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Pierre Billon : “Johnny et Sardou étaient des enfants terribles !”

Publié le 1 décembre 2018

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Après avoir passé sa vie dans l’ombre de ces géants, Pierre Billon a choisi, à 72 ans, de dévoiler leur face cachée.

Fils de Patachou, il a côtoyé les plus grands noms de la chanson : Édith Piaf, qui venait l’embrasser dans son petit lit d’enfant juste au-dessus du cabaret de ses parents ; Georges Brassens ; Frank Sinatra ; Liza Minnelli, dont il a été longtemps l’amant ; et tant d’autres. Mais, c’est surtout aux côtés de deux monstres sacrés qu’il fera les 400 coups : Hallyday et Sardou ! Dans un ouvrage poignant, Johnny, quelque part un aigle (HarperCollins), Pierre rend bien sûr hommage au rocker, son pote disparu il y a bientôt un an, et revient aussi sur cette vie exceptionnelle faite d’aventures et d’amitiés.

France Dimanche : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous livrer ?
Pierre Billon : On me disait depuis longtemps d’écrire mon histoire, mais je ne m’en sentais pas la légitimité. Moi, le mec de l’ombre, qui s’arrange pour ne pas être sur la photo. Puis, il y a eu cette dernière tournée de Michel Sardou, où il m’a demandé d’être sur scène avec lui. Ce qui m’a permis de vaincre cette angoisse. Je n’avais plus peur, mieux que ça, j’étais très heureux d’être là ! De fait je n’ai plus eu envie de me cacher, me disant que j’avais peut-être aussi un rôle à jouer. Aussi, il y a eu ce cliché (sur la couverture du livre) pris lors de notre dernier road trip avec mon Jojo, qui m’a fait réaliser à quel point nous étions proches. Et j’ai pensé que ses fans aimeraient en savoir un peu plus sur lui. Alors, j’ai plongé dans mes souvenirs, un exercice aussi douloureux que joyeux.

FD : Vous étiez un cancre à l’école. À 15 ans, votre maman vous envoie aux États-Unis…
PB : Oui, et bizarrement, là-bas, je deviens plutôt bon élève et décroche même mon diplôme. En parallèle, pour gagner ma vie, je peins les corps des danseuses des Folies-Bergère avant qu’elles n’entrent en scène, car les produits autobronzants n’existent pas encore. Mais comme je suis plutôt timide, je n’ose pas les regarder, alors j’en fous partout. C’est à cette époque que je rencontre Julia Migenes, avec qui je vais vivre ma première histoire d’amour, avant Liza Minnelli qui deviendra une amante et une amie pour toujours.


FD : Quelques années plus tard, de retour en France, vous trouvez un petit boulot aux Nouvelles Éditions Barclay…
PB : Oui, et devinez quel est le premier mec sur qui je tombe en arrivant : mon pote d’enfance Michel Sardou qui, armé d’un tuyau en caoutchouc et d’un jerrican, est en train de siphonner de l’essence pour sa vieille caisse pourrie ! Heureux de se retrouver, on tombe dans les bras l’un de l’autre et on ne va plus se quitter. Plus tard, au nom de notre amitié, j’appellerai même mon fils Pierre-Michel, et on se fera tous les deux tatouer, lui Billon et moi Sardou.

