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Pierre Bellemare : Sa dernière interview !

Publié le 2 juin 2018

Pierre Bellemare nous avait accueillis dans son manoir du Périgord en mars 2017, juste après une chute qui lui avait valu 26 points de suture… Une rencontre mémorable.

Il était pour nous comme un ami de longue date, un compagnon fidèle de notre magazine dont nous prenions des nouvelles régulièrement et qui nous en donnait avec enthousiasme…

À Paris, où nous l’avions vu seul en décembre 2016, ou en mars 2017, avec son épouse, Roselyne, dans son immense domaine du Périgord, rencontrer Pierre Bellemare était chaque fois un moment de grand bonheur.

Une parenthèse enchantée où cet infatigable conteur nous parlait de ce qui lui tenait à cœur, de son métier qui l’avait rendu si heureux, de sa famille, et bien sûr de ses projets…

Car à 88 ans, cette force de la nature qui, au cours de sa longue carrière, n’avait jamais cessé de se réinventer, fourmillait toujours de nouvelles idées.


D’ailleurs, lorsque nous lui demandions, il y a deux ans, si son « grand âge » lui posait un problème, le grand Pierre nous rétorquait : « Non, pas du tout. D’abord, parce que je n’en ai pas les stigmates. Je n’ai pas une voix de vieillard, Dieu merci. Et même si on ne cesse de m’annoncer mort tous les deux matins sur Internet, je suis bien vivant ! Néanmoins, je n’ai absolument pas peur de mourir, je n’y pense d’ailleurs jamais. ça viendra quand ça viendra. »

Havre de paix

À cette époque où il évoquait, toujours avec le sourire, son éventuelle disparition, Monsieur Télé-achat avait déjà traversé une période difficile, puisqu’il avait été victime d’un gros pépin de santé qui avait bien failli lui coûter la vie.

Mais ce rappel à l’ordre n’avait en rien affecté l’optimisme de cet hyperactif : « Heureusement pour moi, nous avait-il alors expliqué, j’ai été très bien soigné sur place, à l’hôpital de Périgueux qui est doté d’un excellent service cardiaque, où je suis resté dix jours. Au début j’ai eu très peur, je ne vais pas le cacher, mais aujourd’hui mon cœur va bien. J’ai toujours eu un très bon moral et une faculté énorme d’oublier les ennuis. J’ai toujours été comme ça. »

Difficile toutefois pour cet amoureux des histoires fantastiques de faire comme si de rien n’était, de mettre de côté ces signes de fatigue et de continuer à vivre comme un éternel jeune homme.

Début 2017, peu après cette interview qui s’était déroulée à Paris, place Pigalle, à l’occasion de la sortie de son disque, Ballades au fil du temps et de son autobiographie, Ma vie au fil des jours (Flammarion), le présentateur avait fait une mauvaise chute qui lui avait valu vingt-trois points de suture à la tête et plusieurs jours d’hospitalisation.

C’est donc dans sa belle propriété, nichée à quelques encablures des prestigieux vignobles de Bergerac, Saint-Émilion ou Monbazillac, que l’auteur des Dossiers extraordinaires nous avait reçus pour deux jours de pur bonheur et de fous rires : « Mais tout va bien, avait-il répondu devant notre inquiétude sur son état de santé, sans se départir de son éternel sourire. Apparemment, c’est mon cœur qui s’est arrêté. Puis il est reparti. Mais voilà pourquoi je suis soudainement tombé dans la salle de bains de l’hôtel parisien où je séjournais. Ma grande chance a été que la personne qui logeait juste au-dessous soit, elle aussi, dans sa salle de bains au même instant et aille immédiatement prévenir le veilleur de nuit. Sinon, vu l’heure tardive, il est quasi sûr que personne ne m’aurait entendu appeler “Au secours !” Depuis, on m’a installé un pacemaker [stimulateur cardiaque, ndlr], donc ça ne devrait plus se reproduire. Mais bon, j’ai quand même pris un sacré coup sur la tête ! »

Ce manoir de Dordogne était son havre de paix, un refuge, où avec sa chère Roselyne, qu’il aimait depuis soixante ans, l’homme à la voix de velours recevait famille et amis, et où il se métamorphosait en paysan.

Pour rien au monde, ce natif de Boulogne-Billancourt, dans la proche banlieue parisienne, n’aurait voulu vivre à plein temps dans la capitale, même si, pour les besoins de son métier, il était bien obligé d’y séjourner : « J’adore y revenir un petit coup, comme ça, pour faire de la promo, voir mes enfants, les copains… Mais à part ça, si vous saviez comme on est bien, avec mon épouse, dans notre maison au beau milieu de la forêt ! Là-bas, j’écris beaucoup et je me promène à travers bois à bord d’un engin merveilleux, tout-terrain, qui m’emmène partout, dans l’eau, etc. Quatre roues motrices et un treuil au cas où je m’enlise – on ne sait jamais –, donc tout est réuni pour vous sortir du pire, et ça marche du feu de Dieu. Seul petit défaut, comme il possède un échappement libre, je fais un sacré bruit de pétrolette. Disons que je ne passe pas inaperçu : lapins, chevreuils et sangliers m’entendent arriver ! »

“Papy Bateau”

Attaché à la terre, « Papy Bateau », comme l’appelaient ses petits-enfants, était aussi un grand amoureux de la mer et du yachting. Il possédait une belle collection d’objets de marine qu’il exposait dans sa propriété.

Avec l’âge, le navigateur et sa femme, qui partageait cette passion, avaient dû cesser de naviguer.

Un crève-cœur pour celui qui se sentait si libre au milieu des océans, tenant bon la barre, comme dans la chanson.

Roselyne, elle, avait accepté son sort avec fatalisme : « Quand c’est fini, c’est fini !, nous avait-elle confié. Mon mari m’a fait vivre de très bons moments en bateau, c’était un excellent navigateur. Disons que nous étions marins, nous sommes aujourd’hui forestiers ! C’est autre chose, mais j’en suis tout aussi heureuse ! »

Il y a quelques années, sur les ondes d’Europe 1, Pierre, propriétaire d’un caveau de famille au Père-Lachaise, s’était plaint avec humour de la proximité de sa future sépulture avec celle de Jim Morrison, le chanteur des Doors, décédé le 3 juillet 1971.

La tombe de la rock-star est en effet très visitée par les fans qui ne cessent de s’y recueillir, d’y déposer des fleurs, et même, paraît-il, d’y faire l’amour !

Ainsi, celui qui a été un travailleur acharné n’appréciait pas vraiment l’idée de ne jamais pouvoir reposer en paix… 

Clara MARGAUX

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