Têtes”

Chaque jour, pendant quatorze ans, les lecteurs du quotidien provençal se sont délectés des billets d’humeur de celui qui se qualifie lui-même d’« oursin ».

Et puis, soudain, les mots érudits trempés dans l’acide de son esprit critique ont disparu des pages de Nice-Matin.

Une éviction très mal vécue par l’écrivain : « Les responsables [de Nice-Matin, ndlr] se sont très mal conduits, a-t-il confié. Ils m’ont laissé la liberté d’annoncer mon départ dans une chronique. Je me suis moi-même salué, à défaut de l’être par mes employeurs. »

En 2000, il a connu semblable tristesse, et même dépit, de devoir tirer sa révérence et laisser son poste à un autre : Christophe Dechavanne, à la présentation des Grosses têtes.

« Ç’a été un vrai déchirement, a-t-il expliqué. Je me suis longtemps cru indéboulonnable. En plus, j’ai été remplacé par un concurrent qui faisait moins d’audience que moi. Ça m’est resté en travers de la gorge. »

En 2001, l’homme de médias reprendra les rênes de son émission pour les rendre à Laurent Ruquier en 2014…

Un « gag » récurrent qu’il n’a pas dû apprécier davantage !

Le poker, l’argent et la mort

A une période de sa vie, s’asseoir à une table de jeu s’est avéré pour lui une passion presque aussi dévorante que le travail, doublée d’une terrible addiction qui lui a coûté énormément !

« J’ai joué au poker non-stop, tantôt chez moi, à Paris, tantôt ici, à Cannes, a encore raconté le présentateur. Il y avait Patrick Bruel, Vincent Lindon, Claude Zidi, des joueurs redoutables. Je perdais beaucoup, et aussi mon influx nerveux. C’était un désastre. En échange, j’avais des émotions que rien d’autre ne m’a jamais procuré. »

Une spirale infernale dans laquelle l’ancien directeur de la salle de spectacles Gaîté-Bobino s’enfonçait inexorablement : « C’est comme la drogue, il faut augmenter sans cesse la dose pour obtenir les mêmes effets. Le poker est un jeu pervers, or je ne suis pas pervers. Tout cela est sordide. Je me souviens d’une partie folle où les enchères, c’était ma Ferrari contre ta villa de Saint-Tropez. Monstrueux. »

Lui qui affirme n’avoir jamais travaillé que pour l’argent a tout de même souffert de ce qu’il nomme « une folie possessive » : « J’aurais voulu avoir un petit jet et, moi qui déteste le bateau, un yacht, c’est dire ! »

Sans oublier qu’à une époque, en toute simplicité, Philippe se faisait conduire au travail en Rolls-Royce ! De quoi exciter les jalousies de sa hiérarchie !

A 88 ans, ce joyeux trublion multidécoré avoue ne plus entendre très bien et ne plus voir grand-chose en raison d’une opération ratée de la cataracte. Mais s’il semble plutôt serein à l’idée de sa propre disparition, il évoque tout de même son regret de non-croyant : « Le néant à perpètre, ce n’est pas réjouissant. »

Les horreurs de la guerre

Il y a peu, le natif de Coulommiers a révélé qu’il était le fils d’Andrée Gensburger, une opticienne juive d’origine alsacienne, remariée, en 1939, avec Jules Luzzato, tailleur pour hommes et petit-fils de rabbin.

Mais, au printemps 1942, son beau-père était arrêté par la Gestapo pour avoir fourni des costumes civils à des déserteurs allemands…

Grâce à ses relations, la mère de Philippe réussit à le faire sortir de la prison de la Santé où il est incarcéré. Ce dénouement heureux n’a pas, hélas, été celui de tous les membres de la famille : « J’ai souffert de l’Occupation, nous avons dû nous cacher, j’ai vu mes grands-parents déportés à Auschwitz et ne pas revenir », a encore confié Bouvard dans VSD.

Un cancre de génie !

On croit souvent que les plus érudits d’entre nous sont les plus diplômés. Une erreur en ce qui concerne monsieur Grosses têtes, qui n’a pas fait de grandes études et a même commencé sa carrière au bas de l’échelle !

« Je suis entré au Figaro comme garçon de courses, a en effet raconté le chroniqueur radio. J’ai su saisir les occasions qui se présentaient, je n’avais pas mon bac. J’ai essayé trois fois ; trois fois j’ai été recalé. »

Une expérience qui devrait rassurer tous ceux qui n’ont pas eu la chance de briller sur les bancs de l’école et qui s’inquiètent pour leur avenir !

Mon père ce zéro

Si Philippe a été élevé par Jules Luzzato, un beau-père aimant, c’est tout simplement parce que son propre père s’est lâchement défilé à sa naissance :
« Il nous a abandonnés alors que maman venait d’accoucher, en emportant bijoux et économies, a expliqué ce papa bien présent de deux filles, Dominique et Nathalie. Ma mère a épousé un monsieur qui a été formidable avec moi. Je n’ai jamais revu mon géniteur, jusqu’à ce qu’il se manifeste alors que j’étais rédacteur en chef adjoint au Figaro. Un gars, petit, très antipathique, s’est avancé dans mon bureau et m’a dit : “Je suis votre père” »

Le pire, c’est que Marcel Bouvard ne voulait même pas le revoir : directeur d’une usine de papier, il souhaitait en vendre au journal !

Clara MARGAUX

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