FD : Parmi bien d’autres titres, vous lui avez écrit Je vole…
PB : Oui, et pour ça je me suis inspiré d’une histoire dingue : une fugue qu’il avait faite gamin, s’étant mis dans la tronche de partir au Brésil pour monter une boîte de strip-tease ! Cette chanson a été un énorme carton, qui connaîtra trente ans après un deuxième succès avec Louane et La famille Bélier. Un peu plus tard, on a sorti Je ne suis pas mort, je dors, et lors d’un déjeuner à l’Élysée, le président Mitterrand confiera alors à Michel beaucoup aimer ses chansons, et particulièrement celle-ci. Tout le monde pense que Sardou fait tout le temps la gueule, mais pas du tout, il adore blaguer. Qu’est-ce qu’on s’est poilés ensemble ! Comme cette nuit-là, au Martinez, à Cannes, lors d’une tournée d’été, où on s’est tous les deux glissés complètement à poil dans le lit de Sophie Darel. Je ne vous raconte pas sa tête le lendemain matin au réveil, entre nous deux qui la complimentions pour la nuit passée ensemble. Elle était rouge écarlate. Une autre fois, Johnny nous avait rejoints et, un peu éméchés, nous avions décroché les lances à incendie de l’hôtel pour arroser des Anglais qui allaient se baigner. Bilan de l’histoire : un dégât des eaux monumental qui a coûté douze briques de l’époque ! Sans parler de cette soirée où nous avons défoncé à coups de hache la porte de notre pote compositeur Jacques Revaux parti se coucher avant nous. Bref, rien ne pouvait nous arrêter, on était des enfants terribles.

FD : Vous devez avoir des dizaines de souvenirs de tournées…
PB : Oui, en particulier trois complètement dingues. Une avec Dick Rivers, en 70, en Algérie. Je suis au début de ma carrière et ça commence fort. Puis une autre avec Sardou, au Brésil, tous en smoking sous une chaleur écrasante. Et à peine débarqué chez Johnny, on part en Afrique ! Que de souvenirs mémorables, avec, en point d’orgue, ce passage à Libreville où, invité au consulat à boire le thé, mon Jojo n’a rien trouvé de mieux que de gober un magnifique œuf millénaire posé sur le bureau du consul. Alors que ce dernier, très fier, nous faisait tout un speech sur ce truc rapporté d’Asie, Johnny l’a chopé et, bien qu’il soit tout verdâtre, l’a becqueté. Sous les yeux horrifiés du diplomate. Nous nous retenions d’éclater de rire. Là, tu te dis quand même que le mec est un Martien. En tournée, on adorait faire des gags, comme celui de mettre en place un petit enclos avec des barrières derrière la scène et de demander à un flic ou à un pompier en service de bien vouloir le surveiller, car des autruches allaient arriver. Alors, on passait régulièrement demander si elles étaient là, mais non, évidemment. Avant d’avouer, d’un air dépité : « Tant pis, on va faire le spectacle sans autruches… »

FD : Vous avez été plusieurs fois le témoin de mariage de Johnny ?
PB : Oui, la première fois quand il s’est enfin résolu à épouser Babeth. Je dis enfin car, souffrant tellement de sa rupture avec Sylvie, il ne parvenait pas à se décider. La cérémonie a duré quatre minutes, la fête toute la nuit et le mariage deux mois. Puis il y a ensuite eu son union avec Adeline. Et lui est le parrain de mon fils.

FD : Parlez-nous de Johnny et les voitures…
PB : Oh là, dès que je louais une bagnole, il la cassait. Je me souviens d’une énorme Lincoln Continental encastrée sur un plot dans un parking, ou de cette magnifique Rolls dont il a plié la portière en sortant d’un garage. Au volant, il était terrible !

FD : Depuis pas mal d’années, Johnny et Sardou étaient brouillés. Comment le viviez-vous ?
PB : Je trouvais ça vraiment con, on s’était tellement marrés tous les trois. Cependant, aucun des deux ne me faisait de réflexion malveillante sur l’autre. Pour ça, ils ont été classe jusqu’au bout. Quand Johnny est mort, j’étais sur scène avec Michel pour sa dernière tournée. Alors que j’étais en vrac pour jouer, il m’a dit : « C’est ce que Johnny aurait souhaité »… Qu’est-ce qu’il me manque…

Retrouvez d’autres souvenirs de Pierre Billon dans notre hors-série La légende de Johnny, actuellement en vente.

Caroline BERGER

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