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Philippe Geluck : Sans chat depuis dix ans !

Publié le 11 novembre 2018

Philippe Geluck, le célèbre dessinateur belge fait patte de velours et nous révèle la véritable histoire du personnage qui l’a rendu si populaire.

Avec deux nouveaux albums hilarants, Le chat pète le feu et Geluck pète les plombs (éd. Casterman), publiés le 31 octobre, le célèbre dessinateur prouve qu’il n’a rien perdu de son humour mordant. Rencontre avec l’homme à qui les gros matous doivent beaucoup… et inversement !

France Dimanche : Vous êtes devenu célèbre en dessinant un chat sous toutes ses coutures… mais les aimez-vous vraiment ?
Philippe Geluck : Et comment ! Ils me le rendent bien d’ailleurs… Les chats que je ne connais pas viennent vers moi. Ils me sautent dessus, s’installent sur mes genoux et ronronnent, même les plus asociaux. [rires]. Il faut dire que j’en ai eu toute ma vie jusqu’en 2008, date du décès du dernier. Parfois, ça me manque. Mais je dois avouer que c’est tellement plus pratique, quand on se déplace avec ma femme, de ne plus avoir à le faire garder et nourrir.


FD : Comment l’idée de ce gros chat aujourd’hui si célèbre est-elle née ?
PG : Enfant, j’en avais un qui m’a beaucoup inspiré. Il s’appelait Passe-Partout. Sauf qu’il était tellement gros qu’il ne passait en réalité nulle part ! Un vrai gag. Il me faisait tellement rire quand il essayait d’aller quelque part, puis faisait finalement demi-tour à cause de son corps ! Ça a marqué mon imaginaire, je crois… D’autant qu’à la fin, il n’était plus très propre, alors on l’avait rebaptisé Pisse-Partout [rires] !

FD : Peut-on dire que, comme vous, le Chat est belge ?
PG : Non, il est universel. Mais il n’existerait pas s’il n’était pas né en Belgique. Dans son subconscient, dans son ADN, il a cette part de surréalisme et de paradoxal que nous chérissons et qui fait partie de nous, les Belges. Il a un regard inattendu sur les choses, comme mes compatriotes. Un regard qui surprend souvent les Français.

FD : Vous semblez fier de vos origines, mais vous ne les revendiquez pas plus
que ça…

PG : [Il interrompt] Les gens savent que je suis belge. Je l’ai toujours dit. Mais en même temps, je n’ai pas d’accent et je ne joue jamais le Belge de service. Je me souviens d’ailleurs que toutes les blagues nous concernant ont commencé à passer de mode dans les années 90, au moment où certains de mes compatriotes ont eu du succès. Avec Benoît Poelvoorde, Maurane, Amélie Nothomb, Axelle Red, Cécile de France, Marie Gillain et moi-même, il y a eu une vraie déferlante d’artistes belges sur la France [rires] ! Et nous avons eu la grande chance que les histoires de blondes prennent le relais. Du coup, elles ont morflé à notre place.

FD : À quoi le public vous identifie-t-il le plus ? À vos dessins ? À Drucker ? Aux Grosses têtes ?
PG : J’ai cette chance de recevoir de nombreux témoignages d’amitié. Ils me parlent beaucoup du Chat, bien sûr. D’ailleurs, ceux qui n’ont pas bien intégré mon nom me disent : « Bonjour le Chat ! » Ils me parlent également souvent des Grosses têtes. Ce qui est marrant, c’est qu’il y en a aussi qui me disent : « On vous regardera dimanche chez Drucker ! » Sauf que j’ai arrêté l’émission en 2006 !

FD : Peut-être parce que vous étiez une figure éminente du programme ?
PG : C’est vrai. J’y étais dès 1999, avec Gérard Miller et Bruno Masure. D’ailleurs, au départ, j’avoue que je me demandais ce que j’allais bien faire là-dedans ! Je ne pouvais décemment pas refuser, la proposition était trop belle, mais j’étais persuadé qu’au bout de trois ou quatre émissions, j’allais être renvoyé ! Pour la première, je m’étais acheté un beau costume Armani, histoire de bien présenter. Et avec ma femme, on espérait juste une chose : qu’ils me gardent assez longtemps pour que ça rembourse le costume [rires] ! Finalement, j’y suis resté sept ans.

FD : Dans vos dessins, vous allez parfois très loin. L’exemple de Charlie Hebdo fait hélas tristement date… Prenez-vous garde à ne pas dépasser certaines limites ?
PG : Des limites, il ne devrait pas y en avoir. Jusqu’à récemment, il n’y en avait pas. Mais le monde a changé… Le phénomène d’Internet a enflammé les choses. Je soutiens de toutes mes forces la liberté d’expression. Je pleure mes collègues et amis assassinés, bien sûr. Pas une cellule en moi ne peut pardonner un geste d’une telle infamie. Maintenant, qu’est-ce qui a amené ce drame ? Des dessins publiés dans un journal lu par quelques dizaines de milliers de lecteurs avertis. Nous sommes entrés dans une époque où chaque chose dite, écrite ou dessinée peut faire le tour de la planète en deux secondes. S’adressant du même coup à des gens qui n’ont pas le même historique culturel… et qui ne connaissent pas forcément le second degré. Notre liberté d’expression, nous l’avons conquise au fil des siècles, notamment grâce à des gens qui ont donné leur vie pour elle. Mais est-ce que nous pouvons décider que cette liberté doit du coup être la règle universelle et absolue ? Je ne crois pas que ce soit aussi simple… Mais si je continue à aller un peu trop loin, c’est aussi une manière d’honorer mes confrères tombés pour leurs dessins.

FD : Votre femme Dany semble tenir un rôle primordial dans votre carrière.
PG : J’ai une confiance totale en son avis. Je sais qu’elle ne souhaite que mon bien. Quand elle s’esclaffe, c’est toujours sincère. Vous savez, je l’ai rencontrée il y a quarante-deux ans et je l’ai fait rigoler avec des trucs qui n’auraient pas fait rire tout le monde. Je ne m’étais pas dit « celle qui se bidonnera à mes blagues, je l’épouserai », mais il y avait un peu de ça quand même [rires]. Il fallait que l’on soit en phase à tous les niveaux. Et je ne me suis pas trompé, car je continue à la faire marrer tous les jours, encore aujourd’hui. Mes enfants aussi ! On est d’ailleurs très bons clients les uns envers les autres. Ils me font hurler de rire.

Edwin FORESTHAL

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