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Philippe Gildas : “36 ans de bonheur”

Publié le 7 novembre 2018

Maryse aura mis six longues années avant de s’apercevoir qu’elle côtoyait l’homme de sa vie. La mort de Philippe Gildas, le dimanche 28 octobre, à l'âge de 82 ans, vient de séparer ce couple fusionnel.

Il est rare que le monde de la télévision pleure lors de la mort d’un des siens. Mais la disparition de Philippe Gildas, dimanche 28 octobre, terrassé par un cancer à l’âge de 82 ans, a déclenché chez ceux qui le connaissaient un chagrin réel et profond. À la mesure de son humanité. Les hommages ne cessent d’arriver, plus bouleversants les uns que les autres, aussi bien d’anonymes, qui appréciaient la liberté de ton qu’il avait fait souffler sur Canal +, que de ses proches, comme Antoine de Caunes, José Garcia, Pierre Lescure et, bien sûr, sa femme, Maryse.

Maryse qui a dit sur Europe 1, où ils s’étaient rencontrés en 1976, à quel point elle a été touchée par les témoignages qui ont afflué : « C’est extraordinaire, les messages que j’ai eus depuis cette nuit, a-t-elle confié. Je ne pensais pas qu’il y en aurait autant. J’avais encore un peu de doutes sur le métier. Je n’en ai plus. » Parlant de celui qu’elle aimait si fort, elle a ajouté : « Il a été découvreur de talents et ils sont encore là, même s’ils commencent à avoir de l’âge aussi. Ils étaient tous là, ils sont venus le voir. Merci à tous, ça réchauffe, ça fait du bien. » 

Au micro, elle s’est souvenue de leur rencontre, racontant qu’ils avaient formé un couple radiophonique durant plus de cinq ans, entre 1976 et 1981, bien avant de tomber amoureux l’un de l’autre. Il faut dire qu’à l’époque, ils avaient chacun le cœur occupé ailleurs : « J’avais ma vie, et lui était très marié, c’était impossible », a-t-elle expliqué.


À ce moment-là, la belle blonde avait déjà une fille, née en 1967, Valérie, devenue la chanteuse du groupe Autour de Lucie. Et Philippe était père de trois enfants. C’est seulement quand il a été nommé directeur d’antenne et qu’ils ont cessé de se voir pour le travail que, soudain, l’absence s’est fait cruellement sentir. « Il était une épaule et il était tellement charmant », a-t-elle poursuivi. « Un jour, il y a eu une révélation. Il est parti de chez lui en huit jours, et on ne s’est plus quittés. Trente-six ans de bonheur total », a-t-elle ajouté, la voix pleine de douceur.

Mais si, quand ils s’éprennent l’un de l’autre, l’homme de radio est toujours marié, il veut prouver à sa nouvelle compagne qu’elle compte plus que tout. Ainsi que Philippe Gildas nous l’avait raconté en 2010, il avait célébré leur union à sa manière : « Comme mon divorce n’était pas encore prononcé, nous avons donc fait un faux mariage devant 400 personnes. Sept ans plus tard, nous nous sommes mariés pour de vrai, dans l’intimité. » 

Toujours ce désir de liberté et cette folie douce qui ont guidé ses amours comme sa vie professionnelle. Une vie passionnante, démarrée à Auray dans le Morbihan, en 1935. Philippe ne s’appelait pas encore Gildas, mais Leprêtre. Tout jeune, alors qu’il pense devenir prof de lettres, sans enthousiasme, et qu’il gagne un peu d’argent comme veilleur de nuit dans un hôtel, il croise Jean Yanne, qui lui dit : « T’as qu’à faire comme moi ! », et lui conseille de suivre des études de journalisme. Philippe a trouvé sa voie !

Il travaillera, après l’obtention de son diplôme, à La Nouvelle République du Centre-Ouest, puis au journal Combat, avant d’atterrir à la radio. RTL, puis Europe 1. Quand on lui demande comment il veut signer ses articles, il choisit le prénom d’un de ses fils, Gildas, un pseudonyme qu’il gardera toujours.

Mais la grande aventure, celle des fous rires, des copains, de l’humour et des gros gags, son « meilleur souvenir de télé », c’est entre 1987 et 1997, et surtout entre 1991 et 1995, avec ses complices Antoine de Caunes et José Garcia, qu’il la vivra. Tous les soirs sur le plateau de Nulle part ailleurs à Canal +, tout peut arriver.

Beaucoup pensaient que Gildas était la tête de turc de l’émission. Pourtant, celui qui ne se demandait plus Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles (son autobiographie publiée en 2010, chez Flammarion) était en fait tout autant l’instigateur que le spectateur privilégié des pitreries du duo.

Ce passionné, allergique à la retraite, ne comprenait pas pourquoi « l’homme est mortel ». « J’ai du mal à me faire à l’idée qu’il n’y a rien après », avait-il écrit dans ses mémoires. Il y demandait aussi d’être incinéré, ajoutant : « Répandez mes cendres au hasard, en vous amusant, comme je n’ai cessé de le faire ! »

Aujourd’hui, ceux qui l’aiment doivent avoir du mal à s’amuser. Mais bien après que ses cendres seront dispersées, Philippe Gildas restera dans leur cœur. Pour toujours, et nulle part ailleurs.

Laurence PARIS

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