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Philippe Chatel : “Je suis un miraculé !”

Publié le 21 février 2016

En août 2006, un terrible accident de quad le laissait muet, paralysé, presque mort. Près de dix ans plus tard, le papa d’“Émilie Jolie”, Philippe Chatel revient avec un nouvel album…

Sa voix n’a pas changé, ses textes sont toujours aussi touchants et ses mélodies entraînantes… Une vraie Renaissance, comme s’intitule son nouvel album (paru en janvier chez Universal), car c’est peu de dire que le créateur d’Émilie Jolie revient de très loin ! Après un tragique accident de quad survenu en 2006, Philippe Chatel a en effet frôlé la mort à trois reprises.

Il lui aura fallu dix ans pour tout réapprendre. En exclusivité pour France Dimanche, le chanteur, qui fêtera ses 68 ans le 23 février, raconte son douloureux combat, son retour à la vie et à la chanson.

Philippe Chatel disqueFrance Dimanche (F.D.) : Cette renaissance vous paraissait-elle inespérée ?

Philippe Chatel (P.C.) : Absolument. Si vous m’aviez dit il y a encore un an que je reviendrais, je ne l’aurais pas cru. Il m’aura fallu dix longues années pour me remettre sur pied. Aujourd’hui, j’ai encore quelques séances de gym corrective, j’ai toujours un peu de difficulté pour monter ou descendre un escalier, mais ça va beaucoup mieux. Preuve en est : cet album !

F.D. : Y a-t-il eu un déclic particulier ?

P.C. : Non, juste le désir de rejouer avec des musiciens, d’écrire, de composer, de chanter à nouveau. Alors que je l’avais complètement perdue, l’envie est revenue. Pendant toutes ces années, je ne vivais plus, je survivais. Quand je me suis réveillé à l’hôpital après trois mois de coma, j’étais prisonnier de mon corps, au point de ne pouvoir bouger que l’index de la main gauche. Étant intubé, il m’était impossible de communiquer avec les médecins, de leur demander : “Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Est-ce que je vais rester toute ma vie sur ce lit ? Pourrai-je à nouveau bouger ?” Ce qui m’a plongé dans une terrible angoisse. Et puis, au fil de ces sept mois et demi où j’étais cloué à l’hôpital, petit à petit, les sensations sont revenues.

F.D. : Où avez-vous puisé la force de ne pas sombrer dans cette épreuve ?

P.C. : Mes proches y sont pour beaucoup. Mes enfants et ma femme m’ont vraiment soutenu et supporté : j’étais en fauteuil roulant et je ne pouvais rien faire tout seul. J’ai dû tout réapprendre : à parler, marcher, bouger, manger, me brosser les dents… Nourri par sonde, j’avais perdu 27 kg, si bien que j’étais d’une maigreur abominable. Et quand on me faisait faire « le supplice de la chaise », comme ils l’appelaient, je souffrais le martyre. Imaginez-vous, rester assis sur une chaise quand vous n’avez plus de muscles, juste la peau sur les os. Une vraie torture ! J’étais si épuisé que je ne voulais qu’une chose, dormir. Ce n’est pas rien ce que j’ai vécu : un infarctus du myocarde, trois mois de coma, une côte qui a traversé un poumon, un œil qui est sorti de son orbite, un bras brisé… Au moment de l’accident, je suis tombé dans la Durance, où j’ai failli me noyer. Et comme j’ai bu à moi tout seul la moitié de la rivière, j’ai fait plusieurs infections pulmonaires.
À trois reprises, les médecins ont appelé ma femme pour lui dire : « Venez, parce qu’il ne passera pas la nuit. » Je suis un miraculé.

F.D. : Durant ces dix années de combat pour la vie, à quel moment avez-vous senti que vous alliez gagner ?

P.C. : Il y a seulement quelques mois. Je me suis senti mieux et j’ai eu envie d’écrire des chansons, de faire des arrangements. Mes proches étaient très étonnés ; mon ami Patrice, ingénieur du son, m’a d’ailleurs dit : « Je suis estomaqué, car je ne pensais pas que tu pourrais ». En fait, non seulement j’ai pu, mais le résultat m’a procuré un grand bonheur.

F.D. : En 1976, vous aviez déjà été victime d’un grave accident de moto ; en 2006, celui de quad fut encore plus tragique… Les années finissant par le chiffre 6 ne vous portent décidément pas chance ! Espérons que 2016 va conjurer ce mauvais sort, avec un beau succès pour votre album…

P.C. : Oui, comme vous dites ! Je n’y avais pas pensé… Pour le moment, 2016 s’annonce plutôt pas mal, je touche du bois !

F.D. : Que devient votre fille Émilie ?

P.C. : Elle a 40 ans, est lectrice de scénarios et va très bien. Après avoir vécu six ans à Hollywood, elle est à nouveau près de nous, ce qui me réjouit. Et plus encore depuis dix mois, car elle a fait de moi le plus heureux des grands-pères, en me donnant une adorable petite Louise. Quant à mon fils, Nicolas, il a 35 ans. On est tous très proches et on se voit souvent.

F.D. : Quel regard portez-vous sur Émilie Jolie, conte musical que vous avez créé en 1979 ?

P.C. : Émilie, c’est une petite fille qui a fait son chemin un peu malgré moi. Des tas de spectacles se montent autour d’elle un peu partout en France, en Suisse et en Belgique. Je reçois des demandes d’autorisation à peu près trois fois par semaine. Ce qui me fait extrêmement plaisir ! D’autant que, quand j’ai écrit Émilie Jolie, c’était presque une parenthèse dans ma carrière. Je venais de sortir deux gros succès, Mister Hyde et Ma lycéenne, et c’était vraiment pour le fun. Ma fille avait 3 ans à l’époque, elle voulait que je lui compose une chanson de lapins. Je me suis pris au jeu, j’ai écrit une histoire et mis des noms d’artistes en face de chaque personnage. Miraculeusement, ils ont tous accepté, chacun a interprété son rôle : Brassens, Salvador, Souchon, Voulzy, Françoise Hardy, Eddy Mitchell, etc. Le casting s’est fait en huit jours, on a enregistré, c’est sorti et devenu cet incroyable succès !

F.D. : Quelle a été la réaction de votre fille par rapport à ça, à l’époque ? Et aujourd’hui ?

P.C. : Quand elle était petite, elle n’aimait pas trop. Un jour, le boulanger lui a dit : « Alors, c’est toi Émilie Jolie ? », elle a répondu : « Non, moi je suis Émilie Chatel ! » Aujourd’hui, elle est très fière et fait volontiers écouter les chansons à sa petite Louise.

F.D. : Comment voyez-vous l’avenir ?

P.C. : Je n’y pense pas vraiment. Je vis au jour le jour. Cet accident m’a appris ça, vivre l’instant. Comme j’aurais dû y rester, pour moi, chaque journée est une journée gagnée, même s’il ne s’y passe pas grand-chose. Je suis heureux d’être en vie.

Caroline Berger

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