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Philippe Etchebest : Suicides en cuisine !

Publié le 3 juin 2020

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Rejoint dans sa lutte par Hélène Darroze et Jean-François Piège, Philippe Etchebest témoigne du pire parmi ses pairs.

Enfin ! Depuis le 11 mai, timidement mais sûrement, la France entière se réveille après deux longs mois de confinement. Mais si quasiment tous les commerçants ont rouvert, les restaurants gardent toujours portes closes, le gouvernement n'ayant pas encore donné son accord quant à leur réouverture, même si la date du 2 juin semble se confirmer pour les départements verts. Une situation intenable pour l'ensemble des professionnels de la restauration qui reste l'un des secteurs les plus touchés par cette crise. Acculés par les problèmes financiers et très inquiets pour leur avenir, plusieurs chefs ont décidé de monter au créneau. Le plus fort en gueule, Philippe Etchebest, plus que jamais remonté, déclare : « C'est un vrai cauchemar ! » Avec son franc-parler, le célèbre chef s'était exprimé sur le sujet dans C à vous sur France 5 le 13 avril dernier. Il n'avait alors pas caché son inquiétude pour tous les restaurants qui avaient dû cesser leurs activités suite au confinement. Le talentueux cuisinier, meilleur ouvrier de France, qui avait lui-même dû fermer son établissement Le Quatrième Mur situé à Bordeaux, pensait pourtant bien pouvoir à nouveau accueillir ses clients, comme l'ensemble de ses confrères, le 11 mai. Hélas, c'est raté ! Il avouait même la gorge nouée qu'il avait dû mettre son équipe au chômage partiel, comme bon nombre de restaurateurs. Un crève-cœur pour cet humaniste, très attaché à son équipe.


Terrible situation, en effet, que celles de ces passionnés qui ne comptent pas leurs heures pour offrir aux gourmets des moments fugaces de bonheur… En cette période difficile, pouvoir se régaler d'un bon petit plat concocté par ces cuisiniers d'exception, voilà qui redonnerait le moral à tous les épicuriens en quarantaine…

Désespérée comme tant d'autres, c'est Hélène Darroze qui, il y a quelques jours, est montée au créneau dans les colonnes de Paris Match. Le chef étoilé a même révélé être endetté « jusqu'au cou ! » Comment imaginer que cette cuisinière touchée par la grâce, qui magnifie comme personne les recettes du Sud-Ouest, sa région natale, puisse mettre la clé sous la porte ? C'est pourtant bien ce que redoute la jolie blonde à l'accent chantant. « En plus de ma banque, sept copains ont investi avec moi. Donc j'ai une double responsabilité, car ce sont des amis, des clients, ni financiers ni fonds d'investissement », déplore la jurée de Top Chef. La maman de Charlotte, 12 ans, et de Quiterie, 10 ans, a carrément demandé de l'aide à Emmanuel Macron, plaidant pour que l'art de vivre à la française survive !

Même son de cloche alarmiste du côté de Jean-François Piège qui risque lui aussi très gros, comme il l'a raconté également dans Paris Match : « En cinq ans, avec mon épouse Élodie, on a acheté cinq restaurants. On a

emprunté, on a mis en caution nos appartements, tout ce qu'on a. On a pris des risques. » Même si le chef, qui crie de duo avec sa consœur Hélène Darroze « la France sans restau-rants n'est pas la France », a pu, comme elle, contracter un PGE, ce prêt garanti par l'État accordé aux entreprises pour faire face à leurs problèmes de trésorerie durant le confinement, il se demande comment il va rembourser cette aide financière si la clientèle n'est pas au rendez-vous.

Et pour que ce message envoyé à l'adresse des pouvoirs publics ne soit pas vain, Philippe Etchebest continue de prêcher la bonne parole dans les médias, en espérant que son SOS d'un restaurateur en détresse parvienne enfin aux oreilles du chef de l'État. Et pas question de ne parler qu'au nom des grandes tables ! Du bistrot de quartier qui régale le midi d'un steak-frites les employés de bureau à la pizzeria familiale, en passant par les cafés qui proposent des plats du jour, c'est en restant unis et déterminés, que tous redresseront la barre : « Tout le monde est concerné, de la crêperie aux trois-étoiles. On est tous fermés, donc on est tous dans la merde ! », s'était-il emporté durant le confinement. Espérant, comme ses amis restaurateurs, pouvoir rouvrir prochainement, il a annoncé le 14 mai sur LCI qu'ils allaient tous devoir se serrer la ceinture mais aussi se réinventer : « On est prêts à rouvrir mais attention, pas dans n'importe quelles conditions, pas n'importe comment. Il y a plein de points à éclaircir aujourd'hui. »

Pour faire revenir les clients et les rassurer, il va falloir trouver des solutions, en envisageant d'autres façons de travailler en cuisine, d'espacer les tables en salle, afin de respecter les mesures de distanciation sociale, et faire porter des masques au personnel… Un vrai casse-tête !

« C'est un combat qui dure, il y aura de la casse. Il y en a d'ailleurs aujourd'hui. Il y a des faillites financières, mais il y a les faillites morales qui sont extrêmement importantes », a-t-il lâché. Bien conscient que le Covid-19 qui a fait tant de morts reste une redoutable menace qu'il faut combattre, il craint que cette pandémie fasse aussi de nombreuses victimes collatérales dans sa profession, au point de craindre une hécatombe qu'il faut à tout prix éviter : « Il y a déjà eu deux cas de suicide aujourd'hui dans notre profession, ce qui est dramatique. » Inimaginable en effet de penser que des entrepreneurs qui donnent leur vie pour faire tourner leur affaire en arrivent à de telles extrémités. « J'ai envie de dire que la crise, elle fait des dégâts après. Et ils risquent d'être encore plus grands que ça, si on ne fait rien. ». À bon entendeur…

Valérie EDMOND

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